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Gaspard va au mariage

Ciné-chroniques

Film français d'Antony Cordier

Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Johan Heldenbergh, Guillaume Gouix, Marina Foïs

1h45

31 janvier 2018-01-15

Zoo féerique

            Diplômé de la Femis (département montage), Antony Cordier réalise son premier long-métrage en 2005, Douches Froides, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs et Prix Louis Delluc du Premier film. Son deuxième, Happy few, est sélectionné à la Mostra de Venise en 2010. Ces deux scénarios assez sulfureux décrivaient l’accomplissement d’un amour partagé entre des couples de partenaires consentants, adolescents pour le premier et adultes pour le second. Avec Gaspard va au Mariage, Antony Cordier change de registre et nous propose une sorte de conte de fée qui se déroule dans un petit zoo de l’ouest de la France, menacé de fermeture pour diverses raisons économiques et familiales. C’est un endroit de vacances qu’il a beaucoup fréquenté durant son enfance et qui l’a marqué durablement puisqu’il lui a fourni la matière de ce scénario riche en personnages insolites sans lui faire perdre l’intérêt qu’il continue de porter aux rapports de couple.

 

            Jeune homme solitaire qui a quitté sa famille depuis longtemps, Gaspard va, sans enthousiasme, au (re)mariage de son père qui dirige toujours le zoo où il a passé son enfance. Une rencontre fortuite dans le train lui fait croiser Laura, jeune femme libre et disponible, qui accepte de passer pour sa petite amie lors de la cérémonie moyennant 50 € par jour. Gaspard y retrouve son frère, Virgil, qui aide à contre cœur le père pour gérer ce zoo en faillite et sa sœur, Coline, qui est vêtue d’une peau d’ours et grignote des racines. Quant au père, Max, il se met nu dans un grand aquarium où des petits poissons suceurs viennent brouter son eczéma. Peggy, la future épouse, semble la plus raisonnable, d’où son peu d’enthousiasme pour le mariage qui se prépare. Avec ces personnages insolites, Antony Cordier a concocté un scénario riche en péripéties qui évoque la verve de certaines comédies de Frank Capra. Comme le public, Laura va découvrir avec surprise cette étrange famille dont quelques flashes-back nous dévoilent le passé, époque où le génial petit Gaspard inventait la brosse à nombril ou le récupérateur de bouchons de champagne et s’intéressait à sa petite sœur comme un frère ne devrait pas le faire. (D’ailleurs, il lui en reste toujours quelque chose aujourd’hui…)

 

            Balançant entre poésie, drame et loufoquerie, ce récit nous offre, enfin, une vision originale et personnelle du rapport amoureux qui nous change des standards habituels et rabâchés du cinéma actuel. Cette réussite repose aussi sur l’excellente brochette d’acteurs qui incarne les héros de ces jeux de l’amour incertains. Seul, l’épilogue un peu trop banal pour cette fantaisie zoologique manque de l’invention qui nourrissait le reste de cette fable, mais on demeure quand même séduit par ce spectacle plein de qualités.

Henri Lanoë
Cinéchronque

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