Merci !

Je suis un soldat

Je suis un soldat
Ciné-chroniques

Film français de Laurent Larivière 
Avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto

Une vie de chienne

Je suis un soldat est un premier film intéressant à plus d’un titre : d’abord par son scénario vraiment original qui se déroule dans le milieu plutôt méconnu des éleveurs de chiens et par ses personnages imprévisibles, aux rapports ambigus, qui vous prennent à contre-pied lorsque vous tentez de prévoir leurs réactions devant les difficultés qu’ils affrontent. Laurent Larivière a porté de multiples casquettes dans les activités du spectacle et, entre autres, ses courts métrages ont obtenu de nombreuses sélections et de nombreux prix dans les festivals. Mais, chacun le sait, il y a longtemps que les programmes de cinéma n’assurent plus leur projection durant la séance puisqu’ils ont été remplacés par une demi-heure de films-annonce et de pubs indigestes. Ceux de Laurent Larivière se sont parfois glissés discrètement à la télévision dans les programmes de la Cinq ou d’Arte, maigre vitrine pour les réalisateurs frustrés des réactions d’un public dans une salle. Raison supplémentaire pour aller apprécier Je suis un soldat sur un grand écran.

Sandrine avait quitté Roubaix et sa famille pour tenter sa chance à Paris. Elle y a échoué et revient, dépitée, à la maison reprendre sa place. Mais sa mère l’accueille sans enthousiasme, sa soeur et son mari occupent désormais sa chambre, elle consent donc à dormir sur le canapé du salon. C’est le début d’une série de renoncements et d’acceptations d’offres aussi diverses que médiocres. Cette soumission va la conduire à travailler dans le chenil de son oncle Henri, importateur clandestin de centaines de chiens provenant de l’Europe Centrale. On découvre à cette occasion que le trafic d’animaux en France se situe juste après celui de la drogue et des armes. Il est vrai que notre pays compte 8 millions de chiens, il suffit de parcourir les rayons consacrés aux divers animaux dans les grandes surfaces pour s’en assurer. Comme d’habitude, Sandrine ne s’émeut guère de cette offre d’emploi inattendue - ni du sort réservé aux chiots - et, en bon petit soldat, elle va tenter de satisfaire les demandes de l’oncle Henri qui l’entraînent progressivement vers l’autodestruction. Pierre, un ami vétérinaire, voudrait aider Sandrine dont il est tombé amoureux, mais elle écarte sans raison valable cette offre pour s’enfermer dans une solitude de plus en plus oppressante. Il faut préciser, et c’est là l’originalité du scénario, que ces personnages, bien que voués à des magouilles diverses, maintiennent l’existence d’un réel amour entre tous les membres de cette famille qui ressoude parfois, le temps d’un repas ou d’une partie de cartes, tous ces "born losers" capables d’éclats de générosité surgissant au milieu de l’habituelle indifférence.

D’excellents comédiens servent cette sombre histoire menée par Jean-Hugues Anglade, remarquable dans le rôle de l’insaisissable Henri, et la trop rare Louise Bourgoin qui fait de Sandrine une "born loseuse" aussi désemparée qu’attachante, les dernières images nous laissant espérer qu’elle finira par abandonner sa tenue de combat pour, enfin, déserter.

Henri Lanoë
Cinéchronique

Ces articles pourraient vous intéresser

Le Fils de Saul
La Promesse