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Jodorowsky's Dune

Jodorowsky
Ciné-chroniques

Film documentaire de Frank Pavich

Sélectionné dans de nombreux Festivals : la Quinzaine S.R.F. à Cannes, Toronto, les Utopiales, Telluride, Fantastic Fest

Touché mais pas coulé

Pour une fois cette chronique ne sera pas consacrée au premier film d’un(e)
jeune cinéaste, mais à Alejandro Jodorowsky, 86 ans, auquel Frank Pavich a consacré un documentaire de long-métrage qui survole une carrière assez atypique : romancier, poète, dramaturge, acteur et auteur tous azimuts, il a réalisé treize films entre 1968 et 2013 qui ont reçu de la Critique un accueil généralement très favorable, sinon enthousiaste. Né au Chili de parents russes émigrés, il réalise en début de carrière deux films qui vont assurer sa réputation de créateur exceptionnel. El Topo (1970), sorte de western mystique dont il interprète le rôle principal qui passera à New York, 6 mois durant, dans une salle pleine à la séance de minuit, puis La Montagne sacrée (1973), grande fresque psychédélique mystico /écologiste bien dans la mouvance de l’époque, certains affirmant même que le film avait été réalisé sous l’empire de drogues dures. Jodo devient désormais un cinéaste culte.


Séduit par cet artiste hors normes, le producteur français Michel Seydoux prend contact avec lui en 1974 et lui propose d’adapter Dune, livre de Frank Hebert devenu un succès mondial de la science-fiction. Jodo est séduit et fait engager les meilleurs collaborateurs artistiques de l’époque : Moebius (dessinateur), H-R. Giger (plasticien), Chris Foss (illustrateur de BD), Dan O’Bannon (scénariste), Pink Floyd (musique)… Les acteurs principaux seront David Carradine, Salvador Dali, Orson Welles, Mick Jagger, Amanda Lear… Enfin la durée du film se situera entre 12 et 20 heures ! Le budget étant estimé à 15 millions de dollars (ce qui en fait le film le plus cher de l’histoire du cinéma), Michel Seydoux fait établir un story-board de plus de 3000 dessins par Moebius tiré à plusieurs exemplaires et part à la conquête de Hollywood, accompagné de Jodo. L’accueil est sans appel : beaucoup trop cher, ce film ne se fera jamais. Imprudemment, ils laissent aux diverses compagnies un exemplaire du story-board et reviennent en France.



MIchel Seydoux et Jodorowsky estiment toujours, aujourd'hui, que cette défaite n’était pas une condamnation de leur trop grandiose Dune, puisque tous les films qui ont suivi l’échec de ce projet ( Alien 1 2, 3, etc., Star Wars 1, 2, 3, etc. et Total Recall) ont été faits par l’équipe des artistes choisis par eux et ont obtenu les succès planétaires que l’on sait. Comme preuves évidentes, Frank Pavich nous montre certains accessoires, engins, costumes, décors, bâtiments de ces films inspirés de toute évidence par le story-board abandonné sur le bureau des "majors" hollywoodiennes. Son documentaire fait intervenir tous les témoins encore disponibles de ce projet avorté. Quant au Dune réalisé en 1984 par David Lynch, il réjouit Jodo qui le trouve nul, ni fait ni à faire. Cette intéressante enquête sur les étranges moeurs du cinéma - qui ravira les cinéphiles - est à compléter en allant voir Lost in la Mancha, documentaire de Keith Fulton et Louis Pepe consacré au naufrage définitif du film que Terry Gylliam voulait consacrer à Don Quichotte en 2000, après une série de catastrophes climatiques inimaginables. Seul Terry Gilliam est resté insubmersible. Quel talent !

Henri Lanoe
Cinechronique.com

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