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Juillet Août

Ciné-chroniques

Zazie dans le Mélo

Film français de Diastème Avec Patrick Chesnais, Pascale Arbillot, Thierry Godard, Alma Jodorowsky, Luna Lou, Jérélie Laheurte, Lou Chauvain, Ali Marhyar

Le polymorphe Diastème couvre presque tous les champs d’activités créatrices que propose notre société : romancier, dramaturge et metteur en scène de théâtre, scénariste, cinéaste, il touche à tout avec appétit. Ses films précédents (Le bruit des gens autour, description féroce des comédiens durant le Festival d’Avignon et Un Français, évolution d’un skinhead vers la «normalité») traitaient de sujets de société plutôt dramatiques. Avec Juillet Août, Diastème esquisse une comédie : « comme Bruno Dumont ? » demanderez-vous ? Non, car son film fait souvent sourire, lui. En voici un bref résumé :

JUILLET - Anne (45 ans) est mariée à Michel (qui pourrait être son père). Romancier en difficulté mais d’un optimisme inébranlable, il accueille dans sa villa avec piscine, sur la côte d’Azur, les deux filles qu’a eues sa femme avec son premier mari, Franck, qui réside en Bretagne : Joséphine, ravissante ado de 17 ans et Laura, 14 ans, aux allures de garçon manqué, surtout remarquable par son langage ordurier et ses provocations qui n’étonnent même plus Anne et Michel. Joséphine ne va pas tarder à fréquenter une petite bande qui vit sur un bateau amarré dans le port et à tomber amoureuse du beau Romain, apparemment son propriétaire. De son côté, en traînant dans les rues, Laura voit sortir sa mère d’un Laboratoire d’Analyses, apparemment préoccupée car elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte de Michel qui l’ignore pour l’instant. Vu leurs âges, elle est effondrée. Cette nouvelle ne restera pas secrète bien longtemps, Laura en faisant son affaire entre deux clopes : ces vacances ensoleillées ne vont pas être gâchées pour si peu, surtout que le sentiment qu’éprouve Joséphine pour le beau Romain semble être désormais réciproque et que le futur vieux papa est finalement ravi… Tout baigne sous le soleil du Midi.

AOÛT - Hélas, ce mois de juillet chaleureux s’achève et, comme convenu, les deux filles partent en Bretagne rejoindre leur père, Franck, qui vit seul dans un paysage sinistre et noyé sous les averses, mais on peut admettre que dans une comédie la caricature ne soit pas forcément un défaut. Joséphine et Laura s’adaptent malgré tout à ce nouveau mode de vie car elles aiment vraiment leur brave père, comme elles aiment aussi le beau-père du sud. Franck les émeut d’autant plus qu’à 50 ans, il est tombé raide amoureux de la jeune serveuse du bar voisin et ses filles voient cette idylle timide d’un très bon oeil. Tous les éléments semblaient se mettre en place pour développer une mélo-comédie sentimentale où cohabiteraient Nord et Sud, familles décomposées et amours nouvelles.

Mais Diastème a dû craindre que ce soit insuffisant pour nous intéresser et il a infiltré une abracadabrante histoire de collier volé par la petite bande dont Joséphine est la complice involontaire : les trois lascars débarquent en Bretagne pour récupérer le bijou (500.000 € !) caché à son insu dans un de ses vêtements. Le scénario va s’essouffler pour tenter de faire exister ce trio insignifiant. L’honnête Franck essaie plusieurs stratégies à leur égard et, finalement, les invite à boire et à partager le dîner. Ne sachant plus quoi faire d’eux (et, apparemment, les scénaristes non plus), il réussit à les embarque dans un bateau qui s’éloigne dans la nuit vers le large, sous le regard mélancolique (ou indifférent ?) de Joséphine. Finalement, que va faire Franck de ce collier encombrant ? Je n’en dirai pas plus sur la conclusion de l'histoire… On regrette d’autant plus cette paresse imprévue du scénario que "Juillet Août" (surtout Juillet) est plein de qualité dans sa réalisation et son interprétation. L’intervention de quelques chansons ponctue un récit vif et joyeux, remplaçant une banale « musique de film » dont l’absence n’est guère ressentie comme un manque. Soulignons encore les qualités de cette troupe de comédiens, tous parfaits dans leurs rôles, passant de l’émotion au fou rire, avec une mention spéciale pour l’interprétation surprenante de la jeune Luna Lou en Zazie réincarnée.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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