Merci !

Koko-Di-Koko-Da

Ciné-chroniques

Film suédois de Johannes Nyholm

Avec : Leif Edlund, Ylva Gallon, Katarina Jacobson, Peter Belli

Festivals : Sundance, Rotterdam, Fantasia, Göteborg

Horreur boréale

Dès le début du Cinématographe, les films d’horreur trouvèrent un public qui appréciait les méfaits des Dracula, Frankenstein et autres Zombies. En 1932, Freaks de Ted Browning inaugurait une nouvelle page : les états d’âme de divers monstres humains vedettes d’un cirque devant un public horrifié, donc satisfait. Pour ces amateurs, l’invasion actuelle des super monstres numériques sur les écrans est une aubaine qui va de Godzilla jusqu’aux dinosaures de Jurassik Park (et leur nombreuse descendance). Cependant William Friedkin avec l’Exorciste 1973) ou David Lynch avec l’exceptionnel Elephant Man (1980) ont maintenu un brin d’humanité dans le monde de l’’horreur, sans oublier les efficaces films d’Hitchcock, Fritz Lang, Ridley Scott ou Stanley Kubrick qui angoissent sans faire appel aux monstres, aux extra-terrestres ou aux zombies.

Voici donc un jeune réalisateur suédois, Johannes Nyholm, qui rejoint le peloton des films d’horreur à l’ancienne avec son premier long-métrage, The Giant (2016), contant les espoirs d’un handicapé autiste au visage monstrueux qui veut devenir Champion du Monde de… pétanque ! (Ce doit être une galéjade suédoise).

Son second film, Koko-Di-Koko-Da, est un drame saupoudré d’un humour très noir. Tobias et sa femme Elin déjeunent dans un restaurant pour fêter l’anniversaire de leur petite fille à laquelle ils comptent offrir une boîte à musique. Les clients sont joyeux et l’ambiance joviale. Soudain, Elin, prise d’un très violent malaise, s’évanouit. Panique générale, les secours arrivent et foncent vers un hôpital où elle finit par retrouver ses esprits, soulagement général. Rassuré, le couple veut enfin offrir son cadeau à la fillette qui s’est endormie sur le lit de la maman : en fait, elle est morte, réellement.

Trois ans plus tard, Tobias et Elin n’ont toujours pas intégré la disparition de leur enfant et ce drame pèse évidemment sur leur couple. Ils partent sans enthousiasme camper dans la forêt suédoise par un temps maussade. Ils s’arrêtent dans une clairière et, montent leur tente à côté de la voiture. Une pluie sinistre commence à tomber forçant le couple à se mettre à l’abri. Dans la nuit, Tobias est soudain réveillé par Elin qui souhaiterait faire pipi dans la tente pour éviter l’averse. Il refuse et elle consent à sortir pour s’accroupir près d’un arbre. Un étrange trio sort alors de la forêt, composé de trois clients du restaurant : deux hommes, une femme (et deux chiens) qui se dirigent vers la campeuse. Ce sont les personnages qui décoraient la boîte à musique en chantonnant sa comptine Koko-Di Koko-Da (Cocorico en français). Ce rêve en boucle va revenir six fois, réveillant chaque fois Tobias et son incontinente épouse, cernés par ce trio de plus en plus menaçant. Ce pénible récit est entrecoupé par des figurines animées ou du théâtre d’ombres, toujours soutenu par le thème de la boîte à musique.

Pressentant le malaise du spectateur devant cet interminable cauchemar répétitif, Tobias décide enfin de décamper pour en finir : il réveille Elin, replie la tente, fuit la clairière et regagne la route sous la pluie battante. Le couple demeure silencieux… Soudain, la voiture dérape et finit sur le bas-côté. Un long moment s’écoule puis, pour la première fois, le couple s’enlace tendrement, peut-être enfin réconcilié.

Sur un sujet presque analogue, Harold Ramis avait réalisé Un Jour sans Fin (1993) avec les cauchemars de Bill Murray.

Vous avez le choix.

Henri Lanoë
Cinéchronique

Ces articles pourraient vous intéresser

Oleg
Histoire d’un regard