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L’œil du Tigre

Ciné-chroniques

Film français de Raphaël Pfeiffer

Avec Laurence Dubois, Philippe Dubois, Lucas Dubois, Théo Dubois, Omar Bourfoune, Aurore Landry, Morgane Toin, Jacques Bourboulon, Christelle Moreau, Hugo Cabane, Johann Leleu

Vovinam Viet Vo Dao !

            Après des études consacrées aux Sciences Sociales et au cinéma, Raphaël Pfeiffer s’est dirigé en 2009 vers des documentaires expérimentaux et des clips sur diverses activités artistiques qui ont été appréciés par les milieux concernés jusqu’au jour où il fit la rencontre de Laurence Dubois, fermière dans la Mayenne, qui pratiquait un sport de combat vietnamien : le Vovinam Viet Vo Dao. Intrigué par ce choix peu banal, il envisagea d’inclure cette sportive insolite dans une série de courts portraits qu’il comptait filmer, puis décida finalement de lui consacrer son premier documentaire de long-métrage tant cette rencontre l’avait fasciné. Laurence est mariée à Philippe Dubois et mère de deux jeunes garçons, Lucas et Théo. Cette famille vit de la vente du lait que produit leur dizaine de vaches et ne s’éloigne jamais de la ferme durant les vacances car il faut maintenir la traite quotidienne.

             Précisons à présent que Laurence Dubois est devenue progressivement aveugle vers la trentaine ce qui ne facilite pas l’accès aux arts martiaux, surtout le Viet Vo Dao qui propose un époustouflant ballet aérien entre des participants acrobates plutôt qu’un combat limité à deux karatékas. Compte tenu de son handicap, Laurence fait donc partie de l’équipe locale mais se limite à l’exécution de la gestuelle énergique de ce sport d’attitudes martiales. Il faut avouer que, même doté d’une très bonne vue, il n’est pas évident de pratiquer un sport d’un tel niveau. Tous ces éléments ont paru suffisants à Raphaël Pfeiffer pour nous faire connaître la double vie de Laurence qui, malgré sa cécité, est un modèle de bonne humeur, d’humour et de courage : c’est une battante qui refuse la pitié des autres, les arts martiaux font partie de sa vie et elle reste imbattable sur la filmographie de Sylvester Stallone. Durant des mois, le réalisateur a progressivement multiplié ses séjours dans la ferme, avec ou sans caméra, jusqu’à ce que la présence de l’équipe soit intégrée dans le quotidien de la famille Dubois dont nous pouvons partager l’emploi du temps. Mais le format scope exigeant une caméra lourde et peu discrète, a conduit Raphaël Pfeiffer à de longs plans larges et fixes où Laurence, encadrée par le paysage, les animaux de la ferme ou les exploits sportifs de l’équipe à l’entraînement, démontre son courage discret. Enfin un message optimiste qui nous change de l’avalanche habituelle de crimes, violences diverses et mal de vivre permanent qui alimente le cinéma contemporain.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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