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Lady Bird

Ciné-chroniques

Film américain de Greta Gerwig
Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Lois Smith, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Stephen Henderson
5 nominations aux Oscars : Film, Scénario, Réalisatrice, Actrice et Actrice (Second rôle)

 

« Ah ! vous dirai je Maman… »

Greta Gerwig est née à Sacramento, capitale de la Californie depuis la « Ruée vers l’Or » au milieu du XIXe siècle. Après ses études, elle est passionnée par le théâtre mais débute comme danseuse dans le Sacramento Ballet, tout en écrivant des pièces de théâtre puis le scénario d’un premier film dont elle sera également l’actrice principale : Hannah taken the Stairs, réalisé par Mark Duplass en 2007. Elle a 24 ans et enchaîne ensuite près d’un film par an – à petit budget ou grosses productions - toujours comme scénariste et parfois comme actrice jusqu’en 2013 où son remarquable Frances Ha, réalisé par Noah Baumbach, consacre son double talent. Elle s’y dépeint comme une born loser qui échoue dans tout ce qu’elle entreprend (amour, métier, logement) sans jamais perdre ni optimisme, ni dynamisme, ni auto-dérision. Le style très « germano-pratin » de ce récit qui se déroule à New York évoque les personnages du Manhattan de Woody Allen qui l’avait engagée en 2012 comme actrice dans To Rome with Love
Voici enfin Lady Bird, premier long-métrage de Greta Gerwig auteure et réalisatrice. Les années se succèdent et les mêmes préoccupations demeurent. Mais à trente-quatre ans, elle ne peut plus incarner une étudiante adolescente qui hésite encore sur son avenir universitaire. Elle passe donc le relais à l’excellente Saoirse Ronan (prénommée Christine mais auto-surnommée Lady Bird) qui, à dire vrai, n’hésite guère sur son choix après la terminale : tout SAUF Sacramento, ce trou sans intérêt ni avenir. Elle rêve d’’une Université sur la côte Est, proche de New York peuplée d’artistes, qui succèderait au monotone collège catholique où elle finit difficilement ses études. Sa mère lui objecte qu’avec ses résultats scolaires, aucune Université ne l’accueillera. Mais son père, plus tolérant, lui promet de l’aider à l’insu de maman. Ce scénario nettement autobiographique se déroule, heureusement, avant l’invasion des smartphones et se nourrit des souvenirs de Greta décrivant bals de collège successifs, virées en voitures, premières amours, premiers chagrins, mensonges divers et, surtout, ce conflit amour/haine permanent avec une mère qui n’est pourtant pas décrite comme un monstre et une fille qui convient d’avoir souvent poussé le bouchon un peu trop loin.
Bien entendu, on peut penser que d’innombrables films hollywoodiens ont déjà traité ce moment délicat du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Mais, à ce jour, seul le cinéma indépendant pratiqué à New York nous offre cette impression d’authenticité dans la description de ces jeunes gens, angoissés par des choix professionnels et sentimentaux qu’ils risquent de regretter leur vie durant. Fort heureusement, soutenue par une troupe de comédiens remarquables issus du théâtre, cela ne semble pas être le cas pour Greta Gerwig dont l’apparente réussite actuelle devrait au moins rassurer les ados inquiets.

Henri Lanoë
Cinéchronique.com

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