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Les Beaux Jours d'Aranjuez

Ciné-chroniques

Film français de Wim Wenders,
adapté de la pièce de Peter Handke, avec :
Sophie Semin, Reda Kateb, Jens Harzer, Nick Cave

Sélection Biennale de Venise 2016

Dialogue (f)estival

En le comparant à la trentaine de films qui l’a précédé, Wim Wenders déclare que, pour la première fois, le résultat correspond totalement à ce qu’il espérait. Ce long dialogue intime dans un jardin paisible, entre un homme et une femme qui ont peut-être vécu ensemble, est inspiré d’une pièce de théâtre de Peter Handke, cinéaste et dramaturge autrichien, écrite en français et vieux complice depuis les débuts puisqu’il était déjà le scénariste de son premier long métrage L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty, primé à Venise en 1971. En l’adaptant pour l’écran, Wim Wenders pouvait échapper aux contraintes d’un décor factice de théâtre : il en a profité pour filmer l’action dans le ravissant jardin d’une vieille maison d’où on aperçoit Paris dans le lointain. Il a même rajouté un nouveau personnage, l’Auteur qui, depuis son bureau où il rédige les dialogues de la pièce, observe ce couple qui converse paisiblement sous les arbres, à moins que ce soit le couple qui « dicte » les répliques à l’Auteur aux aguets ? Cette ambiguïté aurait certainement comblé Alain Resnais.

Quels sujets aborde ce dialogue estival apparemment paisible ? La complexe relation entre les hommes et les femmes. C’est surtout l’homme qui est inquisiteur, curieux de découvrir comment s’est passée la première nuit d’amour de son amie. « Ce n’était pas la nuit, ce n’était pas un homme » dit-elle. Les souvenirs s’égrènent, les questions et les réponses s’enchaînent, parfois vivement, parfois laissant la place à de longs monologues sur d’autres sujets comme la nature paisible ou l’évocation de souvenirs communs. L’Auteur, toujours attentif, écoute (ou invente ?) ces échanges parfois interrompus de longues pauses.

Dans le vestibule de la maison trône un juke-box que l’Auteur ranime de temps à autre en sélectionnant les hits des années ’70 – passion de la jeunesse de Wim et Peter - qui constituent l’essentiel de la musique du film jusqu’à l’apparition finale et inattendue, de Nick Cave, s’accompagnant au piano en chantant Into my Arms. Comme toujours, ce film est un condensé des diverses fascinations qui hantent l’univers de Wim Wenders : l’Amérique et sa musique, entre autres. On peut y rajouter désormais l’utilisation récente de la prise de vues en relief pour ses trois derniers films avec le procédé Natural Depth mis au point par un grand chef opérateur français, Alain Derobe, malheureusement trop tôt disparu. Loin des effets de la 3D lourdingue qui nous envoyait des ballons dans la salle du cinéma, nous sommes enfin dans un étrange Paris déserté, dont d’imperceptibles mouvements latéraux de la caméra stéréo restituent le relief, ou dans un jardin aux feuillages animés en profondeur par la brise. Le plaisir discret que procure cette présence de l’espace devient tellement évident qu’il se fait très vite oublier, laissant une sensation de confort que l’image plate ne peut donner. Dernier atout essentiel de ce film rare et précieux, l’interprétation de Sophie Semin et Reda Kateb qui incarnent ce couple peut-être à la recherche de lui-même dans les lumières de l’été, sans être sûr d’y parvenir.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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