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Oh Lucy !

Ciné-chroniques

Film japonais d'Atsuko Hirayanagi

Avec Shinobu Terajima, Josh Hartnett, Kaho Minami, Koji Yakusho, Shioli Kutsuna

1h35

31 janvier 2018

Nomination à la Semaine de la Critique   Cannes 2017

California, mon amour

            A l’origine, Oh Lucy ! était un court métrage que Atsuko Hirayanagi, étudiante en cinéma, avait réalisé dans le cadre de sa formation. Présenté à Cannes en 2014, il obtient le Prix de la Cinéfondation. Plutôt attirée par les sujets dramatiques, Atsuko découvre alors qu’elle a aussi un certain talent pour la comédie et décide, en développant ce court métrage, d’en faire un long pour raconter ce qui va advenir aux personnages esquissés dans ce prologue farfelu, mais efficace.

            Setsuko est employée dans une entreprise déprimante à Tokyo. Célibataire solitaire, elle commence à être lézardée par la crise de la quarantaine et le lancinant rythme métro-boulot-dodo. Seule, sa jeune nièce Mika qu’elle adore rompt parfois sa solitude. Quand elle lui suggère de prendre sa place pour apprendre l’anglais afin de se changer les idées, Setsuko hésite puis s’enhardit et se rend au cours d’un séduisant professeur américain, John, dont les méthodes sont, pour le moins, étranges : il lui colle une perruque blonde et l’appellera désormais Lucy. John la présente à un autre élève de son cours, affublé d’une perruque bouclée châtain, qu’il a rebaptisé Tom. D’abord stupéfaite, Lucy (ex-Setsuko) finit par tomber sous le charme de cet athlétique yankee qui serre ses élèves dans ses bras pour leur enseigner l’anglais mais disparaît soudain sans prévenir personne : il est reparti aux Etats-Unis accompagné… de la jeune Mika ! Stupeur de la tante Lucy qui va entrainer sa sœur, mère maussade de la fugueuse, vers la Californie …

Il est hors de question de dévoiler la suite de ce prologue plein d’imprévu, d’humour et de surprises, dont une de taille : l’apparition du drame dans cette fausse comédie, produit de l’insolite mariage de ces co-productions américano - nippones commencées par Le Pont de la Rivière Kwaï, puis enchaînées avec des films de guerre ou de yakusas, sans oublier le meilleur film de Sofia Coppola, Lost in Translation, réalisé à Tokyo. Après l’effroyable conflit qui a opposé ces deux pays pour finir tragiquement par le génocide de Hiroshima et Nagasaki, on est plutôt soulagé que leur relation puisse se passer désormais derrière une caméra. Le cinéma que le Japon exporte comporte rarement des comédies, à part certains films de Katechi Kitano, dans les années 90, qui se sont glissés dans son abondante production orientée généralement vers la violence. C’est également le cas de cette réalisatrice qui commence par une histoire destinée à distraire le public - quoique le suicide rôde parfois alentour - puis change de cap à la moitié du récit.Oh Lucy ! serait peut-être parvenu à maintenir le ton du prologue si les qualités de la première partie située à Tokyo se prolongeaient lors des péripéties californiennes, nettement moins inspirées. Finalement, l’attraction de Atsuko Hirayanagi vers le (mélo)drame aura triomphé de sa tentative d’y échapper mais, par son originalité, le résultat obtenu reste nettement au-dessus de la moyenne des films qui inondent nos écrans chaque mercredi.

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

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