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A peine j'ouvre les yeux

A peine j'ouvre les yeux
Ciné-chroniques

Film tunisien de Leila Bouzid
Avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayan, Aymen Omrani, Lassaad Jamoussi, Deena Abdelwahred, Youssef Soltana, Marwen Soltana, Najoua Mathlouthi, Youness Fehri, FathiAkkeri, Saloua Mohammed

Sélectionné aux Festivals de Venise, Toronto et Namur (Meilleur Premier Film)

Révolution de Jazzmin

Née à Tunis, Leyla Bouzid vient étudier la littérature française à la Sorbonne avant de passer le concours de la FEMIS. Elle tournera en Tunisie son film de fin d’études,Soubresauts(2011), qui recueillera de nombreux prix dans divers festivals. C’est l’époque où la Révolution de Jasmin chasse le Président Ben Ali du pouvoir, précédant les divers « Printemps arabes » dont on découvre aujourd'hui l'inquiétante évolution. Leyla Bouzid a précisément situé son premier long métrage A peine j’ouvre les yeux durant cette période troublée. De nos jours, il nous semble que la fragile Tunisie soit le pays qui tente de résister le mieux à la déferlante religieuse qui frappe le monde musulman depuis le début de ce siècle.

Farah, 18 ans, vient de passer son bac avec mention « très bien ». La famille exulte et la voit déjà médecin. En fait, cette bonne élève a d’autres projets : elle est déjà la chanteuse d’un groupe rock qui intègre les mélopées d’origine arabe à la rythmique empruntée au jazz. Ce quintette joue le soir dans des endroits soupçonnés d’être mal famés en attendant que le succès le propulse dans d’autres décors. Farah évolue sereinement au milieu de tous ces mâles qui fument, engloutissent des bières et la déshabillent d’un regard insistant. Fille libre, elle n’est guère impressionnée par cet environnement qui panique tant sa mère Hayet. Le scénario décrit comment Farah tente de garder le cap vers une destinée artistique tandis que sa famille, effondrée par ce choix, fait l’impossible pour la réorienter vers la Fac de médecine.

Leyla Bouzid choisit des options politiquement courageuses car il est évident que si l’histoire se situe il y a cinq ans, au moment de l’exil de Ben Ali, certaines critiques destinées à ce régime chancelant pourraient peut-être encore s’appliquer au pouvoir actuel, malgré ses efforts évidents pour parvenir à une forme timide de démocratie : reconnaissons que, aujourd’hui, les femmes tunisiennes ne sont pas toutes voilées, que la religion ne gère pas tout, que la bière n’est pas interdite et que la décapitation n’est pas à l’ordre du jour. La mise en scène de Leyla Bouzid, vigoureuse et rythmée, égale le modèle américain dans les séquences d’action pure, comme les poursuites en voiture. Mais il y a également, dans les nombreuses scènes musicales qui jalonnent le film, l'influence évidente de la mélopée arabe qui se développe longuement, avec des « rifs » en boucle lancinants, soutenus par une section rythmique directement importée des concerts rock. Et bien entendu, dans la tradition des films musicaux arabes, chaque chanson composée par Khiam Allami est interprétée intégralement jusqu’à sa fin, donnant une insolite "tunisian touch" à ces contestataires déguisés en rockers.

Henri Lanoë
Cinéchronique

Durée: 1h42   

 

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