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The Perfect Candidate

Ciné-chroniques

Film saoudien-allemand de Haifaa Al Mansour

Avec Nora al Awadh, Dao al Hilali, Mila al Zahrani, Khalid Abdulrahim

Festival de Venise : Lion d’Or, Meilleur Scénario, Prix spécial du Jury

Coup double !

Après la révélation de Wadjda, premier long métrage réalisé en Arabie Saoudite, Haifaa Al Mansour récidive avec un scénario encore plus percutant sur le sort que la société locale, aux mains des hommes, réserve aux femmes : Maryam est médecin dans la clinique d’une petite ville d’Arabie Saoudite. Le bâtiment est situé dans un terrain bourbeux qui le rend inaccessible aux ambulances lors des fortes pluies, ce qui oblige les infirmiers à acheminer les brancards dans un bain de boue. Excédée, Maryam exige sans succès que la municipalité goudronne cet accès. Elle décide donc de se plaindre au Ministère en prenant l’avion pour la capitale Riyad mais, célibataire, elle a besoin d’une autorisation de son père qui est absent, en tournée avec son orchestre. Elle ne voit plus qu’une issue : se présenter aux élections municipales afin de défendre sur place son projet. Comme pour Wadjda, l’humour militant de cette réalisatrice aère en permanence ce récit qui prend pour cible la condition faite aux femmes, le port du voile étant la principale cible de ce pamphlet : par exemple, lorsque la candidate ira faire campagne à la télé on ne verra que ses yeux. Il sera vraiment difficile pour les électeurs d’être attentif à ce discours sans âme.

On se demande comment un scénario aussi insolent a pu voir le jour dans un tel pays et comment une réalisatrice aussi douée a pu occuper les longues années qui séparent ses deux films ? Être intermittente du spectacle à Riyad ne doit pas être une sinécure, il semble donc évident que les réformes récentes dues au Prince Al Walid ben Talal sont à l’origine de cette timide ouverture avec la création de studios et de salles de cinéma dont le pays était dépourvu, sans oublier que même le permis de conduire a été autorisé pour les femmes ! Il m’a semblé intéressant de découvrir la carrière atypique de cette réalisatrice.

Grâce à un père juriste aux idées libérales qui l’a envoyée faire ses études à l’Université Américaine du Caire, Haifaa apprend l’anglais et obtient une licence d‘Art. De retour en Arabie en 2000 : elle enseigne l’anglais et l’arabe au personnel d’un groupe pétrolier. Affectée au service Communication, elle y découvre surtout du matériel de prises de vues et, fascinée, finit par réaliser 3 courts métrages, puis Femmes sans ombre qui sera sélectionné pour le Festival d’Abou Dabi en 2005. Ce court métrage est projeté à l’Ambassade américaine à Riyad où Haifaa fait la connaissance d’un diplomate, Brad Niemann, qu’elle épousera en 2007. Le couple part alors pour Sidney où le diplomate occupe un nouveau poste tandis que sa femme obtient un master à l’Université et enseigne le cinéma. Puis retour en Arabie où elle finira par réaliser le premier long métrage saoudien Wadjda en 2013 co-produit par le Prince.Al Walid ben Talal.

Infatigable, notre réalisatrice fait alors escale au Canada où elle a enchaîné Mary Shelley (2017), Une Femme de Tête (2018) et The Society (2019), série pour Netflix. Elle est établie aujourd’hui à Los Angeles avec ses deux enfants et son mari diplomate qui a collaboré au scénario de cette exceptionnelle co-production americano/ germano/saoudienne : The Perfect Candidate mérite bien son titre

(Notre curiosité satisfaite, merci à monsieur Al Mansour qui a très bien fait d’envoyer sa fille étudier au Caire.)

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

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