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Room

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Ciné-chroniques

 

Film canadien de Lenny Abrahamson et Emma Donoghue

Avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, William H.Macy, Sean Bridgers, Tom McCamus 

Sortie le 09-03-2016 
Oscar 2016 Meilleure Actrice

Où est l'enfer ?

Inspirée par l’inimaginable fait divers autrichien du père incestueux qui avait séquestré sa fille dans la cave durant 24 ans, la romancière canadienne Emma Doneghue, a cherché à décrire comment la victime d’un pareil enfermement a pu se maintenir en vie avec son nourrisson qui ne va connaître, durant des années, d’autre horizon que la cave où il est né. Pour atténuer l’incroyable horreur de cette histoire réelle, l’auteure a préféré traiter l’enlèvement d’une adolescente par un inconnu qui va la séquestrer durant des années et la violer. Devant le grand succès de son roman, elle a commencé, seule, une adaptation cinématographique qui a séduit le réalisateur Lenny Abrahmson et, ensemble, ils ont finalisé le projet dans un scénario remarquable de pudeur, d’émotion et de délicatesse. Evitant toutes les péripéties qui ouvrent normalement un pareil récit dans le cinéma commercial (l’enlèvement, la séquestration, les violences, la terreur qui rôde), Jack a déjà cinq ans et les cheveux longs d’une fillette lorsque le film commence. Il joue avec sa jeune maman, Ma, dans une pièce sans fenêtres, encombrée d’objets divers et d’un mobilier hétéroclite. La seule source de lumière naturelle provient d’un vantail situé au plafond qui laisse apparaître le ciel. C’est dans ce capharnaüm que va se dérouler la première partie du film. Jack pense que tout l’univers est contenu dans l’espace de cette chambre sans que sa mère le détrompe, gardant pour elle l’espoir d’une possible évasion avec son fils. Le ravisseur apparaît parfois de façon fugace, apportant de la nourriture et même, parfois, des jeux pour l’enfant. Le temps s’écoule et Jack vit paisiblement son incarcération inconsciente sans apparente souffrance, avec la douce sollicitude de sa mère.

Ma élabore finalement un stratagème qui va permettre aux deux prisonniers de s’échapper. Le spectateur respire, le cauchemar est enfin terminé. Erreur, c’est à présent qu’il commence dans la deuxième partie. Médusé, Jack découvre l’immensité infinie de l’univers, le vacarme dans la ville, l’obligation de porter un masque pour éviter la contamination microbienne, le hamburger chez McDo, la présentation à des grands-parents inconnus dans une maison inconnue. Ma découvre que, après son enlèvement, ses parents se sont séparés et ne se retrouvent que pour l’accueillir. Autant la grand-mère est attendrie par Jack, autant le grand-père a du mal à accepter cet enfant issu des violences qu’a dû endurer sa fille. La relation entre Jack et Ma finit par se détériorer… Quoique logique, la noire conclusion de ce récit a certainement rebuté les producteurs qui ont remis, "in extremis", les auteurs sur le droit chemin de l’habituelle fin optimiste. Mais le message est passé et Room reste un film qu’il faut voir, entre autres multiples raisons, pour la qualité de ses deux interprètes : le jeune Jacob Tremblay et Brie Larson, Oscar 2016 de la meilleure actrice.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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