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Sieranevada

Ciné-chroniques

Film roumain de Cristi Puiu

Avec :
Mimi Branescu, Dana Dogaru, Sorin Medeleni, Ana Ciontea, Rolando Matsangos, Catalina Moga, Marin Grigoire, Tatiana Iekel, Marian Ralea, Iona Craciunescu, Ilona Brezoianu, Simona Ghita, Valer Dellakesa, Andi Vasluianu, Mara Elena Andrei, Petra Kurtela

Cannes 2016 : Prix de la Mise en Scène

Deuil à la roumaine

Depuis le début des années 2000, le cinéma roumain démontre sa vitalité par l’originalité de ses scénarios et de leur mise en images. Les sélectionneurs cannois ne s’y sont pas trompés et les premiers films de Cristi Puiu et Cristian Mungiu sont sélectionnés par la Quinzaine des Réalisateurs dès 2001 et 2002. Un Certain Regard, la Caméra d’Or puis la Sélection Officielle invitent les films venus de Bucarest qui repartent souvent avec un prix. Une pléiade de jeunes réalisateurs intéressants s’est ainsi formée dont Cristi Puiu (La Mort de Mr Lazarescu -2005), Corneliu Porumboiu (12 : 08 à l’est de Bucarest -2006) et Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours - Palme d’Or 2007) sont les plus connus. Cette année, Mungiu (Baccalauréat) et Puiu (Sieranevada) étaient à nouveau en sélection officielle et ce dernier a remporté le Prix de la Mise en Scène.

Cette génération de cinéastes a vécu son adolescence durant l’ère Ceausescu et, après l’exécution du tyran en 1989, a partagé un goût commun pour les sujets politiques et les conséquences de cinquante ans de dictature sur les mentalités et la vie quotidienne des Roumains. Ils se connaissent entre eux pour avoir suivi les cours de la même école de cinéma et ont également remis en question l’écriture cinématographique : ils proposent souvent un récit très développé, s’appuyant sur des plans séquences où les acteurs s’expriment dans la durée, sans le couperet du champ/contre-champ qui hache le récit dans le découpage traditionnel. Sieranevada est un bon exemple de cette tendance : l’histoire se déroule en temps réel, sans les ellipses utilisées dans le découpage classique, ce qui allonge considérablement la durée du film, bien entendu. Cristi Puiu s’est inspiré de la mort de son père pour écrire son scénario. En Roumanie, comme partout, famille et amis se réunissent après l’enterrement. Mais, quarante jours plus tard une nouvelle réunion a lieu pour la première commémoration car, dans la tradition orthodoxe, l’âme du mort est en liberté et peut encore bouger durant ce délai. Cristi Puiu a donc placé sa caméra comme si elle filmait le point de vue du mort qui contemple une dernière fois tous ceux qu’il ne reverra plus… Un an plus tard, deuxième réunion et enfin, après sept ans, troisième commémoration.

Contrairement aux apparences, cette histoire n’est pas funèbre et se nourrit surtout des conflits politiques où continuent de s’affronter les nostalgiques de l’ancien régime à ceux qui espéraient beaucoup plus de sa disparition. Finalement, personne n’est satisfait et le mort pourra s’esquiver sans trop de regrets. On voit qu’une bonne dose d’humour noir habite le réalisateur, la meilleure preuve étant donnée par le choix de son titre qui n’a aucun rapport avec le sujet et comporte même une faute d’orthographe volontaire. Irrité de voir que les titres originaux ne sont jamais respectés lors des ventes à l’étranger - par exemple l’excellent "Y a-t-il eu ou pas ?" de son ami Corneliu Porumboiu étant devenu en français 12 : 08 à l’est de Bucarest- il a choisi au hasard Sieranevada qui se prononce dans toutes les langues, n’a aucun sens pour cette histoire mais chante agréablement à l’oreille de tout le monde. On peut seulement regretter que ce remarquable film soit distribué en plein été, morte saison de l’exploitation cinématographique.

 

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

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