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Steve Jobs

Steve Jobs
Ciné-chroniques

Film américain de Danny Boyle
Avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Katherine Waterston, Michael Stuhlbarg, Perla Haney Jardine
D'après après Steve Jobs de Walter Isaacson Adaptation de Aaron Sorkin

Cinéthéâtre

Abondamment oscarisée et baftaïsée, la carrière du britannique Danny Boyle a débuté avec l’excellent Petits Meurtres entre Amis (1994), jalonnée par le très contestable et trop récompensé Slumdog Millionaire (2008). Elle s’enrichit aujourd’hui d’un remarquable Steve Jobs, tentative originale, à plus d’un titre, de traiter trois étapes de la vie de cet homme exceptionnel dont le Macintosh a révolutionné notre Société.

La biographie complète que lui a consacrée Walter Isaacson a inspiré le scénariste Aaron Sorkin – assez porté vers le théâtre - qui a sélectionné trois étapes de sa vie professionnelle : présentation du révolutionnaire Macintosh en 1984, du NexTCube en 1988 et de l’iMac en 1998. Ces évènements ont eu lieu dans trois théâtres de San Francisco, capitale de l’ère numérique, et le film décrit trois fois les quarante minutes en temps réel qui précèdent le lever de rideau sur un nouveau produit. Quarante minutes tendues et angoissantes où s’affrontent un Steve Jobs – mi aimable, mi cruel - et sa fidèle équipe subjuguée par ce boss peu banal. Unité de lieu, unité de temps, unité d’action, trois actes : nous sommes bien dans le théâtre classique. La « pièce » va nous raconter comment Steve Jobs qui n’était ni grand ingénieur, ni bon informaticien, ni programmeur a pu proposer de tels progrès en sachant conjuguer le talent des autres, comme le fait un chef d’orchestre avec ses musiciens.

La réalisation du film a été précédée de plusieurs semaines de répétitions, comme au théâtre, afin que les acteurs maîtrisent parfaitement les abondants dialogues et soient libres de leurs mouvements dans l’espace et les décors. Méthode peu courante, le tournage a eu lieu dans l’ordre chronologique, acte après acte, ce qui a permis aux comédiens d’évoluer dans leur comportement, d’années en années (et à la fille rejetée de Steve Jobs, Lisa, de passer de l’enfance à l’adolescence). Ce plan de travail a offert à la troupe de remarquables comédiens réunis une capacité exceptionnelle d’intégration à leurs personnages, en tête desquels le surdoué Michael Fassbender.

Danny Boyle étant un perfectionniste né, il a également appliqué aux prises de vues le respect chronologique de l’évolution des techniques. Le premier acte est filmé en argentique 16 mm afin d’obtenir une image peu définie dans un décor rudimentaire, l’auditorium du Collège où Steve Jobs a réellement dévoilé le Mac, première tentative d’ordinateur personnel maniable par chacun de nous, à l’opposé de la production IBM. Cet essai connaît un relatif échec commercial.

Le deuxième acte marque le retour de Steve Jobs chez Apple, après sa disgrâce, avec le système d’exploitation NeXT qui équipe tous ses produits encore aujourd’hui. Tourné en 35 mm dans l’Opéra de San Francisco, ce décor plus somptueux souligne la réussite de sa revanche après son éviction.

Le troisième acte est consacré au lancement de l’iMac qui va révolutionner la communication et faire entrer Internet dans notre vie quotidienne. Il est enregistré en numérique HD dans la nouvelle salle de concert futuriste, le Davies Symphony Hall. Toutes ces précisions techniques seraient sans intérêt sans l’atout maître du film : la qualité de l’interprétation de la troupe d’acteurs emmenée par un Michael Fassbender qui joue en soliste virtuose sa partition : personnage ambigu, séduisant et injuste, amical mais sévère, égoïste ou généreux. Pour faire aboutir ses ambitieux projets, il pousse en permanence ses collaborateurs au seuil de l’écoeurement et de la démission mais, fascinés, ils finissent par rester pour continuer l’aventure avec cet homme autant haï qu’admiré.

Ces 120 minutes ne constituent donc pas un biopic exhaustif de Steve Jobs mais les trois moments importants de sa vie professionnelle, au cours desquels le scénariste Aaron Sorkin glisse l’évolution de sa relation avec sa fille, Lisa, durant ces quatorze années. Après avoir longtemps refusé de la reconnaître, il finira par l’accepter, tardive victoire d’une enfant délaissée : tel père, telle fille.

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

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