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Titli, une chronique indienne

Ciné-chroniques

 Film indien de Kanu Behl

Avec Shashank Arora, Shivani Raghuvanshi, Ranvie Shorey, Amit Sial, Lalit Behl

Sortie le 06-05-2015
Sélection Un Certain Regard Cannes 2014    
          

Par Henri Lanoë    

Durée: 2h07

 
            
          
La Lutte des castes

Face aux "Bollywooderies" féeriques se développe une nouvelle vague de cinéastes qui dépeint la réalité brute et parfois violente du mode de vie des classes défavorisées vivotant à la périphérie des mégapoles indiennes. Ces laissés pour compte cherchent évidemment à atteindre le confort et l’aisance des privilégiés qu’ils côtoient sans être jamais intégrés. Les méthodes de production de ce nouveau cinéma, dans lequel peut figurer le récent (et plus humoristique) The Lunchbox, s’apparentent au « néo réalisme » italien de la fin de la guerre qui s’opposait pour diverses raisons - pauvreté technique et financière - aux luxueuses productions bourgeoises de Cinecittà durant l’époque dite des « téléphones blancs ».
Pour son premier long-métrage qu’il avoue ingénument être « un peu » autobiographique, Titli, une chronique indienne, Kanu Behl n’y va pas de main morte : il dépeint une famille de tarés composée de trois frères dont l’aîné, Vikram, est une brute incontrôlable, qui entraîne ses frères dans des vols de voitures, sous l’½il indifférent d’un père complice et d’une photo du grand-père décédé. La mère, elle, a quitté depuis longtemps ce taudis pourri dans un quartier sordide. Le scénario du réalisateur est encore plus savoureux quand on sait que sa mère est, en fait, comédienne et que son papa, Lalit Behl, est lui-même acteur et un cinéaste reconnu qui a accepté de jouer le rôle du père ignoble dans le film de son fils. Autre détail intéressant, les producteurs de ce film nouvelle vague dirigent aussi le superproductions de… Bollywood (bingo !) grâce auxquelles ils peuvent financer les projets plus modestes des nouveaux réalisateurs. A partir de là s’arrête la comparaison avec le néo réalisme italien.

Titli porte un prénom de fille signifiant "papillon" : est-ce dans l’espoir que l’immonde chenille se transformera en superbe insecte, le jour venu ? C’est, en tous cas, ce qu'espère notre malheureux jeune homme. Le benjamin des frères n'a qu'une obsession : s'échapper de cette famille dont il réprouve les moeurs et acheter des emplacements dans un parking en construction qu'il louera pour gagner sa vie. Il économise ce qu'il peut en vue de réaliser son projet. Hélas, il atteint le fond du désespoir lorsqu’on lui dérobe ce magot accumulé patiemment. Les Thénardier de Delhi décident aussitôt de marier de force Titli à une jeune fille, Neelu, qui est déjà la maîtresse d’un homme riche et marié. Comme elle n’éprouve aucun penchant pour ce fiancé imposé - et réciproquement - Titli voit avec effroi que l’évolution des évènements va faire de lui un être aussi violent, sinon pire, que ses frères détestés.

Ce scénario est riche (trop riche ?) de rebondissements et d’accès de violence, insoutenables mais nécessaires, afin d’entretenir notre rejet envers ces personnages. Précisons que cette histoire abracadabrante est filmée avec une évidente maîtrise et de remarquables comédiens, amateurs et professionnels, qui rendent finalement plausible son déroulement. Cela dit, 2h07 c’est tout de même beaucoup pour développer un tel sujet (le film durait 3h40 au premier bout à bout avant l’intervention de la monteuse), mais il est possible que, dans un pays où les "blockbusters bollywoodiens" atteignent parfois six heures, cette "Chronique Indienne" puisse passer pour un court-métrage.

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