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Une année polaire

Ciné-chroniques

Film français de  Samuel Collardey

Avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen, Thomasine Jonathansen, Julius B. Nielsen, Tobias Ignatiussen,

 et les habitants de Tiniteqilaaq, Groenland

Dix ans après son premier long-métrage L’Apprenti, primé à la Mostra de Venise, au Festival de Namur et Prix Delluc du meilleur premier film, ces qualités ont été confirmées par les mêmes Festivals en 2016 pour le remarquable "Tempête" qui récompensa également le talent d’acteur du marin-pêcheur Dominique Leborne, Samuel Collardey nous propose à présent Une année polaire, consacrée à la vie d’un jeune instituteur danois qui a choisi d’enseigner dans le minuscule village de Tiniteqilaaq (80 habitants) au Groenland. Fidèle à sa méthode, ce réalisateur scénarise des éléments de la vie réelle des personnages qui deviennent ensuite les acteurs de leur propre histoire. Le résultat s’apparente plus à un classique film de fiction interprété par des comédiens non professionnels qu’à un pur documentaire ethnographique comme le concevait Robert Flaherty, précurseur du genre dès l’époque du cinéma muet.

L’apparition du son puis, surtout, du "son synchrone" avec des caméras légères dans les années 1960 a élargi le champ des possibilités de ces « cinéastes du Réel » dont Jean Rouch est un éminent exemple. Parti du documentaire reportage il a évolué vers le docu - fiction en le dotant d’un scénario préalable interprété par la population concernée par le film. Samuel Collardey poursuit la même démarche aujourd’hui mais enrichie par la qualité des progrès techniques qui offre au public des images spectaculaires auxquelles le 16mm des origines ne pouvait prétendre. D’autre part, le scénario reste l’élément primordial de ses films comme c’était déjà le cas pour les deux qui ont précédéL’Apprenti, et Tempête, où la fiction dominait largement le documentaire grâce à de remarquables acteurs amateurs. C’est un peu moins évident pour Une année polaire où l’ethnographie reprend le dessus en nous faisant découvrir une peuplade issue de Nanouk l’Esquimau qui continue à manger du phoque tous les jours mais désormais munie de smartphones et de comptes Facebook. Ces Inuits ne parlent que l’inuit et considèrent les Danois comme des colonisateurs, ce qui ne va pas faciliter la tâche d’Anders, le jeune instituteur venu enseigner le danois à une poignée de gamins qui ne le comprennent pas. Le film décrit donc ses efforts durant une année scolaire pour s’intégrer dans cette communauté dont le mode de vie est resté dominé par la pêche et la chasse, de père en fils depuis toujours. Cet enseignement ancestral se pratique dès que les garçonnets arrivent à l’adolescence mais, s’ils vont à l’école durant ces années d’apprentissage, ils ne pourront plus apprendre à nourrir le village qui ne vit que grâce à ses pécheurs chasseurs.

Samuel Collardey fait de ce dilemme polaire un des moteurs de son récit complété par l’enquête discrète que mène le jeune Anders sur les mœurs de cette communauté et sur l’étonnant rôle des grands-parents qui remplacent les parents dans l’éducation des enfants afin de les protéger d’un alcoolisme familial assez répandu. Cet instituteur atypique va profiter également, avec les adolescents, de l’enseignement cynégétique dispensé par les villageois afin d’apprendre à chasser la faune locale, de même que Samuel Collardey va maîtriser l’usage du drone pour nous offrir les superbes images aériennes de ce récit. Mais rassurez-vous : en échange, les écoliers auront tout de même appris un peu de danois à la fin de cette année sco(po)laire.

 

Henri Lanoë
Cinéchronique

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