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Une Seconde Mère

Ciné-chroniques

Film brésilien de Anna Muylaert

Que horas ela volta
Avec Regina Casé, Camila Màrdila, Michel Joelsas, Karine Teles, Lourenço Mutarelli, Helena Albergaria

Sortie le 24-06-2015
BERLIN 2014 Prix du Public SUNDANCE 2014 Prix du Jury    
          

Par Henri Lanoë    

Durée: 1h52

 
            
          
Lutte des Classes

Anna Muylaert est une scénariste et réalisatrice brésilienne très populaire qui a entamé sa carrière à la télévision et enchaîné avec le cinéma par des courts-métrages, dans les années 90, avant de s’attaquer aux longs avec Durval Discos en 2002, grand succès qui la fit connaître. Une Seconde Mère est son quatrième film, vraiment remarquable car il échappe au triptyque des habituels clichés véhiculés par le cinéma local : Samba, Carnaval et Favelas. On peut le considérer comme une comédie sociale qui se déroule dans un milieu aisé, décrivant la relation harmonieuse qu’entretient un couple de bourgeois avec Val, la nounou qui s’est occupé de Fabinho, leur fils unique aujourd’hui adolescent, et qu’ils ont gardé pour l’entretien de la maison et la gestion de la cuisine. Cette pratique, courante chez les riches brésiliens, implique évidemment que la nounou ne peut s’occuper de ses propres enfants et qu’elle doit donc les confier à d’autres (tantes, cousines ou grand-mère). C’est le cas de Val qui a élevé comme une seconde mère le fils de la maison mais n’a pas vu Jessica, sa propre fille, depuis dix ans. Celle-ci débarque à Sao Paulo pour s’inscrire à l’Université : Val est heureuse et bouleversée de la retrouver enfin, ainsi que les patrons qui la découvrent et lui offre même de dormir chez eux, en attendant… Très gênée, mais reconnaissante, Val propose d’installer un lit de camp dans une remise de l’appartement mais Jessica ne cache pas qu’elle préfèrerait la confortable chambre d’amis puisqu’elle est inoccupée, ce qui n’offusque pas le généreux mari qui acquiesce sans hésiter : dès lors, le train des revendications prend le départ et va transformer l’existence de la malheureuse nounou en cauchemar. Val a beau souligner que la place de sa fille n’est pas à la table des patrons ni dans la piscine où se rafraîchit le jeune Fabinho, Jessica brise tous les tabous et finira par reprocher cruellement à sa mère d’accepter d’être « une citoyenne de deuxième zone ». Le ton de la comédie bascule progressivement vers la tension dramatique. Ce scénario imprévisible, donc intéressant à plus d’un titre, nous permet de découvrir Regina Casé dans le rôle de Val, star de la télévision brésilienne qui fait penser à une sorte de Raimu féminin. L’autre atout d’Anna Muylaert est d’avoir évité la caricature en nous proposant des personnages ayant des réactions "normales", quelle que soit leur classe sociale. C’est suffisamment rare pour être signalé, ainsi que l’absence de "happy ending" que ce genre d’histoire engendre généralement.

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