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Vivir y otras ficciones

Ciné-chroniques

Film documentaire espagnol de Jo Sol
Avec Pepe Rovira, Antonio Centeno, Arantzazu Ruiz, Marcos Rovira Makoki, Ann Perello, Oriol Roqueta, Ismael Nogales, Soledad Arnau, Ana Sanchez

Festivals : San Sebastian, Buenos Aires, Hong Kong, Münich, Nantes, Cinespana, Montpellier

S.O.S. Handicap

Après s’en être détourné durant des siècles, la société a enfin pris réellement conscience, depuis peu, de l’existence difficile des handicapés. Afin de tenter de rendre leur vie plus confortable, on a abaissé les trottoirs pour faciliter la traversée des rues par les fauteuils roulants, des rampes escamotables permettent leur accès aux autobus où un espace leur est dédié, dans les lieux publics des toilettes équipées leur sont destinées, tous ces aménagements sont utiles et pratiques. Mais il reste des zones que personne n’ose visiter, essentiellement le domaine de la sexualité, par exemple. Jo Sol, cinéaste catalan, franchit le pas avec Vivir y otras ficciones (Vivre et autres Fictions), réalisé en 2016 sans aide ni soutien, primé dans de nombreux festivals, mais qui peine encore à trouver un distributeur. Mélange de documentaire et de fiction ce film nous fait découvrir le combat que mène l’écrivain Antonio Centeno, lui-même tétraplégique, afin que les handicapés puissent éventuellement assouvir une sexualité intacte. De même que des aides médicales prennent en charge la toilette et les repas des patients, il suggère la visite de prostituées à domicile afin d’apaiser leur libido.

Antonio Centeno, dans son propre rôle, est entouré par Laura (Arantza Ruiz) qui gère la toilette, les repas et l’entretien de la maison et par Pepe Rovira, vieil acteur compagnon de route de Jo Sol qui lui a consacré un film en 2005, El Taxista Ful, racontant son mode de survie : il volait un taxi pour la journée, prenait des clients et l’abandonnait le soir en gardant la recette. Démasqué, il fit de la prison puis échoua quelque temps dans un asile psychiatrique. Jo Sol en a fait l’assistant de vie d’Antonio qu’il voit avec scepticisme tenter de mettre en place son projet de secours sexuel dans son appartement. Et voici l’apport essentiel : Sandra, la prostituée (Ann Perelló) qui est si belle, si compréhensive, si délicate qu’on finirait par envier le sort des handicapés. Si Pepe reste perplexe, Laura est franchement hostile. Antonio les convaincra-t-il ? Malgré le malaise inévitable éprouvé par le déroulement de ce récit, on résiste grâce à l’humour que Jo Sol arrive à introduire dans le film ainsi qu’à la vitalité exceptionnelle que dégage Antonio Centeno. Il faut aussi reconnaître que, de la peinture au cinéma, l’Espagne est une terre où les disgrâces physiques ont souvent été mises à contribution : Luis Buñuel ne me contredira pas.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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