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Volta a terra

Ciné-chroniques

Film documentaire portugais de 

 

Uz et coutumes

Le nord du Portugal est une région montagneuse et rude qui a subi un exode massif dans les décennies 60/70 : plus de deux millions d’émigrants ont cherché des conditions de vie meilleures, soit dans le centre du pays, soit à l’étranger. Les grands-parents de João Pedro Plácido, réalisateur de ce documentaire, vivaient à Uz, petit hameau qui ne compte aujourd’hui qu’une soixantaine d’habitants. Mais à sa naissance, ses parents ont préféré s’établir à Lisbonne. Cependant, selon une tradition bien établie, la plupart de ces émigrants reviennent au pays lors des fêtes locales des mois d’été qui réunissent ces familles dispersées. C’est grâce à ce lien maintenu que le jeune João Pedro a retrouvé Uz et désiré consacrer un documentaire à ces paysans dont la vie est rude mais qui semblent heureux, à l’abri des crises économiques qui frappent les pays dits « riches ». Diplômé chef-opérateur par l’Ecole de Cinéma de Lisbonne, il a préféré s’appuyer sur la compétence de sa co-scénariste - Laurence Ferreira-Barbosa, réalisatrice chevronnée de cinq longs métrages – pour l’aider à affronter les problèmes que pose la mise en scène.

Le documentaire romancé décrivant les différents modes de vie des gens selon les régions du monde a des origines lointaines. Encore une fois, on peut dire que les frères Lumière en sont les créateurs, mais l’initiateur de cette branche du cinéma du réel reste, sans conteste, Robert Flaherty à qui on doit, entre autres chefs-d’œuvre, Nanouk l’Eskimo (1922), "Moana" (1926), Tabou (1931), Louisiana Story (1948). Plus récemment, Farrebique de Georges Rouquier (1946) a filmé, durant les quatre saisons, une famille de paysans du Rouergue qui parlait encore le patois et vivait sans électricité, dans un long métrage exceptionnel qui rencontra un grand succès. Trente-sept ans plus tard, le même réalisateur réédita l’expérience - avec la même famille - dans Biquefarre (1983) qui permit de comparer l’évolution de la vie rurale, tant sur le plan du confort domestique que des nouvelles conditions de travail qu’impliquait l’agriculture moderne. J’arrêterai cette courte liste incomplète avec le superbe et poétique Le Quatro Volte (2010) de Michel-Angelo Frammartino, film presque muet où même les agneaux, les chiens et la volaille nous ont étonné par leur talent d’acteurs.

João Pedro Plácido peut s’inscrire dans cette catégorie « d’ethno fiction » avec son Retour à la Terre qui dépeint également le quotidien de cette poignée d’habitants encore active dans le petit village d’Uz. Ici, comme dans toutes les campagnes, les quatre saisons rythment et conditionnent les activités humaines, mais la caméra de João Pedro privilégie le personnage de Daniel, le plus jeune des agriculteurs, dont la préoccupation principale est de trouver une fille, non pas pour aller danser, mais pour pouvoir se marier et maintenir l’activité de la ferme. Cela tourne à l’idée fixe et, curieusement, n’appâte pas vraiment les rares demoiselles uzelloises, sans trop entamer la bonne humeur de Daniel. Parviendra-t-il à trouver la compagne de ses rêves ? Ce fil conducteur discret et teinté d’humour permet sans conteste de compter ce film dans la catégorie des documentaires « ethno romanesques ».

Henri Lanoë
Cinéchronique

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