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Yesterday

Ciné-chroniques

Film anglais de Danny Boyle

Avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran, Kate McKinnon, James Corden, Lamorne Morris, Joel Fry, Alexander Arnold

Sortie : 3 juillet 2019

Durée : 1h57

Drôle de Dream

 

Science-Fiction, mélodrames, comédies, biographies…  Danny Boyle a été un inépuisable touche-à-tous-les-genres-cinématographiques durant sa longue carrière riche de la trentaine de films qui a précédé Yesterday, comédie musicale (et sentimentale) grâce au scénariste Richard Curtis qui lui a proposé une idée absurde mais séduisante a priori : que serait devenu notre monde aujourd’hui si les Beatles n’avaient pas existé ? Banco !

Yesterday dépeint donc la vie de Jack Malik, jeune auteur, compositeur et guitariste, admirateur du célèbre quartet dont il connait tout le répertoire. Mais il se produit dans son petit village balnéaire du Suffolk qui est peu sensible à son talent.  Seule Ellie, amie d’enfance fidèle, l’admire et le soutient en lui servant même d’imprésario au besoin. Un soir, alors que Jack revient chez lui à vélo, une panne d’électricité mondiale paralyse notre planète et plonge dans l’obscurité les villes du monde entier durant quelques secondes : cela suffit pour que Jack soit victime d’un accident qui l’envoie à l’hôpital, amoché. A sa sortie, il retrouve le chemin du pub où il se produit, reprend quelques titres des Beatles et s’aperçoit, stupéfait, que le public ne les connaît plus : le fabuleux quartet a disparu de la mémoire des gens, même Google ignore leur existence (ni celle du Coca Cola ou des cigarettes, d’ailleurs). Peu à peu l’idée de s’approprier ce répertoire oublié le séduit et, « se voyant déjà en haut de l’affiche », il va devenir une star du show-biz, avec l’aide de la fidèle Ellie. Toute la mise en place de ce scénario insolite est menée avec brio par une réalisation virtuose qui ne donne aucun indice sur cette ascension : s’agit-il d’un rêve, d’un cauchemar, des effets de l’anesthésie… ou est-ce la réalité ?

Malheureusement, cette verve s’étiole peu à peu et n’alimente plus notre intérêt jusqu’à la fin trop longuette de cette histoire qui se préoccupe surtout de conclure par un happy-end attendu la timide relation amoureuse d’Ellie avec Jack, chahuté par sa carrière de nouvelle star désormais dans les griffes d’une professionnelle du show-biz. Plus contestable me paraît être le choix de Himesh Patel pour incarner Jack Malik. Ce trentenaire sympathique chante et joue vraiment de la guitare, ce qui est un atout, mais il n’évoque guère une rock-star (modèle David Bowie ou Mick Jagger) avec son physique de poupon triste comparé à la grâce juvénile et joyeuse des Beatles. Pour réincarner Paul McCartney, un adolescent (modèle Hugh Grant ?) aurait été plus crédible.

En 2006, Jean-Philippe de Laurent Tuel, servi par un astucieux scénario de Christophe Turpin, s’appuyait sur une idée identique qui faisait disparaître de la mémoire collective Johnny Halliday qui n’aurait jamais fait carrière dans la chanson puisqu’il tenait un bowling ! Fan frénétique du chanteur, Fabrice Lucchini s’évertuait à vouloir en faire une rock-star en lui faisant écouter ses chansons (que Johnny trouvait ridicules) et en lui montrant ses costumes de scène (que Johnny trouvait grotesques). Il était évident que Johnny se prêtant à cette auto-dérision était l’atout de cette comédie qui, malgré ses qualités, avait eu aussi du mal à conclure. Finir efficacement ces récits au démarrage brillant et insolite est souvent difficile. Comme disait Joe E. Brown dans la réplique finale (et culte) de Some Like it Hot : « Nobody is perfect ! » 

 

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

 

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