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Capitaine Thomas Sankara

Capitaine Thomas Sankara
Ciné-chroniques

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Prix du Public Black Movie Film Festival 2013 

Christophe Cupelin, réalisateur suisse, a découvert le Burkina Faso lors d’un premier voyage effectué en 1985, lorsqu’il avait dix-neuf ans. Ce nouvel état africain - l’ancienne Haute-Volta - était alors dirigé par le jeune capitaine Sankara, un officier qui avait pris le pouvoir en 1983 et avait rebaptisé Burkina Faso (Pays des Hommes Intègres) son pays décolonisé. Après son retour à Genève pour suivre des études de cinéma, le jeune Christophe Cupelin va réaliser trois courts-métrages sur ce pays qui le fascine et il nous propose aujourd’hui un passionnant documentaire de long-métrage sur le bref règne charismatique (1983-1987) de Thomas Sankara.

Contrairement aux autres états africains qui continuent d’être dirigés par des politiciens indétrônables, issus d’élections plus ou moins truquées, la révolution burkinabé semblait vraiment porteuse de l’espoir d’un monde meilleur et la renommée de Sankara en fit rapidement le porte-parole des laissés pour compte du continent africain qu’il alla, entre autres, défendre devant les instances de l’ONU en demandant la suppression de la dette qui écrase les Africains. Ce révolutionnaire anticonformiste, écologiste et féministe avant l’heure, séduisait par son humour et sa verve pour aborder les problèmes graves avec légèreté, comme en témoignent ses nombreuses interventions que le film nous fait connaître.

La réapparition en 2007, vingt ans après sa mort, de nombreuses images d’archives va fournir un matériel abondant qui complète les prises de vues personnelles déjà accumulées par le réalisateur lors de ses précédents tournages. La richesse de ces documents retrouvés permet de raconter par l’image cette courte période révolutionnaire où tout semblait possible. On y découvre Blaise Compaoré, fidèle compagnon de Sankara depuis l’école militaire, participant à son ascension, l’accompagnant durant les différentes cérémonies, chuchotant à son oreille, riant à ses plaisanteries et prendre finalement sa place après son assassinat mystérieux, le 15 octobre 1987. Cette fin shakespearienne donne enfin à Blaise Compaoré, soupçonné d'être à l'origine du complot, le pouvoir tant convoité qu’il conservera 27 ans, jusqu’en 2014 ! Ce long règne ne semble pas avoir fait aboutir les rêves de l’ami (?) qu’il a remplacé.

Henri Lanoë
Cinéchronique

Sortie le 04-11-2015

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