Merci !

CLASH

Ciné-chroniques

Film égyptien de Mohamed Diab

Avec Nelly Karim, Hany Adel, Tarek Abdel Aziz, Ahmed Malek, Ahmed Dash, Husni Sheta, Aly Eltayeb, Amr El Kady, Mohamed Abd El Azim, Gameel Barsoum, Ashraf Hamdy, Mohamed Tarek, Ahmed Abdel Hameed, Waleed Abdel Ghany, Mai El Ghany, Mohamed El Sebaey, Mohamed Ab

Ouverture Un Certain Regard Cannes 2016

Printemps maussades

Depuis 2011, des mouvements révolutionnaires ébranlent les pays du Maghreb, provoquant même la chute de l’égyptien Hosni Moubarak qui dirigeait le pays depuis l’assassinat de Anouar el-Sadate en 1981. Ils avaient été précédés, dès 1991, par une guerre civile en Algérie déclenchée par l’annulation des élections remportées par le Front Islamique du Salut, conflit qui a duré dix ans. Tous les peuples de cette région semblant aspirer à plus de démocratie, les journalistes et les gouvernements occidentaux ont imprudemment surnommé « printemps » arabe ces révolutions qui n’ont fait que fortifier l’Islam et les Frères Musulmans comme on peut le constater aujourd’hui. Quand ceux-ci arrivent en tête lors d’élections plus libres que d’habitude, ils sont assez rapidement écartés du Pouvoir par l’Armée qui s’en empare : c’est encore ce qui vient de se passer en Egypte où Mohamed Morsi, Président pro-islamiste élu en 2012 a été destitué dès 2013 par le général Abdel al-Sissi, promu depuis maréchal et désormais à la tête du pays. Le problème se complique quand on sait que le gouvernement Morsi ne satisfaisait pas davantage la population, toujours aussi déçue.

C’est durant cette période de confusion, où les manifestations violentes se succédaient dans les rues du Caire, que Mohamed Diab situe son remarquable film. Il nous avait déjà impressionné par Les Femmes du Bus 67 et ce CLASH - huis-clos étouffant au milieu de foules déchaînées – vient confirmer le talent de ce réalisateur qui tente de témoigner sur cette guerre civile larvée qui paralyse interminablement son pays. Tourné l’année dernière, le film ne comporte aucun "stock-shot" des émeutes de 2013 et tous les mouvements de foule au milieu de la circulation sont dus à la mise en scène. Mais le pari réussi le plus exceptionnel c’est le fourgon de police de 8m2 dans lequel ont été entassés les vingt acteurs durant les 26 jours du tournage. Ces séquestrés involontaires incarnent les trois tendances antagonistes qui divisent l’Egypte : la Religion, la Révolution ou l’Armée. Cette commune détention imprévue amènera-t-elle ces farouches adversaires à retrouver une relation apaisée ? Le film reste en suspens sur la conclusion de cette journée, sans nous en dire plus sur le sort de ce fourgon et de ses occupants.

On se pose toujours la même question devant les films politiquement engagés dont les Festivals sont si friands : pourquoi les régimes réputés « sévères » (les ex-Républiques populaires, Franco, Tito, Iran, etc…) tolèrent ils si souvent d’être mis en cause par les cinéastes ? Cette année encore, CLASH a fait l’ouverture de la sélection "Un Certain Regard" à Cannes. Après tout, il est possible qu’avec un tel nom, "Sissi" soit un maréchal cinéphile.

Henri Lanoë
Cinéchronique

Ces articles pourraient vous intéresser

Sieranevada
Festival de Cannes : 70 ans