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Des nouvelles de la planète Mars

Des nouvelles de la planète Mars
Ciné-chroniques

Film français de Dominik Moll

Avec François Damiens, Vincent Macaigne, Veerie Baetens, Jeanne Guittet, Tm Rivoire, Michel Aumont, Catherine Samie, Philippe Laudenbach, Olivia Côte, Lea Drucker, Julien Sibre, Eic Bougnon, 

Sortie le 09-03-2016 
Sélectionné 66e Berlinale 2016

 

Joyeux cauchemarx

Pour nous donner Des nouvelles de la planète Mars, Dominik Moll a retrouvé son vieux complice Gilles Marchand, rencontré lors de leurs études à l’IDHEC, avec lequel il a déjà co-écrit Harry, un ami qui vous veut du bien sélectionné à Cannes en 2000 et primé aux César, puis Lemming (2005) qui fait l’ouverture de Cannes. Gilles Marchand, de son côté, a écrit et réalisé,Qui a tué Bambi ? sélectionné à Cannes en 2003 et L’autre Monde en 2010. Il a aussi collaboré au scénario de divers réalisateurs comme Laurent Cantet, Cedric Khan et J-P.Rappeneau, entre autres. Mais le duo Marchand/Moll a une spécificité : il fonctionne sur un goût commun pour l’imprévisible et le surnaturel dans la vie banale des personnages. Sans verser dans l’horreur "gore" et les châteaux transylvaniens, leurs films dégagent une angoisse d’autant plus efficace que les histoires se développent dans un décor très quotidien avec des personnages apparemment « normaux » confrontés à des évènements plus ou moins irréels. Cette fois-ci, les deux complices ont tenté (et souvent réussi) d’instiller ce malaise dans une vraie comédie où le rire est loin d’être absent.

Le placide et athlétique Philippe Mars est programmateur dans une boîte d’informatique où le boss distribue des bonbons à ses employés quand il les rencontre. Ce travail ne le passionne pas, mais ne l’ennuie pas non plus. Il le subit comme il subit sa vie familiale : divorcé avec la garde de deux enfants (une adolescente qui le juge et un collégien qui a décidé d’être végétarien), une soeur artiste qui peint des obscénités et son ex qui travaille au journal télévisé et apparaît parfois dans l’écran du salon. Philippe Mars rit aux films des Marx Brothers, entouré de ses deux enfants moroses qui baillent. Son anniversaire (49 ans) est un vrai désastre d’indifférence familiale mais il encaisse cette vie avec flegme. Heureusement, il a comme voisin un vieux monsieur à la retraite qui a été le chauffeur du Président Giscard d’Estaing et lui en raconte des bien bonnes dans l’ascenseur. Sans aucun centre d’intérêt, ce "has been" survit paisiblement.

Dans ce morne désert surgit Jérôme, une relation de travail à la limite du psychopathe qui va envahir la vie et l’appartement de Philippe, abandonnant le divan offert le premier soir pour occuper le grand lit afin d’y accueillir sa copine Chloé, militante végétarienne de surcroît, Cette situation du goujat sans-gêne est un bon ressort de comédie souvent traitée au cinéma, entre autres par Patrice Leconte dans l’efficace Viens chez moi, j’habite chez une copine (1980). A cette époque, les deux héros étaient dragueurs, célibataires, l’un pompiste, l’autre déménageur. Au XXIe siècle, Dominik Moll change la donne et fait travailler les siens sur des programmes informatiques dont la finalité reste obscure pour les rédacteurs. Le couple antagoniste François Damiens / Vincent Macaigne (sur lequel s’appuie confortablement toute l’histoire) n’a aucun rapport avec celui formé par Michel Blanc et Bernard Giraudeau qui baignait dans une certaine complicité baba-cool. De plus, il existe une différence sur le plan sentimental : si la vie familiale de Philippe est un échec évident, l’élan amoureux de Jérôme envers Chloé est sincère et touchant. Comparé aux personnages de Patrice Leconte qui évoluaient dans un climat populaire, banlieusard et gouailleur, le film de Dominik Moll apporte une touche de surréalisme en faisant entrer dans la marmite tous les personnages de cette fable délirante et en y incorporant également des grenouilles, un roquet, un minou… (mais pas de raton-laveur !). Cette invention qui jaillit depuis le début de ce scénario en roue libre nous laisse espérer un ultime et brillant "fortissimo" en conclusion de cet "allegro vivace" permanent. Hélas, l’inspiration de nos scénaristes faiblit soudain et les dix dernières minutes manquent du souffle qui animait le reste de ces tribulations. Mais malgré cette déception imprévue, on prendra certainement plaisir à découvrir ces nouvelles de la planète Mars.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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