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Je vous souhaite d'être follement aimée

Ciné-chroniques

Film français d'Ouni Lecomte
Avec Céline Sallette, Anne Benoît, Elyes Aguis, Françoise Lebrun, Louis-Do de Lencquedaing, Pascal Elso, Micha Lesco, Catherine Mouchet 

Kinematographe

Ounie Lecomte est née en Corée. A l’âge de neuf ans, son père l’a abandonnée dans une institution catholique où un couple français est venu l’adopter et l’a amenée en France. Elle y a fait ses études et, attirée par le cinéma où elle a tenté diverses activités (actrice, costumière), elle rejoint l’Atelier Scénario de la FEMIS et écrit Une vie toute neuve, premier long-métrage inspiré par son propre destin qui sera sélectionné pour le festival de Cannes 2009 où il rencontrera un accueil critique très favorable.

Après le drame d’une enfant abandonnée par ses propres parents qu’elle avait connus et aimés, Ounie Lecomte a désiré prolonger ce thème en abordant un autre aspect des « orphelins dotés de parents vivants », celui des enfants nés « sous X » d’une mère qui ne s’est pas fait connaître. Est-ce qu’un bébé adopté dès sa naissance subira le même traumatisme que celui qui a connu ses vrais parents durant plusieurs années avant d’être abandonné par eux ? Certainement oui : c’est le sujet que traite Je vous souhaite d’être follement aimée, nouveau film d'Ounie Lecomte.

Ses démarches pour identifier sa mère biologique ayant échoué mais toujours taraudée par le désir de la retrouver, Elisa, kinésithérapeute, quitte son mari et Paris pour s’établir à Dunkerque - où elle est née trente ans plus tôt - accompagnée de son petit garçon Noé, neuf ans et un caractère difficile. Il est inscrit dans un nouveau lycée tandis que sa mère exerce dans un cabinet médical. Annette, une employée du lycée qui travaille au réfectoire, prend souvent la défense du petit Noé parfois harcelé par ses camarades. A 50 ans, la solitaire Annette vit encore dans le même immeuble que sa mère. Souffrant de douleurs lombaires, elle va consulter la nouvelle kinésithérapeute qui entreprend de la soulager. Dès cet instant, le spectateur pressent que la mère et la fille viennent de se retrouver mais, paradoxalement, ce hasard miraculeux n’entame pas l’intérêt qu’on porte à l’évolution de leur relation. Comme dans la série TV Colombo, nous avons dès le début une grande avance sur l’inspecteur (puisque nous connaissons l’assassin) mais l’intérêt réside dans la longue enquête de Colombo pour démasquer le coupable. Il en sera de même dans l’attente du moment où Elisa et Annette se reconnaîtront enfin. Ounie Lecomte filme l’évolution charnelle de cette rééducation avec tact, utilisant de lents passages de l’image à des flous maîtrisés délicatement pour mieux suggérer l’état des âmes et estomper le réalisme de ce décor médical. La qualité du récit repose essentiellement sur ces lentes séances de massage que la fille prodigue à cette patiente inconnue, gestes charnels d’amour inconscient qui aboutiront à l’émouvante posture foetale de la mère dans les bras de sa fille, à la fin d’une des dernières séances. A ce moment, tout est dit et nous savons que la confirmation tant attendue de leur filiation ne saurait désormais tarder.

Mais cet état de grâce cinématographique disparaît, malheureusement, lorsque nous quittons le cabinet d’Elisa pour revenir vers la vie quotidienne. Les relations entre Annette et sa propre mère, celles d’Elisa avec Alex, le père de son enfant - dont on mesure mal ce qu’il en subsiste – ne nous fournissent guère d’émotion comparable au face à face d’Elisa et Annette lorsqu’elles se découvrent peu à peu. La dernière séquence du film se déroule dans un bistrot où la famille d’Annette, en présence d’Elisa, continue de régler ses vieux comptes en évoquant l’autre grand absent, le père disparu responsable de cette naissance sous X. Cet épilogue surprend par sa banalité et sa froideur. Il est clair que la véritable conclusion de cette tendre recherche s’est située dix minutes avant cette fin abrupte privée d'inspiration.

Henri Lanoë
Cinéchronique

 

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