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JERICO

Ciné-chroniques

Film colombien de Catalina Mesa

Avec douze habitantes du village de Jerico

DOCS(Barcelona), hotDOCS(Toronto), Cinélatino(Toulouse), etc.

 

Transmissions orales

Originaire de la sulfureuse Medellin, la jeune Catalina Mesa quitte la Colombie pour finir ses études à Boston, hésitant encore entre la danse classique et le management. Puis elle s’installe à New York, trouve du travail dans une boîte de production proche des Twin Towers et manque d’être pulvérisée par les attentats du 11 septembre. Elle décide alors de s’installer à Paris, considérée à l’époque comme une ville paisible et artistique. Elle y apprend le français à la Sorbonne, obtient une maîtrise en Lettres, suit une licence d’arts du Spectacle, fréquente l’Ecole des Gobelins, la Femis et conclut le tout par l’UCLA de Los Angeles : après un tel parcours, Catalina sent enfin poindre un désir de faire du cinéma. Elle fonde sa société de production à Paris, Miravus, et réalise Jericó, son premier documentaire de long-métrage consacré au village des ancêtres de sa famille.

Une des évidentes originalités de Jericó vient déjà de ce décor coloré qu’offrent toutes ces maisons bâties au XIXe siècle, lors de la fondation de ce village par des émigrés européens d’origines et de religions diverses. Cette polychromie décorative, toujours parfaitement entretenue, évoque un décor de théâtre qui attend les acteurs pour que la pièce commence. En fait, nous aurons surtout des actrices : Catalina Mesa a choisi douze femmes qui vont se succéder, chacune dans sa maison, pour raconter leur vie passée, avec humour, vivacité et, parfois, de la nostalgie. Déjà âgées, elles vivent seules sans sembler affectées par l’absence d’un compagnon comme l’indiquent leurs confessions plutôt joyeuses. Catalina Mesa s’est inspirée du style des récits que lui faisait sa grand-tante Ruth décrivant la vie heureuse du temps de ses grands-parents, époque peuplée d’un grand nombre de poètes locaux qui ont laissé d’abondantes archives et des chansons qui accompagnent aujourd’hui le déroulement du film.

Ce village enclavé au milieu des montagnes a presque échappé à la violence des narco-trafiquants qui meurtrit la Colombie dans les régions voisines et certaines de ces femmes ont perdu mari et enfants lors de ces évènements tragiques qu’elles n’évoquent que discrètement, tentant de masquer leur chagrin avant de disparaître elles-mêmes. Bouclant la boucle, la fin de ce documentaire pudique veut espérer qu'une vie normale attend la jeune génération très occupée, aujourd’hui, par les préparatifs de la fête des cerfs-volants, fabriqués par les écoliers, qui iront sillonner le ciel lumineux d’un village enfin apaisé.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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