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La Terre et l'Ombre

Ciné-chroniques

Film colombien de César Acevedo
Avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa, Marleyda Soto, José Felipe Càrdenas

Caméra d'Or, Prix SACD, Prix Révélation France 4, CANNES 2015

Pluie de cendres

Nous sommes en Colombie. 17 ans après avoir abandonné les siens, le vieil Alfonso revient sans explications dans sa famille pour voir son fils gravement malade. Il y retrouve sa femme et découvre sa belle-fille et son petit-fils qui vivent toujours dans leur maison délabrée et isolée au milieu d’hectares de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie incessante de cendres, cause de la maladie pulmonaire du fils.

Ce premier long-métrage de César Acevedo a obtenu la Caméra d’Or à Cannes 2015. Son scénario évoque par son sujet un autre film colombien, La Sirga de William Vega (2013), où Alicia, une jeune fille fuyant la guerre civile, cherchait refuge auprès d’un oncle inhospitalier qui vivait en ermite dans un vieil hôtel abandonné depuis longtemps par les touristes. Comme Alfonso cherchant à retrouver sa place pour sauver sa famille qu’il a abandonnée, Alicia va tenter de participer à la remise en état de la Sirga. Dans les deux films, une nature hostile encercle ces survivants fragiles et, une fois de plus, les cinéastes sud-américains délivrent un message tragique de leurs conditions d’existence.

Dès le premier plan, le style du film est donné : sur une route vide, bordée de cannes à sucre, arrive de l’horizon un homme âgé qui progresse lentement vers nous, une petite valise à la main. Le bruit d’un moteur se précise dans le lointain, un camion approche et dépasse le piéton en le faisant disparaître, ainsi que le paysage, dans un épais nuage de poussière. Le décor est planté et le message est clair. César Acevedo veut dénoncer le rôle paradoxal du progrès quand l’industrie sucrière s’attaque aux paysans en les conduisant à la faillite et à l’abandon de leurs terres. Lorsque Alfonso pénètre enfin dans sa maison isolée dans ce paysage calciné, son retour inattendu ne déclenche ni joie ni colère de la part de sa femme, indifférente, et de son fils, grabataire et fort mal en point. Seuls sa belle-fille et son petit-fils échangent quelques paroles avec lui, car les dialogues sont rares dans cette famille vaguement reconstituée, les regards s’évitent et ces retrouvailles sinistres confirment Alfonso dans son désir de venir en aide à ces malheureux à la dérive. Comme sa femme ne voudra jamais quitter ce lieu où elle a toujours vécu et que son fils ne veut (ne peut ?) pas quitter sa mère, il reste à convaincre la bru et le petit-fils...

A l’exception des deux femmes, comédiennes professionnelles, ce drame est interprété par des paysans dont la sincérité authentifie les développements du scénario. Ce film atteint donc l’émotion pas sa simplicité apparente, fruit du regard très personnel que porte César Acevedo sur ses souvenirs d’enfance pour nous proposer cette lente agonie qui frappe tout un peuple.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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