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Le Semeur

Ciné-chroniques

Film français de Marine Francen

 

Avec Pauline Burlet, Géraldine Pailhas, Alban Lenoir, Iliana Zabeth,Françoise Lebrun, Raphaëlle Agogué, Barbara Probst, Anamaria Vartolomei, Margot Abascal, Mama Prassinos, Sarah Fourage

Ensemencées

Voici enfin un remarquable film qui semble réalisé au XIXe siècle, au moment où Napoléon III prend le pouvoir après la révolution de 1848. Un film sans ordinateurs, ni télé, ni iPhone, ni bagnoles, ni Républicains puisque le nouvel Empereur se débarrasse sans tendresse des opposants en les déportant dans les colonies. Et c’est ainsi que commence cette histoire : par la rafle de tous les hommes d’un petit hameau des Cévennes où ne resteront que les femmes et quelques enfants. Pour son premier long-métrage, Marine Francen, formée par des années d’assistanat (M. Haneke entre autres) et quelques courts-métrages, a été séduite par un livre de Violette Ailhaud, « L’homme semence », qui décrivait l’évolution de cette vingtaine de femmes soudainement privées d’hommes depuis des mois, donc obligées de les remplacer pour tous les travaux des champs mais, surtout, condamnées également à un célibat forcé qui ne va pas tarder à les transformer en femelles inassouvies et à ravager leur moral. Elles finissent par évoquer ce problème avec une grande franchise et se promettent que « si un homme se présentait, il appartiendrait à toutes ». On peut croire à ce serment féministe puisqu’il est dû aux imaginations associées d’une romancière et d’une réalisatrice, et non pas à un macho en manque. Lorsque cette arrivée espérée se produit enfin, Jean est d’abord accueilli par les villageoises avec une certaine timidité, mais ses capacités agricoles le rendent vite indispensable et, bien qu’il tente de fuir la France, il va prolonger son séjour en tombant amoureux de la tendre Violette qui n’espérait que cela. Mais respectera-t-elle le serment de partager Jean avec la communauté impatiente ? Je n’en dirai pas plus…

En plus de ce scénario plutôt original, le film présente des qualités cinématographiques devenues rares dans l’abondante production mondiale actuelle. Marine Francen revient aux sources et aime avant tout l’Image qui reste le support essentiel d’un récit filmé, parfois inspiré par le documentariste Arménien Artavazd Pelechian. Faisant fi de l’écran large avec un retour au classique format 4/3 - qui réapparaît souvent ces temps-ci - son chef opérateur, Alain Duplantier, a parfaitement traduit ce penchant en maîtrisant les paysages ensoleillés des Cévennes alternant avec les aubes, les crépuscules et les intérieurs éclairés à la bougie. Le récit est peu bavard, souvent des échanges de regards suffisant à remplacer les dialogues superflus. De même, la musique discrète mais efficace de Frédéric Vercheval ouvre, s’absente, puis conclut cette insolite fable bucolique. Bref, si vous êtes saturé par l’éventail des diverses violences que propose la production mondiale actuelle, allez vous ressourcer auprès de ce Semeur cévenol.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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