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Marie Stuart reine d’Écosse

Ciné-chroniques

Film anglais de Josie Rourke

2h04

Sortie : 27 février 2019

 

Avec  Saoirse Ronan, Margot Robbie Jack Lowden, Joe Alwyn, Guy Pearce, James Mc Ardle, Ian Maitland, David Tennant, Gemma Chan, Ismael Cruz Cordova, Martin Compston, Brendan Coyle

 

Drôles de Dames

 

Le conflit permanent qui a opposé Elisabeth, Reine protestante d’Angleterre, à sa cousine Marie Stuart, Reine catholique d’Écosse, a évidemment impressionné les historiens et séduit les cinéastes. Parmi les versions récentes citons Elisabeth de Shakhar Kapur (1998), qui récidivera avec L’Âge d’or (2007), glorifiant cette reine solitaire surnommée The Virgin Queen - incarnée par Cate Blanchet - à deux époques cruciales de son règne mais dans des réalisations pompeuses qui présentent Marie Stuart comme une dépravée obsédée par le sexe et la débauche. Plus récemment, Thomas Imbach propose une intéressante Mary Queen of Scots (2014). qui raconte plutôt l’histoire du point de vue écossais, en faisant de Marie la victime d’une Elisabeth implacable dans une réalisation brillante et nerveuse. Avec Marie Stuart reine d’Écosse, nous assistons à une importante révolution : cette histoire où les hommes dominent le cours des évènements va être traitée par une réalisatrice, Josie Rourke, dont c’est le premier film, formée par une brillante carrière de metteur en scène de théâtre.

Contrairement aux récits habituels, le conflit entre les deux cousines est remplacé par un désir réciproque d’entente, malheureusement inabouti à cause de l’hostilité entretenue par les courtisans de ces deux royaumes rivaux. Bien que leurs souveraines ne se soient jamais rencontrées durant ces longues années où elles n’échangent que des messages, Josie Rourke a la hardiesse de suggérer une rencontre imaginaire qui va tourner court : les déboires conjugaux de Marie et ses défaites militaires finissent par exaspérer les Écossais qui la forcent à abdiquer. Vaincue, elle décide de se réfugier… en Angleterre ( !) pour faire valoir ses droits à la Couronne. Elizabeth l’emprisonne aussitôt et, durant dix-huit ans, sans avoir jamais revu sa cousine, elle continuera d’échanger avec elle une abondante correspondance. Soupçonnée de fomenter un complot avec l’aide des catholiques anglais, Marie sera décapitée sur l’ordre de la Reine qui n’assistera pas à l’exécution.

 

Exceptionnellement, je dévoile la fin puisque ce meurtre officiel ouvre le riche et copieux flash-back qui va illustrer cette longue période de crise britannique. Je ne suis pas convaincu que commencer par la fin, dans pareil cas, soit un atout pour les spectateurs qui ne connaitraient pas le terrible destin de Marie-Stuart. À part cette réserve, on ne peut qu’être séduit par la qualité de cette réalisation où se succèdent violences perverses, assassinats multiples, mensonges permanents, débauche à tous les étages, crimes perpétrés par des hommes arrivés au sommet de l’État avec l’accord implicite de ces deux femmes censées diriger la nation. Pour un premier film, Josie Rourke fait réellement preuve d’un exceptionnel talent surtout dans un domaine où les réalisatrices sont encore rares.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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