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Sergio et Sergueï

Ciné-chroniques

 

Film cubain d'Ernesto Daranas avec :

Tomas Cáo, Héctor Noas, Ron Perlman, A.J.Buckley, Camila Arteche, Ana Gloria Buduén, Yuliet Cruz, Idalmis Garcia, Mario Guerra

Festival : CINÉLATINO Toulouse 2018 Prix du Public

1h33

27 mars 2019

 

Un oubli fâcheux

 

            1989, le Mur de Berlin s’écroule… 1991, l’Union Soviétique s’effondre… Est-ce « la Fin de l’Histoire » selon une formule en vogue ? Certainement pas pour le cosmonaute russe Sergei, oublié dans sa station MIR par les ingénieurs au sol qui ont d’autres préoccupations durant cette période troublée. L’île de Cuba est également une victime collatérale de la disparition du Grand Frère : par exemple, le diplôme de philosophie marxiste que Sergio, l’autre héros de cette histoire, a obtenu à l’Université de Moscou ne lui sert plus à rien. Pour nourrir sa petite famille, il en est réduit à distiller clandestinement, chez lui, de l’alcool qu’il revend au marché noir. Mais sa passion pour les télétransmissions l’a aussi amené à converser en morse - dès l’époque de Fidel Castro - avec Peter, un Américain basé en Floride qui est devenu un ami. Compte tenu de son matériel obsolète, lorsque miraculeusement il entre en contact avec Sergei, le cosmonaute en perdition, il l’encourage à tenir bon (puisqu’il parle russe grâce à ses études moscovites) et contacte Peter afin qu’il avertisse la NASA pour tenter de ramener le naufragé oublié dans l’espace. Voici une savoureuse comédie de science-fiction auquel le cinéma cubain ne nous avait pas préparés.

            En 1991, il y a réellement eu un équipage oublié dans sa station MIR. Il avait bien décollé d’Union Soviétique mais, après plusieurs tours dans l’espace, elle n’existait plus ! Bien entendu, les Cubains n’ont eu aucune participation dans la récupération de cet équipage mais, ce qui est séduisant dans ce scénario farfelu, c’est l’humour avec lequel Ernesto Daranas a traité son troisième long-métrage. La Havane ressemble évidemment à La Havane, avec ses voitures américaines délabrées et ses terrasses ensoleillées qui servent d’ateliers clandestins, mais les effets spéciaux de ce film sont parfaitement réussis pour ce récit spatial minimal qui nous épargne les habituels ballets de vaisseaux silencieux, mais autorise le déplacement en apesanteur du solitaire Sergei. Soulignons également la conscience professionnelle des deux comédiens Tomas Cáo et Héctor Noas qui ont appris le russe pour les besoins du film et l’efficace présence de Ron Perlman comme intermédiaire auprès de la NASA et comme co-producteur d’un film cubain. Après tant de décennies d’un blocus exceptionnel, il est réconfortant de voir cette production réunir un Cubain et un Américain pour sauver un Russe.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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