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Tanna

Ciné-chroniques

 

Film australien de Bentley Dean et Martin Butler

Avec : Munga Dain, Marie Wawa, Marceline Rofit, Chef Charlie Kahla, Albi Nangia, Lingai Kowia, Dadwa Mungau  

Scénario collectif des habitants de Yakel

Amours contrariées

Bentley Dean et Martin Butler ont repris le flambeau allumé par Robert Flaherty lorsqu’il réalisa Moana en 1925 dans les îles Samoa. Il était devenu célèbre depuis le succès universel de Nanouk l’Esquimau (1922) où il avait inventé un genre inédit : le documentaire ethnographique romancé qui allait séduire de nombreux cinéastes jusqu'à Jean Rouch, entre autres. En 1931, Fr-W Murnau, au sommet de sa gloire, vint le rejoindre pour co-réaliser Tabou dont le tournage dura 18 mois dans l’archipel de Bora Bora. Il est difficile de préciser comment fonctionna cette collaboration artistique. Il semble que Flaherty, qui en était aussi le producteur et l’opérateur, quitta le tournage avant la fin pour cause de mésentente totale. Une rumeur prétend que Murnau aurait profané un cimetière tabou en mettant le pied de la caméra sur une tombe, au grand dam des Polynésiens, les Dieux s’étaient vengé en faisant périr l’impie dans un accident d’auto en Californie, la veille de la première du film !

Heureusement, aucune malédiction ne menace le couple Dean/Butler qui ont filmé durant sept mois paisibles les habitants de l’île de Tanna qui n’avaient jamais vu de films jusqu'alors et sont, à juste titre, ravis du résultat final. Quant au partage des tâches, il est resté simple comme pour leurs autres productions de ces réalisateurs associés : Dean à l’image et Butler au son. Ecrit sous la dictée des habitants, le scénario s’inspire d’un fait divers dramatique survenu dans l’île il y a une vingtaine d’années quand une jeune fille avait refusé son mariage arrangé selon la tradition pour s’enfuir avec l’homme qu’elle aimait, déclenchant ainsi une guerre tribale pour avoir défié les coutumes ancestrales. Ne trouvant pas d’issue à cette situation, le jeune couple n’avait trouvé que le suicide comme solution. Bouleversés par ce drame, les habitants de l’île avaient fait réviser la Constitution du pays. Il faut préciser que, encore de nos jours, ces tribus chassent avec un arc et des flèches, les femmes s’habillent avec les végétaux de la jungle - qui fournissent également les matériaux pour édifier les cases - et que les hommes ne sont vêtus que d’un étui pénien. Cette Eden, situé au large de la Nouvelle Calédonie, a donc servi de décor à cette histoire d’amour inspirée par Roméo et Juliette associés à Paul et Virginie , éternels héros des unions contrariées.

La réussite de Tanna repose sur la qualité de l’interprétation et la beauté des deux amoureux qui s’avèrent bons comédiens et photogéniques, comme l’ensemble de la troupe des acteurs amateurs. Jamais le film ne donne l’impression d’être un documentaire volant à la sauvette des danses folkloriques. Les qualités réunies du scénario, de la réalisation et des paysages que Yahul, le volcan en activité de l’île, menace en permanence, ne méritent que des éloges. Seul bémol discutable, les quelques interventions superflues d’une « musique de film » hollywoodienne qui vient souligner les états d’âme des héros qui sont vraiment un contresens surprenant au milieu de cette jungle foisonnante.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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