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Tazzeka

Ciné-chroniques

Film franco-marocain de Jean-Philippe Gaud

Avec Madi Belem, Ouidad Elma, Abbes Zahmani, Olivier Sitruk, Adama Diop

Sélection aux Festivals : Cinémed (Montpellier), Cinématik (Piestany/Slovaquie), Cinéma Méditerranéen (Ashdod/Israël), Coup de cœur (Aubagne)    

 

                        Gastronorientale

 

                      Passionné de cinéma depuis l’enfance, Jean-Philippe Gaud réussit le difficile concours d’entrée à la FEMIS, section Montage, et réalise son premier court-métrage Mabrouk Moussa ! en 1998 qui est bien accueilli. Quelques autres seront réalisés durant les nombreuses années qui se succèdent, alternant avec des mises en scène d’opéras à Draguignan, sa ville natale. Le projet de Tazzeka va prendre forme en 2011, avec l’aide au scénario du CNC. En 2015, Jean -Philippe Gaud fonde sa société de Production et nous pouvons enfin voir, ce premier long-métrage vingt ans après l’entrée à la FEMIS. Patience et nerfs solides sont vraiment les qualités essentielles d’un réalisateur.

                      Heureusement ce film présente aussi d’autres qualités. Le récit rythmé et fluide dû au passé de monteur du réalisateur, se déroule dans une campagne verdoyante (quoique marocaine) où se niche le petit village de Tazzeka dont le café/épicerie/restaurant est évidemment le lieu de rencontre des habitants qui évoquent les personnages de Marcel Pagnol dans ses films provençaux : normal puisque Jean-Philippe Gaud est aussi un homme du Sud. Un jeune cuisinier, Elias, devient le héros du pays. Elevé par sa grand-mère qui lui a enseigné la cuisine, il est désormais très performant dans la maîtrise du couscous jusqu’à épater un chef cuisinier parisien venu en touriste dans la région. Sur le plan sentimental, c’est moins brillant : son idylle avec Salma tourne court. Cette jolie fille travaille à Paris et, de passage à Tazzeka, elle irrite le village par ses manières, son langage et son maillot de bain indécent. Puisqu’elle est trop « francisée », elle écourte son séjour et retourne en France qui reste un Eden inaccessible pour beaucoup d’Africains comme Elias le sait puisque son frère aîné est mort en tentant de gagner l’Europe. Cela ne va pas l’empêcher de tenter sa chance…

 

                      Cette agréable comédie finit dans un drame qui commence dans le bruit infernal du périphérique parisien remplaçant la paisible ambiance champêtre qui faisait le charme de Tazzeka. Elias est parvenu indemne jusqu’à cet enfer et travaille sans contrat sur des chantiers de construction avec d’autres émigrants plus ou moins clandestins. Finis les rêves de gastronomie délicate : à présent, il faut surtout éviter les contrôles d’identité. Heureusement, il va rencontrer Souleymane, un Sénégalais chaleureux, qui sera une aide précieuse pour surmonter les diverses difficultés qui attendent Elias. Ces séquences dramatiques font appel à des rencontres improbables et moins efficaces que celles qui ouvraient le film. Mais le scénario se conclut, comme on s’en doutait depuis le début, par une fin optimiste (mais bien miraculeuse). Tant mieux, il y a suffisamment de violences et de cauchemars dans le cinéma actuel, vive le conte de fée.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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