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Theeb

Ciné-chroniques

fIlm jordanien de Naji Abu Nowar
Avec : Jacir Eid,  Hassan Mutlag, Hussein Salameh, Marji Audeh, Jack Fox

 

Sélectionné aux Festivals de Toronto, Venise, Cannes, Oscars 2016 (meilleur film étranger)

Education bédouine

Theeb est un jeune garçon élevé dans les dures traditions bédouines qui permettent la survie de ce peuple itinérant, capable de dresser ses tentes dans l’immense désert jordanien qu’il parcourt à dos de chameau en connaissant chaque piste et chaque point d’eau perdu sous le sable. Si un étranger égaré se présente pour demander de l’aide, l’hospitalité des Bédouins exige qu’il soit bien accueilli, même s’il est votre pire ennemi. On réglera le conflit plus tard, car le pays est trop aride, la nourriture et l’eau trop rares pour ne pas s’entraider, si besoin est. Theeb signifie « loup » en arabe, animal sauvage mais également courageux et capable d’affronter les difficultés : c’est le nom que lui a donné son père avant de mourir et Theeb espère en être digne, avec l’aide de son frère Hussein qui s’occupe désormais de son éducation.

Naji Abu Nowar, auteur et réalisateur dont c’est le premier long-métrage, est né en Angleterre. Il a situé son scénario au temps du mandat britannique dans la péninsule arabique, durant la guerre de 1914 : un officier anglais se présente un soir au campement bédouin et demande à être guidé vers un puits situé sur la route de la Mecque. Hussein se propose pour cette mission mais refuse que Theeb les accompagne. Le lendemain matin, Hussein et l’officier enfourchent leurs chameaux et s’éloignent dans le désert. Déçu d’être écarté, Theeb monte sur un âne et les suit à bonne distance… Je ne prolongerai pas davantage ce résumé afin de préserver l’intérêt des péripéties qui vont émailler cette longue randonnée, filmée dans les mêmes paysages sublimes que le Lawrence d’Arabie de David Lean.

Pour préparer son premier film, Naji Abu Nowar a vécu une année avec ces Bédouins dans un village jordanien où ils tentaient d’abandonner leur nomadisme ancestral pour une existence sédentaire, attirante pour la jeunesse qui troquerait volontiers les chameaux pour un 4x4 Toyota et l’eau fraîche d’un robinet, alors que les vieux savent encore trouver les puits dissimulés dans les sables du désert. Après une période de scepticisme devant le cinéma et ses étranges besoins, cette population en pleine mutation a participé avec passion, durant des mois à l’écriture du scénario, à son développement et à la fabrication des objets et accessoires divers, voyant dans ce projet un moyen de conserver leur culture. Le tournage a été très éprouvant : même à l’automne la température dépasse les 40 degrés, les tempêtes de sable et des pluies diluviennes ont souvent interrompu les prises de vues, obligeant l’équipe à plier bagage vers le camp de base. A part Jack Fox, l’officier britannique, le film n’a fait appel à aucun acteur professionnel puisque l’industrie du cinéma est inexistante en Jordanie. Naji Abu Nowar est parti d’un groupe de 250 candidats pour en sélectionner 20, puis 11 qui ont suivi une formation accélérée de « comédien » durant six mois. La plupart des candidats étant analphabètes, il était inutile de leur donner des scénarios : on leur indiquait donc, plan par plan, le sens du dialogue nécessaire pour la scène et ils l’improvisaient dans le dialecte local. On ne peut qu’admirer la maîtrise dont a fait preuve ce jeune réalisateur pour mener à bien ce projet ambitieux. Il est évident que le rôle de Theeb, sur qui repose tout le film, était le plus délicat puisque ce héros va affronter les incessantes péripéties d’une cruelle équipée. Mission accomplie : Jacir Eid, préadolescent raphaélique, incarne avec autorité, charme et photogénie cet enfant qui devra se conduire comme un homme s’il veut mériter d’être vraiment un Loup.

Y parviendra-t-il et à quel prix ?

Henri Lanoë
Cinéchronique

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