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Vent du Nord

Ciné-chroniques

Film tunisien de Walid Mattar

Avec Philippe Rebbot, Mohamed Amine Hamzaoui, Kacey Mottet Klein, Corinne Masiero, Abir Bennani, Khaled Bramhi, Thierry Hancisse

Dé-relocalisons

            Une ville portuaire du nord de la France. Hervé travaille dans une usine où, du matin au soir depuis trente ans, il manie une machine emporte-pièces qui délivre un des éléments constitutifs d’une chaussure. Un matin, il est convoqué par le Directeur, fort aimable, qui lui annonce la proche délocalisation de l’entreprise mais, compte tenu de son ancienneté et de ses états de service, il recevra une bonne indemnité s’il part volontairement. Hervé se résigne d’autant plus facilement qu’il souhaitait depuis longtemps devenir patron pêcheur. Evidemment, cette délocalisation ne suscite pas la même réaction chez les autres ouvriers assommés par ce déménagement aussi brutal qu’inattendu.

            Une ville portuaire du nord de la Tunisie reçoit le porte-container livrant le matériel délocalisé. Foued, jeune chômeur avec une mère à charge, espère trouver un emploi dans cette nouvelle usine inespérée qui va s’ouvrir. Sa candidature acceptée, il se retrouve devant l’emporte-pièces d’Hervé qu’il a évidemment quelques difficultés à maîtriser durant le temps de l’apprentissage.

 Ce premier long-métrage de Walid Mattar, réalisateur formé par le cinéma d’amateur et le documentaire, présente de réelles qualités surtout par l’originalité d’un scénario qui souligne les similitudes du mode de vie de ces personnages, si éloignés par la géographie et la génération, mais si proches par leur rapport à la mer, l’importance du bistrot local et les problèmes qu’ils affrontent dans leur existence. Deux scénaristes diplômées de la Femis ont participé à la rédaction de ce récit : Claude Le Pape (Les Combattants, Petit Paysan) et Leyla Bouzid, également réalisatrice du remarquable A Peine j’ouvre les Yeux (2015).

La vie de famille d’Hervé n’est guère brillante avec une femme acariâtre, un fils peu coopératif et son projet de vivre de la pêche qui se heurte aux tracasseries d’une Administration tatillonne. La vie professionnelle - et sentimentale - de Foued ne va guère mieux tandis que s’amoncellent les morceaux de cuir recrachés par sa machine désormais maîtrisée. Déçu par cette vie sans avenir, il ne lui reste plus qu’un espoir : abandonner cette existence que lui propose la Tunisie et émigrer clandestinement vers une France idéalisée. Le hasard le mène à bord du même porte-container qui avait transporté les machines délocalisées. Walid Mattar traite alternativement ces deux destins parallèles et identiques dans les échecs sans vouloir aboutir à une rencontre finale que rien ne justifierait : il s’agit surtout d’un constat sur la misère qui frappe des millions de travailleurs parfaitement incarnés par Philippe Rebbot et Mohamed Amine Hamzaoui.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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