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Wardi

Ciné-chroniques

Film norvégien de Mats Grorud 

1h17

Sortie le 27 février 2019

 Film d’animation

 

Reviendront-ils un jour chez eux ?

 

            Le 17 mai 1948, la Nakba (la catastrophe) s’abat sur les Palestiniens de Galilée : la création de l’État d’Israël force plus de 700 000 habitants de la région à fuir leurs villages pour éviter d’être massacrés. Ils trouveront un refuge au Liban voisin en espérant que cet exode sera de courte durée. Plus de 70 ans plus tard, les exilés et leurs nombreux descendants sont toujours là. À l’origine, le gouvernement libanais avait mis à leur disposition de grands terrains afin qu’ils y installent leurs tentes. Celles-ci se sont multipliées avec le temps et, progressivement, des cabanes leur ont succédé puis des maisons qui, au fil des décennies, se sont transformées en « immeubles », voire en « tours » formées par la superposition d’étages supplémentaires, terrasses après terrasses : ainsi s’est formé le camp de Burj el Barajneh.

             C’est dans cette étrange ville que vit Wardi, fillette de onze ans, qui interroge sans cesse Sidi, son arrière-grand-père qu’elle adore, exilé de la première vague, sur les origines de la famille. Sidi porte encore autour du cou les clés de sa maison abandonnée et, sentant sa mort prochaine, les offre à Wardi dans l’espoir qu’elles lui serviront le jour du retour. Cette histoire qui évoque la vie de trois générations successives est racontée avec talent par un jeune réalisateur norvégien, Mats Grorud, qui a vécu son enfance au Liban où travaillait sa mère comme infirmière, et a été le témoin de cet exil dramatique dont il désire faire le récit aujourd’hui. Mais, diplômé d’une École d’Animation, au lieu d’un film classique avec des comédiens, il a choisi de mêler les marionnettes (pour le présent) au dessin animé (pour le passé), complétés par les actualités filmées de l’époque. Divers pays européens ont co-produit le message pacifiste de cette entreprise à laquelle la France a apporté son savoir-faire sur le plan technique puisque Mats Grorud a finalement sélectionné les équipes d’animation du studio Foliascope situé à Bourg-lès-Valence pour réaliser ce film délicat et plein de pièges artistiques : les marionnettes et le décor urbain du temps présent sont écrasés par l’intense soleil local, l’évocation du passé est traitée avec des dessins animés aux teintes douces, même lors des scènes violentes ; enfin, des images d’actualité authentifient la cruauté de cet exode et des combats qu’elle a engendrés. Mais la tendance de cette histoire n’est pas misérabiliste et un humour oriental continue de circuler dans les rapports entre tous ces personnages étalés sur trois générations d’exilés involontaires.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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