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The Whole Gritty City

Ciné-chroniques

Renaissance

Ville mythique où naquit le Jazz, la Nouvelle-Orléans a maintenu une tradition musicale fidèle à ses origines populaires, malgré la profonde évolution du goût du public dans ce domaine qui, partant de King Oliver, a abouti au free jazz. Mais dans les cafés du Quartier Français, on peut encore entendre les vieux thèmes classiques qui firent la gloire de Louis Armstrong ou Sidney Bechet. En août 2005, l’ouragan Katrina vint massacrer cette ville joyeuse et toute la région, obligeant à un exode forcé plus de 250 000 habitants des quartiers populaires, essentiellement des noirs dont les maisons fragiles avaient été ravagées. La reconstruction a pris du temps et la population a été victime d’un regain de violence accompagnée de meurtres qui l’ont plongé dans un profond désarroi. Une tentative de réponse à cette situation dramatique a été apportée par la musique des fanfares de collège – les Marching Bands – qui donnent aux enfants et aux jeunes gens l’occasion de maîtriser un instrument et de participer à une activité collective au lieu de traîner sans but dans les rues. La récompense de ces efforts survient lors des fêtes célébrant le Mardi Gras où les divers Marching Bands, en uniformes scintillants, défilent dans les rues de la ville sous les acclamations de la foule.

Richard Barber, monteur à la télévision, et le chef opérateur André Lambertson ont réalisé ce film à l’issue d’un tournage sur la Nouvelle-Orléans dans la série 48 hours. Ils se sont intéressés à ces fanfares pour adolescents qui travaillent toute l’année pour une unique représentation, le fameux jour du Mardi Gras ou bien, selon une vieille coutume locale, pour accompagner les funérailles d’un défunt exceptionnel, généralement un musicien. Les réalisateurs ont sélectionné trois fanfares dans trois collèges et ont accumulé les prises de vues durant plus de trois ans, soulignant les progrès durant les innombrables répétitions, entrecoupées par des épisodes de leur vie familiale ou par les souvenirs de ces enfants encore meurtris par l’assassinat de proches parents. La musique comme thérapie de groupe est apparue comme une efficace solution pour inculquer à cette jeunesse traumatisée par de trop lourdes épreuves le goût d’une activité artistique qui passe par la maîtrise d’un instrument, la nécessité d’acquérir le respect du « jouer ensemble » avec plusieurs dizaines d'autres d’instrumentistes et la fierté d’y parvenir qui se lit sur le visage joyeux de ces enfants musiciens défilant dans les rues de leur ville meurtrie.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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