Français Bac L - Corrigé commentaire
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Commentaire L

 

Beaumarchais, Le Barbier de Séville (I, 6), 1775.

 

Analyse du sujet

• La scène joue sur le contraste entre les registres lyriques et comiques et entre les personnages.

• Le commentaire doit montrer que le texte joue avec des codes esthétiques familiers aux spectateurs de l'époque, notamment dans la représentation de la séduction amoureuse.

• L'objet d'étude porte sur le texte théâtral et sa représentation : il faut évoquer la mise en scène sous toutes ses formes.

 

Plan détaillé

Introduction

Dans cet extrait du Barbier de Séville, Beaumarchais reprend les lieux communs de la scène de séduction amoureuse des romances espagnoles, dans une mise en abyme permise par le décor. La scène construit également une opposition entre le Comte et Figaro, et montre les enjeux de la relation entre maître et valet.

 

1. Une scène de séduction

A. Une scène de genre : romance au balcon

• La scène reprend les codes et les clichés d'une scène de séduction : le comte vient chanter sous la « jalousie » de la femme qu'il convoite. Le « balcon » est un élément de décor récurrent dans ce genre de scène.

• La chanson qu'improvise le Comte reprend également les codes de la lyrique amoureuse et de la poésie sentimentale, que ce soit dans le lexique (« vous adorer ») ou dans la ponctuation forte et les interjections (« hélas »).

 

B. Une entreprise de séduction efficace

• L'efficacité de la sérénade est lourdement soulignée par Figaro, qui manifeste à plusieurs reprises son admiration (voir la didascalie l. 35), ce qui permet également d'en souligner l'artificialité.

• Rosine semble conquise, puisqu'elle ébauche une réponse (lignes 42 et 43), toujours en chanson : elle accepte que le jeu de la séduction se poursuive.

 

2. Faux semblants et mensonges amoureux

A. Séduire et mentir

• En effet, la chanson apparaît davantage comme un morceau de bravoure où le Comte montre sa maîtrise des codes de la séduction que comme l'expression sincère de sentiments amoureux.

• Cela est renforcé par le mensonge qu'il a construit afin de séduire Rosine : il se présente comme Lindor, jeune homme de basse extraction (« il faut obéir à son maître », « ma naissance est commune »).

 

B. Les artifices de la chanson

• Les trois couplets correspondent à des attendus de la chanson sentimentale, tant dans la forme (rimes croisées et les décasyllabes) que dans le fond (aveu d'amour, profession d'humilité et expression des espérances).

• Les répliques de Figaro soulignent à quel point l'artifice domine : le comte peut dire « tout ce qui [lui] viendra », puisque « le cœur » se contente de peu.

 

3. L’ambiguïté du plaisir théâtral

A. Almaviva, un personnage ambivalent

• Le Comte apparaît comme un homme habile, qui maîtrise à la fois le langage et la performance artistique, puisqu'il peut improviser une sérénade alors qu'il affirme ne savoir ni jouer de la guitare ni « faire de vers ». C'est une mise en abyme : Almaviva joue un rôle.

• Cependant, c'est aussi un homme qui cherche le « triomphe » et envisage la conquête amoureuse comme un défi où tous les mensonges sont permis. Il apparaît donc ambivalent aux yeux des spectateurs.

 

B. Entre légèreté et invitation à la méfiance

• L'extrait apparaît comme une réécriture amusée des clichés de la scène de romance, dans laquelle le langage familier de Figaro et ses répétitions créent un effet comique.

• L'admiration excessive de Figaro, qui se pâme devant la réussite formelle en négligeant l'immoralité du procédé, peut inviter le spectateur à se méfier de sa propre tendance à se laisser trop aisément séduire. En outre, l'évidente domination sociale du Comte sur Figaro (« Monseigneur » / « que veux-tu ») invite à considérer avec prudence cette admiration.

 

Conclusion

Dans cette scène qui reprend tous les codes de la séduction amoureuse, Beaumarchais interroge plus largement les tromperies et les artifices de la parole. Entre comédie et invitation à l'esprit critique, la mise en abyme invite les spectateurs à mettre en question le plaisir esthétique et à ne pas en être dupe.