Français Bac L - Corrigé dissertation
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Dissertation

 

Le sens d’une pièce de théâtre et le plaisir qu’elle nous donne reposent-ils uniquement sur les mots ?

Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, sur ceux que vous avez étudiés en classe ainsi que sur votre expérience de spectateur.

 

Analyse du sujet

• Le sujet porte sur la réception de l’œuvre théâtrale : le texte suffit-il à l’interprétation et au divertissement ?

• C’est la question du statut de l’œuvre théâtrale qui se trouve alors posée : est-ce un texte autosuffisant au même titre qu’un récit ou un poème ? ou n’est-il qu’un prétexte pour servir une représentation qui en actualise la signification et l’émotion ?

• L’expérience de spectateur pourrait plaider pour la seconde voie ; cependant, la représentation ne saurait-elle faire mentir le texte ?

 

Plan détaillé

Introduction

Dans l’avis au lecteur de L’Amour médecin, Molière déclare : « On sait bien que les comédies ne sont faites que pour jouées », signalant la primauté de la représentation sur le texte de théâtre, du jeu des comédiens sur les mots du dramaturge. Cela donnerait à penser que le sens d’une pièce et le plaisir qu’elle nous donne ne reposent pas uniquement sur le texte.  

 

1. Le primat du texte

A. La parole : support du drame

• Au théâtre « dire, c’est faire » comme le rappelle R. Barthes à propos de Racine. Les paroles se substituent à l’action, valent pour elle. Les personnages, leur caractère et leur profil psychologique sont entièrement déterminés par leurs répliques. « Il y a du mouton dedans » de M. Jourdain infléchit le cours de la scène 2 de l’acte I du Bourgeois gentilhomme dans le sens du comique et révèle le caractère naïf et bouffon du protagoniste.

• Indications silencieuses, les didascalies n’en sont pas moins des mots du dramaturge destinés à contrôler la mise en scène pour favoriser la compréhension du spectateur : les indications scéniques, techniques chez Molière, plus psychologiques sous la plume de Beaumarchais et Hugo, signalent la volonté de contrôler le texte sur lequel s’enlève le sens.

 

B. Les mots : garants de l’émotion

• Le théâtre se donne d’abord comme un texte à lire et à entendre. Tout spectateur est comme la Reine de Ruy Blas qui écoutant les « VOIX du DEHORS » devient « rêveu[r] ».

• Ce sont les mots avant les gestes du personnage qui révèlent son état affectif et communiquent au lecteur l’intériorité du protagoniste : le lyrisme de la tirade finale de la Reine mise en scène par V. Hugo a sans doute largement participé au plaisir des lecteurs romantiques.

 

2. La fonction de la mise en scène

A. Les éléments extra-langagiers

• Une pièce de théâtre représentée ne saurait se réduire à un enchaînement de répliques, tirades et monologues. La mise en scène apporte en effet des éléments extérieurs au texte : l’éclairagiste, le costumier, le décorateur, le scénographe construisent la dimension visuelle et non verbale du drame, que le texte ne pouvait pas entièrement contenir. La « guitare » du Comte accentue la dimension spectaculaire de la scène et théâtralise ses couplets.

• Le jeu de l’acteur, c’est-à-dire ses mimiques, ses déplacements sur les tréteaux, son élocution notamment, permettent de valoriser le texte, de rendre sensible sa signification, de produire un véritable plaisir chez le spectateur. Dépourvue d’indications, la chanson de Jeanneton nécessite un travail de création et d’invention de la part du metteur en scène et du comédien, une sorte de complément de texte pour qu’éclate le comique.

 

B. La représentation comme épiphanie

• La diversité des mises en scène d’une même pièce signale que les mots appellent des interprétations différentes : ainsi le Tartuffe de A. Vitez fait de l’hypocrite un séducteur à qui rien ne résiste alors que chez Ariane Mnouchkine, à la lumière d’une lecture politique des mots de Molière, la mise en scène transforme le faux dévot en extrémiste religieux.

• Là où le texte de théâtre est silencieux, parce qu’il ne saurait tout dire, le metteur en scène donne du sens. La fin énigmatique de Rhinocéros de Ionesco exige que la mise en scène donne un sens à la confusion du personnage de Bérenger.

 

3. Les mots : des notes à exécuter

A. La mise en scène comme interprétation du texte

• Le théâtre semble consister en une co-création, dans laquelle les mots de l’auteur s’adjoignent la vision du metteur en scène. C’est ce qu’illustre le travail engagé par Joël Jouanneau sur les pièces de Beckett : le metteur en scène prend des libertés au nom même du texte.

• Pour autant, le metteur en scène ne peut faire fi des mots car il risque, comme tout lecteur de texte, de faire des contresens, de jouer une scène à l’envers ou dans un registre déplacé.

 

B. La mise en scène comme actualisation du texte

• Les mots du texte théâtral contiennent virtuellement le sens de la pièce. Il revient au metteur en scène et aux comédiens de les mettre en jeu, en musique, à l’image des chansons des textes du corpus.

• Les mots du théâtre ont besoin de s’incarner dans des êtres de chair et d’os et dans une époque pour prendre sens et procurer plaisir au spectateur.

 

Conclusion

Le sens d’une pièce de théâtre et le plaisir qu’elle nous donne restent une affaire de mots. Cependant, comme en musique, ceux-ci exigent d’être interprétés, joués, incarnés pour que se construise la signification et que la fête commence…