Centres d’impulsion et inégale intégration

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Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : Centres d'impulsion et inégale intégration

Centres d’impulsion et inégale intégration

La prise en charge de la mondialisation par les pôles majeurs et par ses relais métropolitains hiérarchise les espaces. Le « village planétaire » laisse entrevoir de profondes fractures engendrées par des inégalités de développement et de puissance.

1Les pôles majeurs de la mondialisation (l’ex Triade) : puissance et spécificités


La recomposition géographique de la Triade liée au développement spectaculaire des littoraux d’Asie orientale ainsi que l’émergence de nouveaux pôles qui concentrent l’essentiel de la croissance économique mondiale relativisent la notion de Triade, jugée dépassée. Les trois pôles qui la composent traditionnellement (Amérique du Nord, Union européenne et Asie orientale) concentrent encore les ¾ du commerce mondial, accueillent 80 % des IDE (investissements directs à l’étranger) et abritent 70 % de la production industrielle mondiale. Ces trois pôles majeurs forment l’oligopole (espace dont la puissance rayonne sur le reste du monde).

Grâce aux États-Unis, l’Amérique du Nord demeure la première puissance économique mondiale. Organisée depuis 1992 en un ensemble économique régional appelé l’ALENA (Accord de libre-échange Nord-américain conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique), le continent demeure au centre des flux mondiaux grâce à ses interfaces maritimes (côtes Est et Ouest) qui le mettent en relation avec le monde entier. Les États-Unis sont le seul pays du monde à cumuler tous les facteurs de puissance. Leur leadership repose sur une domination économique et financière notamment assurée par le dollar, Wall Street et les FTN (firmes transnationales). Ils disposent d’un réseau diplomatique mondial, d’un déploiement de forces militaires sans rivaux et d’un rayonnement culturel sans véritable concurrent. Le mode de vie américain (american way of life) apparaît comme un modèle.

L’Union européenne est la première puissance commerciale du monde. Deuxième pôle de la Triade, elle présente de nombreux atouts. Cependant, son commerce est essentiellement intrazone (entre pays européens), ce qui limite son rayonnement mondial. Son économie reste confrontée à des problèmes structurels comme le chômage et l’endettement de ses États. Les contrastes de développement entre l’Ouest et l’Est de l’Union européenne soulignent le retard pris par sa moitié orientale. Sa dépendance à l’égard des États-Unis s’avère toujours importante, notamment sur le plan stratégique (l’UE appartient à l’OTAN). L’inachèvement de sa construction ne lui permet pas de rivaliser avec les États-Unis sur la scène internationale.

À savoir

Oligopole : il est l’ensemble des puissances qui disposent de capacités économiques, militaires, financières, politiques et culturelles leur permettant d’exercer une domination de l’espace mondial.

Le Japon n’est plus à lui seul le troisième pôle de l’ancienne Triade. Développée sur son modèle, l’Asie orientale constitue un ensemble de plus en plus dynamique et intégré à la mondialisation. Le Pacifique est devenu le centre des échanges qui se réalisent essentiellement sur les littoraux. Le développement économique spectaculaire de la Chine et en particulier de ses côtes prend modèle sur la stratégie de développement des 4 dragons (Hong Kong, Taiwan, Singapour et Corée du Sud). Les pays ateliers du Sud-Est asiatique (péninsule indochinoise, Philippines et Indonésie) fabriquent des objets à faible valeur ajoutée et fournissent des matières premières. L’émergence des marchés de consommation permise par la croissance des classes moyennes ainsi que les gigantesques bassins de main-d’œuvre représentent deux principaux atouts pour l’essor économique de l’Asie orientale.

2La puissance des mégalopoles et des villes mondiales


La concentration des activités et des richesses dans les métropoles distingue un ensemble de villes mondiales ou globales qui appartiennent à un réseau qualifié d’« archipel métropolitain mondial ». Une ville globale répond à plusieurs critères :

– concentration de la puissance financière (présence notamment d’une bourse) ;

– localisation des sièges sociaux et des activités quaternaires (tertiaire supérieur) ;

– espace de traitement et de diffusion de l’information et des modes ;

– existence de plates-formes multimodales (concentration en un même lieu de plusieurs moyens de communication) ;

– attractivité aboutissant à une forte densité de peuplement et à un cosmopolitisme, source de mixité culturelle ;

– rayonnement d’un pouvoir de commandement à plusieurs échelles (proches et éloignées).

Trois espaces mégalopolitains dominent l’espace mondial :

La mégalopole du Nord-Est des États-Unis

La « mégalopolis » ainsi dénommée par le géographe français Jean Gottmann est une région urbaine qui s’étend sur 800 km de Boston à Washington (la « Boswash ») sur la façade atlantique. Elle englobe une population estimée à environ 70 millions d’habitants. La ville globale de New York en constitue le cœur ou l’hypercentre. L’extension de cet espace dynamique en direction du Sud, vers Richmond, la désigne désormais sous le vocable de « Bosrich ».

La mégalopole japonaise

Localisée sur la côte pacifique de l’île d’Honshu, elle s’étend sur environ 1 000 km et comprend 90 millions d’habitants. Rassemblant à elle seule 30 millions de personnes, la capitale Tokyo en occupe le centre. 80 % de l’activité économique japonaise se localisent dans la mégalopole. La structuration de ce vaste ensemble urbain par le train à grande vitesse (le Shinkansen) permet de relier d’importantes villes qui forment l’interface du Japon avec le monde.

La mégalopole européenne

Elle englobe partiellement ou totalement une dizaine d’États et s’étend sur 1 500 km du bassin londonien à la Lombardie, dans le Nord de l’Italie. Cet arc mégalopolitain qualifié de « dorsale européenne » occupe une position médiane en Europe. La mégalopole est le cœur démographique et économique de l’Union européenne. Elle présente une certaine hétérogénéité et se divise en sous-ensembles tels que l’axe rhénan (région du Rhin).

Carte des villes mondiales

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Les trois grandes mégalopoles

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3Une hiérarchie mondiale en mutation

A Un monde organisé en centres et en périphéries


La prise en charge de la mondialisation par toute une hiérarchie de centres d’impulsion organise le monde selon le modèle centres/périphéries. Les centres constituent les moteurs de l’économie mondiale tandis que les espaces moins intégrés à cette dynamique forment deux types de périphéries :

– les périphéries intégrées, c’est-à-dire bénéficiant de l’effet d’entraînement des centres pour des raisons de proximité spatiale, économique et historique avec eux (comme l’Europe orientale face à sa partie occidentale ou le Mexique, partenaire et proche voisin des États-Unis) ;

– les périphéries dominées, c’est-à-dire peu ou pas intégrées à la mondialisation. Elles correspondent à des angles morts ou encore à des isolats (espaces très en retrait des échanges mondiaux tels que les Andes, le Sahel, l’Himalaya ou la Corée du Nord).

L’affirmation politique des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), l’émergence spectaculaire de leur économie et leur plus grande participation aux échanges mondiaux bouleversent la hiérarchie économique mondiale. La Chine détient le deuxième PIB mondial tandis que l’Inde et le Brésil se présentent comme les géants de demain. La Russie devient une puissance réémergente. Onze autres États émergents qualifiés de « next eleven » ou « N11 », d’une moindre envergure, enregistrent de nets progrès économiques parmi lesquels le Mexique, la Turquie ou encore le Nigéria.

B Un monde fait de fractures et d’interfaces


Une typologie des États en fonction de leur niveau de développement économique et social laisse apparaître 4 catégories :

La notion de Nord et de Sud

Expression économique des années 1970 qui met en cause la vision géopolitique de la guerre froide qui oppose l’Ouest capitaliste à l’Est communiste en prétendant que la véritable différence proviendrait de l’antagonisme entre un Nord riche et un Sud pauvre. Cette représentation du monde s’est imposée suite à la disparition de la notion de Tiers-monde vers 1980-1990 mais semble aujourd’hui dépassée, car trop simplificatrice. C’est pourquoi on parle des Nords et des Suds.

– les pays développés (ex-Triade, Australie et NPI, Nouveau Pays Industrialisés, dont les 4 Dragons asiatiques) ;

– les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) ou ré-émergents (Russie) ;

– les pays en développement (en majorité des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud) ;

– les pays les moins avancés (PMA surtout en Afrique sub-saharienne et en Asie méridionale).

Appelés interfaces, les espaces de contact entre ces ensembles hiérarchisés mettent en valeur des zones de fractures telles que le bassin méditerranéen (avec au Nord l’Europe et au Sud l’Afrique) et la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Maritimes ou continentales, les interfaces se présentent à la fois comme des zones de contrastes et d’échanges.

La complexité de l’espace mondial

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4Sujet d’étude n° 1 : Londres, une ville mondiale


Londres est l’une des villes les plus puissantes de la planète et appartient par conséquent à l’archipel métropolitain mondial composé par les villes globales. Sur ses 11 millions d’habitants, un cinquième provient de l’étranger. Le cosmopolitisme londonien témoigne du pouvoir d’attraction de la capitale britannique où vivent 250 000 personnes originaires d’Asie méridionale. Les flux migratoires convergent donc vers Londres qui dispose d’un réseau de transports exceptionnel.

Six aéroports (dont celui d’Heathrow) desservent Londres grâce à des axes ferroviaires et à des services de navettes. Londres est ainsi devenue le premier nœud aérien mondial avec 127 millions de passagers en 2010. Plates-formes multimodales, les aéroports assurent l’intermodalité, c’est-à-dire le passage d’un mode de transport à un autre. L’accessibilité du centre-ville est permise par une multitude d’interconnexions qui assurent la mobilité et la multiplication des flux. Le port de Londres lui permet d’être davantage en lien avec le reste du monde grâce au transport maritime. Le train Eurostar met la ville en liaison directe avec les capitales du continent européen. Londres se place ainsi au centre des échanges régionaux et mondiaux. Selon certains classements internationaux, Londres serait devenue la ville la plus attractive du monde.

Londres concentre un pouvoir économique hors du commun. Son CBD (Central Business District), appelé la City, est la plus grande concentration mondiale de compagnies financières et bancaires. La bourse fixe le prix de plusieurs matières premières comme le pétrole. Ces activités engendrent un PUB (Produit Urbain Brut) qui la place au cinquième rang mondial. L’importance des services (concentration des médias nationaux) fait de la capitale le centre névralgique de l’économie britannique dont elle capte un cinquième du PNB. À elle seule, la City concentre 13 % du PIB britannique.

Au pouvoir économique s’ajoute le pouvoir politique. Véritable centre décisionnel, Londres accueille le siège de la monarchie (Buckingham Palace), du Parlement (Westminster) et la résidence du Premier ministre (10 Downing Street). De nombreux sièges sociaux y ont élu domicile, ce qui renforce la vocation de Londres à commander. Son rayonnement culturel est essentiel et lui procure environ 27 millions de touristes chaque année. Une véritable stratégie de communication aboutit à la tenue d’événements mondiaux comme les Jeux Olympiques d’été de 2012.

L’espace urbain londonien suppose une gestion efficace et une adaptation exemplaire aux exigences économiques actuelles. Le territoire se compose de 33 arrondissements (dont la City). L’Autorité du Grand Londres confie la gestion administrative de la ville à un maire élu au suffrage universel et à une Assemblée (London Assembly). Le poids de l’activité économique londonienne oblige à transformer un grand nombre d’espaces. La refondation urbaine a permis de rénover les Docklands (quartiers en bordure de la Tamise) qui se localisent à l’Est. La réhabilitation des zones d’entrepôts a permis d’étendre considérablement la surface de bureaux et de multiplier les CBD comme celui de Canary Wharf. Le réaménagement urbain suppose le recours à une architecture ultramoderne qui, à l’exemple du Lloyds Building, témoigne de la modernité de la ville.

À savoir

Cosmopolitisme : il est le mélange en un même lieu de personnes originaires d’un très grand nombre de régions localisées dans le monde entier. Le cosmopolitisme induit un style de vie international mais aussi une mixité culturelle qui témoignent du pouvoir d’attraction d’un territoire.

Plan de la ville de Londres

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5Sujet d’étude n° 2 : Shanghai, une ville mondiale


Le développement spectaculaire de Shanghai s’inscrit dans la stratégie de développement économique permise par l’État chinois depuis 1979. La décision d’ouvrir les littoraux aux investissements étrangers et d’en faire l’interface du pays avec le monde assure aux principaux ports chinois un rôle essentiel. Shanghai possède une ZES (zone d’économie spéciale) et appartient donc à la Chine littorale qui capte l’essentiel de la croissance nationale depuis les années 1980. Elle ambitionne de supplanter New York autour de 2020.

Depuis les années 1990, Shanghai est devenue une ville mondiale. Son intégration à la mondialisation a engendré l’augmentation de sa population qui atteint 23 millions d’habitants. La ville accueille une nouvelle zone d’activités tertiaires dans le quartier de Pudong où se concentrent les plus hauts buildings dont la tour de la Perle de l’Orient et la Shanghai Tower. Le centre financier de Lujiazui accentue la tertiarisation de l’économie shanghaienne (53 % du PUB). La capitalisation boursière situe la ville au sixième rang mondial. Cinq zones industrielles concentrent les FTN étrangères comme IBM ou Philips. Des joint-venture assurent la collaboration entre les firmes étrangères et les compagnies chinoises. À titre d’exemple, Shanghai est le siège du premier constructeur automobile chinois, SAIC, qui a développé des partenariats avec général Motors, Fiat et Volkswagen. Premier foyer industriel du pays, Shanghai concentre de nombreuses industries textiles, sidérurgiques, agroalimentaires, informatiques et électroniques.

Shanghai est reliée au reste du monde par l’aéroport international de Pudong et reliée au reste de la ville par le train rapide Maglev. Elle rayonne aussi par les ports de Waigaoqiao et de ­Yangshan. Elle occupe la neuvième place aéroportuaire mondiale et ambitionne de concurrencer les quatre Dragons en devenant le premier hub portuaire d’Asie orientale, devant Singapour. Un réseau d’autoroutes urbaines et de trois périphériques quadrille l’ensemble urbain et aide au déplacement d’un quartier à l’autre de la ville.

La croissance exceptionnelle de Shanghai l’oblige à repenser son organisation urbaine. Elle forme avec ses 16 municipalités périphériques une zone de peuplement d’environ 100 millions d’habitants. Les littoraux gardent pour vocation d’accueillir les hubs. Le port en haute mer de Yangshan est relié au littoral par le plus long pont maritime du monde, celui de Donghai qui atteint 35 km. Le quartier de Pudong, vitrine de la modernité, s’étend vers le Sud et en bordure du trait littoral. Les pôles industriels sont rejetés en proche périphérie ainsi que les villes nouvelles. L’aménagement de la vallée du Yangzi aide au redéploiement des activités et du peuplement à l’intérieur du pays. Le delta du Yangzi devient un arrière pays organisé par Shanghai. Le long du plus long fleuve d’Asie, sur plusieurs centaines de kilomètres, se localisent Nankin ainsi que des ports et des industries qui alimentent en marchandises Shanghai. L’arrière-pays participe donc de plus en plus au dynamisme côtier insufflé par Shangai. Ville globale, celle-ci apparaît comme le principal atout de la Chine dans son intégration à la mondialisation.

À savoir

Les ZES : ce sont des régions du littoral chinois qui bénéficient depuis 1980 d’une économie libérale afin d’attirer les investissements étrangers. L’exemple des ZES chinoises inspire largement le monde depuis trente ans : 3 000 ZES ont été créées dans le même but dans plus d’une centaine d’États.

Plan de la ville de Shanghai

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