Fiche de révision

D'où vient l'autorité de la parole littéraire ?

La légitimité de la parole littéraire a régulièrement été remise en question face à la parole politique, régulatrice de la cité. Pourquoi considérer la parole des écrivains ? Qu'est-ce qui fonde sa légitimité et son efficacité ?

I Une parole prestigieuse dès l'Antiquité

1 Une parole inspirée

Dans l'Antiquité grecque, les aèdes, poètes épiques, prennent en charge la parole littéraire. Ils reçoivent l'inspiration divine des muses, et sont les gardiens symboliques et prestigieux de la mémoire culturelle de leur civilisation. Au début de l'Odyssée, Homère demande à l'une des muses de chanter le retour d'Ulysse à Ithaque après la guerre de Troie.

Mot clé

Les muses sont les neuf filles de Zeus et de Mnémosyne, déesse de la mémoire ; elles inspireraient les poètes, les historiens ou encore les dramaturges.

À la Renaissance, les poètes de la Pléiade chantent la gloire de l'artiste inspiré, qui vante les beautés du monde : son génie le rend immortel. Ronsard dédie ainsi une ode à Calliope, la muse de la poésie épique : « C'est toi, ma Princesse, / Qui me fais sans cesse / Fol comme je suis. »

2 Une parole fondatrice

L'aède grec a pour fonction culturelle essentielle de mettre en mots les exploits dignes d'être racontés ; le rhapsode, poète itinérant, part ensuite déclamer ces hauts faits de cité en cité. L'Iliade homérique raconte ainsi un épisode épique de la guerre légendaire entre les Achéens et les Troyens.

Ces exploits épiques ont une portée collective : ils fondent l'histoire d'un peuple. Au Moyen Âge, les chansons de geste comme la Chanson de Roland (XIe siècle), d'auteurs multiples et inconnus, racontent les combats glorieux de chevaliers héroïques aux prises avec leurs ennemis.

À noter

Le mot auteur est étymologiquement lié au verbe latin augeo (« augmenter ») : l'auteur est celui qui conserve les hauts faits et les transmet de manière grandiose.

II Une parole tutélaire et respectée

1 L'évolution du statut de l'auteur littéraire

L'autorité de la parole littéraire tient également au statut social de l'auteur, de mieux en mieux reconnu au cours des siècles.

Jusqu'au Moyen Âge, la propriété des œuvres n'existe pas : celles-ci sont largement commentées et remaniées par les copistes du clergé.

Le changement de diffusion des textes grâce à l'imprimerie, à la Renaissance, renforce le statut de l'auteur : son nom, sur la couverture, est mis en valeur. La censure de l'Église et du pouvoir royal veille, cependant : nombre d'auteurs publient sous pseudonyme.

Le statut de l'auteur se voit mieux réglementé et protégé au cours du XVIIIe siècle, notamment grâce à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, fondée par Beaumarchais en 1777.

2 Une parole singulière

La posture de témoin privilégié de son époque confère à l'écrivain son autorité. Les moralistes du XVIIe siècle, comme La Rochefoucauld ou La Bruyère, épinglent dans leurs œuvres didactiques les mœurs de leurs contemporains à travers des maximes ou des portraits.

La parole autobiographique, par son affirmation égotique, est une manière pour l'auteur de souligner l'autorité et la singularité de sa parole. C'est ce qu'explique ­Rousseau au tout début de ses Confessions (éd. posthume, 1782).

Citation

« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. »

Au XIXe siècle, des romantiques comme Victor Hugo vont jusqu'à sacraliser la figure de l'écrivain, faisant du poète un prophète, un guide de ses contemporains, doté d'une clairvoyance particulière.

L'essentiel

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