De la décolonisation à la naissance de nouveaux États depuis 1945

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Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : De la décolonisation à la naissance de nouveaux États depuis 1945

De la décolonisation à la naissance de nouveaux États depuis 1945

Des lendemains de la Seconde Guerre mondiale au début des années 1960, des dizaines de nouveaux États asiatiques et africains coupent le lien qui les unissait à l’Europe : c’est la décolonisation. Cette dernière aboutit-elle à une totale indépendance ? Quels sont les multiples défis auxquels les anciennes colonies se trouvent confrontées ?

1Un lourd héritage colonial et des indépendances souvent difficiles

A Un passé colonial très lourd


En 1945, une grande partie du monde, dont l’Afrique et l’Asie, reste sous domination européenne. Le contexte est de moins en moins favorable au statu quo (immobilisme) colonial. Les métropoles européennes sortent de la guerre considérablement affaiblies tandis que les États-Unis et que l’URSS remettent en cause l’existence des empires coloniaux pour des raisons stratégiques et idéologiques. Le nouvel ordre international se montre défavorable à la colonisation.

Apparu dès l’entre-deux-guerres, le nationalisme des élites indigènes critique le colonialisme et revendique l’émancipation, c’est-à-dire la libération de la domination coloniale, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’ONU devient une tribune de l’anticolonialisme.

B Des conditions plus ou moins difficiles d’accès à l’indépendance


• Nationalisme : idéologie qui défend le droit d’un peuple à devenir indépendant.

• Anticolonialisme : opposition idéologique à toute domination coloniale.

Le passage des colonies au statut d’États indépendants se réalise en deux principales phases. La décolonisation commence en Asie dès 1946/47 avec l’indépendance des Philippines, de l’Inde et de la Birmanie. Négocié, le processus d’indépendance peut conduire à des conflits comme en Indonésie néerlandaise et surtout en Indochine française. Le conflit y oppose depuis 1946 la France soutenue par les Américains au gouvernement communiste d’Hô Chi Minh, aidé par la Chine à partir de 1949. La guerre prend fin avec la défaite militaire française de Diên Biên Phu et la signature des accords de Genève en mai 1954.

Apartheid : expression désignant la politique officielle de ségrégation raciale pratiquée en République sud-africaine de 1948 à 1991 au bénéfice de la population blanche et au détriment de la majorité noire.

La vague d’indépendance touche l’Afrique dans un second temps. La décolonisation du Maghreb prend place de l’indépendance négociée du Maroc et de la Tunisie en 1956 aux accords d’Évian qui mettent un terme en 1962 à la terrible guerre d’Algérie. L’Afrique subsaharienne parvient pacifiquement à l’indépendance à partir de 1957, à l’exception du Kenya traversé par des affrontements raciaux, de l’Afrique du Sud qui évolue dans un régime d’apartheid et des colonies portugaises (Guinée-Bissau, Angola, Mozambique) qui n’obtiennent leur indépendance qu’en 1975.

Empires coloniaux en 1945

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Bien repérer sur la carte

La rareté des territoires africains indépendants (comme le Liberia).

La tentative française pour relier l’Ouest à l’Est de l’Afrique.

La tentative britannique pour relier le Nord au Sud de l’Afrique.

La présence britannique au-delà des frontières actuelles de l’Inde (Pakistan, Bangladesh et Birmanie).

La rivalité entre le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas pour maîtriser l’Asie du Sud Est.

Les États nés de la disparition des empires coloniaux

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2Des défis politiques majeurs

A Les défis internes


La fin de l’ordre colonial confronte les nouveaux États à la question des frontières héritées du passé colonial. Le principal défi consiste à construire dans ce cadre un État-nation regroupant diverses populations autour d’un même sentiment d’appartenance nationale.

L’indépendance aboutit à l’instauration de régimes personnels organisés autour d’un chef et d’un parti unique. De nature militaire, le pouvoir dictatorial sert les intérêts d’un clan et prive de démocratie la plupart des anciennes colonies. Rares sont les puissances, telles que l’Inde et le Sénégal, à instaurer une démocratie libérale.

Le principe de l’intangibilité des frontières, c’est-à-dire de l’impossibilité de les remanier, est adopté par les États africains nouvellement indépendants.

B Les défis externes


Tiers-monde : concept élaboré par Alfred Sauvy en 1952 par analogie avec le tiers état pour définir un groupe de pays n’appartenant ni à l’Occident ni au bloc soviétique. Ces États sont parmi les plus pauvres, les plus peuplés, les moins puissants et se présentent comme d’anciennes colonies.

La conférence de Bandoung, tenue en Indonésie en 1955, réunit 29 États afro-asiatiques nouvellement indépendants. Elle proclame le non-alignement, c’est-à-dire le refus d’entrer dans les camps américain et soviétique. Cette neutralité politique marque la naissance du Tiers-monde et aboutit en 1961 à la première conférence internationale des non-alignés organisée à Belgrade par le dirigeant yougoslave Tito.

La recherche d’une « troisième voie » incite les nouveaux États à se regrouper dans des organisations internationales telles que l’Organisation de l’unité africaine (OUA) créée en 1963. Des années 1950 aux années 1970, les anciennes colonies, désormais membres de l’ONU, se proclament en faveur d’un nouvel ordre international fondé sur davantage de reconnaissance de leur indépendance, de leur identité culturelle et de leurs intérêts géopolitiques et économiques. Cette revendication débouche en 1964 sur la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Ce désir d’indépendance et d’affirmation sur la scène internationale aboutit chez le dirigeant ghanéen Nkrumah au panafricanisme qui encourage les États africains à se montrer solidaires. En Égypte, le président Nasser agit dès 1958 en faveur du panarabisme visant au regroupement politique de tous les peuples arabes.

La mondialisation des échanges ainsi que des divergences d’intérêt mettent fin à partir des années 1970 à l’unité d’un Tiers-monde de plus en plus diversifié. Les États finissent par s’aligner sur l’un des deux supergrands à l’image de Fidel Castro qui se place résolument dans le camp soviétique. De nouvelles puissances industrielles émergent en Asie (les « dragons ») tandis que l’Afrique subsaharienne compte un très grand nombre de PMA (Pays les moins avancés). Le Tiers-monde laisse la place aux « Suds ».

3Le défi du développement économique


Le défi économique intervient dans un contexte de forte croissance démographique et d’accélération de la mondialisation des échanges. Les grands écarts de richesse et la quasi-absence de classes moyennes confrontent le Tiers-monde à de graves problèmes d’analphabétisme, de malnutrition, de sous-nutrition, d’instabilité politico-sociale et d’inégale répartition des richesses. La sous-industrialisation héritée de la colonisation fragilise des États dont le développement se fonde exclusivement sur l’exportation de matières premières et agricoles dont les cours sont fixés par la Triade. Ce rapport de force défavorable aux pays producteurs entretient dès les années 1960 l’idée d’un néocolonialisme selon lequel une nouvelle domination économique et culturelle remplace l’ancienne soumission politique.

L’impératif du développement pousse de nombreux pays à choisir la voie du socialisme. Elle consiste à renforcer considérablement le rôle de l’État par la nationalisation des secteurs énergétique et agricole. Les autorités choisissent, comme en Inde, de développer les industries industrialisantes, c’est-à-dire capables d’engendrer à leur tour une industrialisation des divers secteurs stratégiques de l’économie.

Pendant une trentaine d’années, de 1950 à 1980, le modèle de développement choisi par les anciennes colonies se fonde sur la volonté de ne plus dépendre de l’ancienne métropole : c’est le développement endogène qui mise sur les ressources nationales.

Cependant, à partir des années 1990, suite à la disparition de l’URSS, les politiques libérales s’imposent. Le modèle socialiste et endogène prend fin. Les marchés s’ouvrent aux capitaux internationaux. Les États d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie intègrent avec plus ou moins de succès la mondialisation et ses mécanismes de marché.

Pièges et difficultés

Ne pas confondre

Analphabétisme : incapacité complète à lire et à écrire en raison d’une absence totale d’apprentissage.

Illettrisme : apprentissage de la lecture et de l’écriture qui demeure largement insuffisant pour accéder au sens de l’écrit.

Malnutrition : état de santé dégradé par la grave insuffisance ou l’excès d’un ou de plusieurs nutriments (alimentation très déséquilibrée).

Sous-nutrition : un manque important de nourriture aboutissant à une sous-alimentation entraînant des carences nutritionnelles.

4Sujet d’étude n° 1 : l’Algérie de 1954 à 1962


L’Algérie dispose d’une place particulière dans l’Empire colonial français. Conquise à partir de 1830, elle devient dès le dernier tiers du xixe siècle une colonie de peuplement qui accueille de nombreux Français et des Européens. L’Algérie est considérée comme un prolongement du territoire français. Dès le début du xxsiècle, se développe un nationalisme algérien qui conteste l’ordre colonial en place.

De 1954 à 1962, le conflit oppose les autorités françaises de métropole et d’Algérie au FLN (Front de libération nationale). Ce mouvement indépendantiste entame la lutte armée contre l’État français en novembre 1954 et dispose à cet effet de l’ALN (Armée de libération nationale). La violence s’empare du pays tout entier dès 1955. En 1956, le contingent (jeunes Français effectuant leur service militaire) fait face à une guérilla urbaine et rurale généralisée. La brutalisation du conflit se traduit dans les deux camps par l’usage généralisé de la torture.

Les communautés en présence se divisent. Les Français d’Algérie (pieds-noirs) se heurtent à la volonté de la métropole de conduire l’Algérie vers l’indépendance à partir de 1959. Une minorité de Français se radicalise et fonde l’OAS (Organisation de l’armée secrète) en 1961 pour conserver l’Algérie française. La fidélité d’une partie des Algériens musulmans à la France (les harkis) scinde la population en deux camps. Le FLN recourt à la terreur pour convaincre une partie des Algériens de sortir de leur neutralité et emploie la violence à l’égard des mouvements indépendantistes concurrents. La guerre d’indépendance devient donc une guerre civile. Le rapatriement d’environ 900 000 pieds-noirs s’ajoute à la tragédie qui se joue en Algérie.

Les répercussions politiques de la guerre d’Algérie sont immenses. L’après-guerre se prépare du côté algérien dès 1958 lorsqu’est créé le GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne). Le FLN se présente comme le principal artisan de la lutte pour l’indépendance et s’apprête à diriger le pays. En France, les « événements d’Algérie » conduisent à une très grave crise politique qui risque de dégénérer en une guerre civile. L’impuissance de la IVRépublique à rétablir la paix conduit à une instabilité ministérielle inquiétante. En mai 1958, craignant un coup d’État militaire à Alger en pleine insurrection, le président de la République René Coty fait appel au général de Gaulle. Chargé des pleins pouvoirs, il a la double mission de trouver une solution à la crise algérienne et de proposer une nouvelle constitution. La guerre d’Algérie met ainsi un terme à la IVRépublique et aboutit à la naissance de la VRépublique en octobre 1958. De Gaulle entame des négociations et se heurte en avril 1961 à un putsch des généraux français d’Alger. Après l’échec de ce dernier, il met un terme le 18 mars 1962 au conflit par les accords d’Évian qui reconnaissent l’indépendance de l’État algérien. Le 5 juillet 1962, l’Algérie célèbre officiellement son indépendance.

La lourdeur du bilan humain (environ 400 000 Algériens tués et plus de 25 000 Français), la question des harkis et du rapatriement des pieds-noirs, l’embarras provoqué par la question de la torture et la difficulté à revenir sur certaines pages du passé colonial rendent les relations franco-algériennes difficiles depuis 1962. La mémoire de la guerre d’Algérie oppose des souvenirs et des interprétations contradictoires entre les deux rives de la Méditerranée. Malgré cela, les deux pays ont maintenu leurs échanges. La France est devenue le principal pays d’émigration des Algériens. Des accords de coopération ont aidé au développement de l’Algérie qui fournit aujourd’hui à la France son gaz naturel alors que cette dernière est son premier fournisseur commercial. Depuis les années 1990, les différents présidents de la République française ont traduit à l’occasion de voyages (François Hollande à Alger en décembre 2012) la nécessité de taire les ressentiments et d’envisager la réconciliation. L’avenir des relations franco-algériennes reste donc prometteur.

Chronologie du conflit en Algérie de 1954 à 1962

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5Sujet d’étude n° 2 : l’Union indienne depuis 1947


L’indépendance de l’Inde en août 1947 engendre un certain nombre de problèmes. La naissance d’un État rival, le Pakistan, l’assassinat de Gandhi le 30 janvier 1948, la question des frontières et les affrontements intercommunautaires entre hindous et musulmans risquent de plonger le pays en plein chaos. Devenu Premier ministre, Nehru parvient à instaurer une structure fédérale (fédération de 28 États), un régime laïc et démocratique inspiré des systèmes politiques britannique et américain. Malgré des facteurs internes et externes de déstabilisation, l’Union indienne parvient à s’ériger en modèle démocratique pour le Tiers-monde.

Son système parlementaire garantit le suffrage universel. Le chef d’État (élu au suffrage universel indirect pour 5 ans) remplit des fonctions principalement honorifiques tandis que le chef du gouvernement concentre l’essentiel du pouvoir. Le Premier ministre, issu de la majorité élue, est responsable devant la Chambre basse du Parlement. Le fonctionnement de l’État indien repose sur une structure fédérale largement inspirée du monde anglo-saxon et européen. La vie politique est ainsi rythmée par les élections nationales mais aussi par la démocratie locale qui s’exerce dans les villages et les 7 territoires qui composent le pays.

Après la stabilisation politique, le principal défi consiste à sortir le pays du sous-développement. Sous la direction de Nehru (jusqu’en 1967) puis de sa fille Indira Gandhi (jusqu’en 1984), la modernisation économique répond aux exigences du socialisme. L’Union indienne se rapproche de l’URSS, mais conserve sa particularité démocratique. L’État occupe une position économique centrale et lance la révolution verte. Celle-ci consiste en une modernisation de l’agriculture (irrigation, électrification, défrichements, recherche agronomique, usage d’engrais et de produits chimiques, mécanisation) qui parvient à nourrir une population en forte augmentation.

À partir de 1991, l’Union indienne s’engage dans une libéralisation de son économie en rupture avec le socialisme. Le développement du secteur privé, l’ouverture aux investissements étrangers permettent au pays d’intégrer la mondialisation et d’accélérer sa modernisation (10e puissance économique mondiale en 2011). L’émergence d’une classe moyenne d’environ 350 millions d’individus témoigne de cet essor considérable. L’Union indienne réussit à diversifier son économie grâce au développement des hautes technologies et à l’affirmation de grands groupes industriels, notamment dans la sidérurgie et la pharmaceutique. En outre, le pays dispose d’un rayonnement culturel mondial considérable. Cette double réussite politique et économique cache néanmoins de nombreuses inquiétudes environnementales ainsi qu’une pauvreté de masse qui laisse entrevoir de profondes inégalités sociales et régionales.

Peu de temps après son indépendance, l’Union indienne cherche à s’affirmer sur la scène internationale. En 1955, elle participe à la conférence de Bandoung qui marque la naissance du Tiers-monde en tant que force politique indé­pendante. En 1956, elle s’engage dans le mouvement international des non-alignés. Elle rejoint ainsi les États qui ne souhaitent pas adhérer à la logique bipolaire de la guerre froide. Depuis la fin de cette dernière, l’Inde est entrée dans une phase d’hyperréalisme. Elle intègre la mondialisation à pleine vitesse et accède au 10e PIB mondial en 2011. Elle ambitionne de devenir la 3e puissance économique mondiale dès les années 2020 et a rejoint le groupe des BRICS. Pays émergent, l’Union indienne entend devenir la 1re puissance régionale d’Asie du Sud. Son rayonnement ne fait que commencer.

À savoir

BRICS : acronyme qui désigne les cinq principaux pays émergents : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Ces États tentent de contrebalancer l’influence occidentale dans le monde et voient leur poids économique grandir considérablement. Ils regroupent un peu moins de la moitié de la population planétaire.

Chronologie politique de l’Inde

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