Écriture poétique et travail sur la langue

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Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S - 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Corpus - | Corpus - 1 Fiche
 
Écriture poétique et travail sur la langue

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Quel est le matériau premier de la poésie ?

1Spécificité du travail poétique sur le langage

AL’usage courant de la langue

 Un mot a une face matérielle, le signifiant (ensemble de sons et de lettres), et une face immatérielle qui est dotée d’un sens : le signifié.

 Signifié et signifiant sont indissociables l’un de l’autre et renvoient à un objet du monde (le référent), qu’il soit concret (la table) ou abstrait (le bien).

 Une table est un objet concret, que je peux toucher ; que je le nomme « table » ou « tavola » (en italien) ne change pas son existence. On dit que le signe est arbitraire ou immotivé : il n’y a pas de lien direct entre lui et l’objet désigné.

BL’usage poétique de la langue

 Mallarmé (>fiche29) regrette que les mots de la langue soient si mal assortis à leur référent. Il considère, par exemple, que les sonorités des mots « jour » et « nuit » ne correspondent pas à la réalité qu’ils désignent : alors que le mot « nuit » a un timbre clair, le mot « jour » a un timbre sombre.

 Selon lui, c’est à la poésie de «rémunérer le défaut des langues», c’est-à-dire de chercher à ce que les mots soient plus près des choses, deviennent les choses mêmes. Dans l’usage poétique de la langue, le poète cherche à faire correspondre forme et sens, à remotiver les mots.

CUn exemple

Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre

il laboure les mots, qui sont comme un grand champ

où les hommes récoltent les denrées langagières ;

mais la terre s’épuise à l’effort incessant !

sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte

le monde étoufferait sous les paroles mortes.

Jacques Roubaud, Les Animaux de tout le monde, 1983.

 L’homonymie « vers » et « ver » n’est pas, dans la langue courante, fondée sur une ressemblance de sens. Pourtant, l’assimilation du poète à un ver de terre nous frappe. Elle nous fait remarquer que les deux [ver] sont linéaires, se coupent, renaissent et sont formés d’éléments articulés.

 Roubaud nous donne une leçon de poésie en la mettant en pratique : la poésie renouvelle les images, elle renouvelle la langue et lui donne du sens et de la vie.

2L’apport des contraintes

On pourrait penser que les contraintes de la versification (>fiche30) brident l’imagination, empêchent le sens de se développer. Or, comme l’écrit Baudelaire à propos du sonnet, « parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense ». On peut, à partir de là, donner quelques caractéristiques essentielles de la poésie et leur effet sur le sens.

 L’intensité. Les formes sont souvent brèves, l’idée doit se mouler dans le mètre du vers, cela oblige à chercher l’intensité plutôt que la longueur.

 Les rapprochements. Les mots mis à la rime ont du poids. Ils sont mis en relation, et ce rapprochement peut créer du sens. Ainsi, il n’est pas anodin de mettre à la rime tyrannique et république (La Fontaine).

 Les mises en relief. L’alexandrin et sa césure à l’hémistiche peuvent renforcer le poids d’une antithèse : « Ton bras est invaincu mais non pas invincible. » (Corneille)

 La suggestion. La poésie n’est pas explicative, elle montre, elle suggère. Pour cela, elle se sert d’images. Toutes les figures de l’analogie sont privilégiées : comparaison, métaphore, allégorie, personnification.

 La création d’un monde. « Manier savamment une langue c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. » Comme l’écrit Baudelaire, le travail sur la langue permet de créer un monde. C’est ce que fait la poésie.

Conclure

La langue est la matière première du poète. C’est à partir d’elle qu’il peut créer de nouvelles images, créer un monde.

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