En quoi l'accès aux diplômes est-il différencié socialement ?

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Classe(s) : 2de | Thème(s) : Diplôme, emploi et salaire : quelles relations ?
 

L’école française se présente comme étant méritocratique. Or, parmi les pays riches, la France se distingue comme étant celui où l’origine sociale est la plus déterminante dans les chances de réussite scolaire. Plusieurs théories expliquent cette inégalité des chances à l’école.

I Comment expliquer l’inégalité des chances devant l’école ?

1 Par les calculs opérés par les individus

Le sociologue Raymond Boudon considère que les décisions des individus résultent d’un calcul rationnel : ils ne s’investissent dans leurs études que si les gains attendus (emploi, rémunération) excèdent leur coût (dépenses, temps consacré) et le risque d’échouer (individualisme méthodologique).

Les inégalités de diplômes s’expliquent alors par des choix différents : certains font le choix de poursuivre leurs études, d’autres non. Chacun est donc responsable du niveau d’étude qu’il atteint.

2 Par les différences de capital culturel

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La capital culturel désigne les ressources culturelles que possède et peut mobiliser un individu, sous la forme de biens culturels (livres, œuvres d’art), de diplômes ou de dispositions (langage, goûts, etc.).

Selon les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, les méthodes et le contenu des enseignements auraient tendance à favoriser les élèves issus des catégories supérieures.

Ces élèves reçoivent de leurs parents un capital culturel qu’ils font fructifier à l’école. Ce capital crée une complicité entre eux et les enseignants qui favorise l’obtention d’évaluations facilitant l’accès aux formations les plus prestigieuses.

3 Par le contexte scolaire

Certains établissements seraient plus efficaces que d’autres dans l’amélioration des performances des élèves. Cette efficacité s’expliquerait notamment par leur souci d’analyser les résultats de leurs élèves afin d’améliorer et de mieux articuler les enseignements. On parle alors d’effet établissement.

Certaines pratiques enseignantes favoriseraient la réussite des élèves : le fait que l’enseignant ait des attentes élevées, ait les mêmes attentes envers les filles et les garçons, encourage ses élèves, etc. On parle alors d’effet maître.

Certaines classes sont plus favorables que d’autres à la réussite scolaire. Le nombre de « bons élèves », le sentiment éprouvé par les élèves d’être dans une bonne classe, peuvent stimuler l’apprentissage. On parle alors d’effet classe.

II Comment les inégalités scolaires évoluent-elles ?

1 La massification scolaire

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La démocratisation scolaire est l’égalisation des chances de réussite scolaire, ou, dit autrement, la réduction de l’influence de l’origine sociale dans la réussite scolaire.

Dans les pays de l’OCDE, l’enseignement s’est démocratisé : dans le primaire depuis un siècle, dans le secondaire depuis une cinquantaine d’années, et dans le supérieur depuis les années 1970-80. En France, par exemple, le taux de bacheliers dans une génération est passé de 20 à 80 % environ entre 1970 et 2016.

Pour certains auteurs, il s’agirait plutôt d’une massification scolaire : certes, génération après génération, le niveau de qualification en France s’est élevé depuis un siècle ; mais les écarts de prestige et de niveaux des diplômes obtenus se maintiennent selon l’origine sociale.

2 Le maintien des inégalités entre garçons et filles

En France, les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Par exemple, 84 % d’entre elles deviennent bachelières, contre 74 % des garçons.

Cependant, elles s’orientent moins vers les sciences fondamentales : 30 % des ingénieurs seulement sont des femmes. Et à niveau de diplôme égal, elles occupent des emplois moins stables, moins qualifiés et moins rémunérés.

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Qui sont les bacheliers d’une génération à l’autre ?

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Source : Éducation nationale, 2010.

49 % des enfants d’ouvriers nés entre 1983 et 1987 sont bacheliers ; ils n’étaient que 2 % parmi les enfants nés avant 1939. Si l’écart se réduit avec les enfants de cadres, ceux-ci ont toujours des taux de réussite bien plus élevés : 89 % d’entre eux nés entre 1983 et 1987 sont bacheliers.