Fiche de révision

Faut-il fonder les normes culturelles sur la nature ?

Contenu

Les normes sont des règles (coutumes, usages, droit, croyances…) admises et apprises au sein d'une culture. Mais ne devraient-elles pas être inspirées de la nature ?

I La relativisation des normes culturelles

1 L'ethnocentrisme

Dans toute culture, les normes sont des conventions, c'est-à-dire des règles décidées en commun, puis consolidées et transmises. Mais ­l'habitude d'y obéir depuis ­l'enfance, et le fait de ne pas en connaître d'autres nous les font parfois prendre pour évidentes voire naturelles. Cette tendance à l'ethnocentrisme existe dans toutes les cultures.

Mot clé

L'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) appelle « ethnocentrisme » la tendance à juger les autres cultures d'après ses propres normes et, en conséquence, à les déprécier.

Tout comme les Grecs et les Romains nommaient « barbares » tous les autres peuples qui ne parlaient pas leur langue, les Européens modernes n'ont pas d'emblée admis la diversité culturelle. Il aura fallu la Controverse de Valladolid (1550-1551) pour aboutir à la conclusion que les Indiens d'Amérique sont bien des êtres humains à part entière et non pas des « sauvages » sans lois ni moralité.

2 Nature et conventions

La découverte d'autres cultures confirme que ce qui « normal », « vrai » ou « juste » ici ne l'est pas forcément ailleurs. Montaigne en tire une leçon de tolérance : puisque seul le hasard de la naissance nous fait instruire dans telle ou telle religion, rien ne justifie qu'on persécute quelqu'un au nom de ses croyances (Essais) .

Au XVIIe siècle, Pascal constate à son tour la relativité des normes culturelles : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » (Pensées, 1670). Il invite par ailleurs à distinguer les « grandeurs d'établissement » (les dignités, telles que la noblesse, établies par les hommes) et les « grandeurs naturelles » (les vertus réelles, indépendantes du statut social).

II L'appel à la nature

1 Des normes trop artificielles

Au XVIIIe siècle, la figure du bon sauvage permet aux philosophes de critiquer des normes artificielles, voire absurdes. Dans les Dialogues de M. le baron de Lahontan et d'un sauvage dans l'Amérique (1704), Adario raille les usages de la cour (coquetterie, civilité…) et n'entend pas se prosterner devant de « superbes fous » dont le seul mérite est d'être bien nés.

Dans son Supplément au voyage de Bougainville (1772), Diderot met en scène ce qui se passe lorsque les conventions (les lois, la religion) prennent le pas sur la nature, à travers les propos du tahitien Orou :

« Pour satisfaire le magistrat, il faudra que tu mécontentes le grand ouvrier [= Dieu], et pour te rendre agréable au grand ouvrier, il faudra que tu renonces à la nature. Et sais-tu ce qui en arrivera ? C'est que tu les mépriseras tous les trois, et que tu ne seras ni homme, ni citoyen, ni pieux, que tu ne seras rien. »

2 Raison et nature

Comme l'illustre aussi l'Ingénu (1767) de Voltaire , cette nature invoquée par les philosophes est surtout la voix de la raison. Elle introduit un principe de modération et sert à juger les conventions.

Rousseau fait usage du concept d'état de nature dans le Discours sur l'origine de l'inégalité (1755) : en retrouvant « l'homme de la nature » derrière « l'homme de l'homme », il veut dégager des principes de justice universels qui pourraient fonder un « droit naturel raisonné ».

Mot clé

L'état de nature désigne la situation des hommes avant l'établissement des lois. Il n'a jamais existé, mais la fiction permet ici une réflexion critique sur la civilisation.

Cette démarche inspire la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789), où les révolutionnaires français ont voulu exposer « les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme ».

L'essentiel

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