Immunologie

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Classe(s) : Tle ST2S | Thème(s) : Immunologie

Immunologie

L’immunité est l’ensemble des mécanismes physiologiques qui veillent au maintien de l’intégrité de l’organisme. Les agresseurs peuvent être exogènes, comme des micro-organismes (bactéries, virus, champignons et parasites) ou endogènes, comme les cellules cancéreuses.

1Soi et non-soi : les acteurs de l’immunité

A Distinction entre le soi et le non-soi


Le système immunitaire, qui a la charge de défendre l’organisme, doit pouvoir faire la différence entre ce qui lui est étranger ou reconnu comme tel, le « non-soi » et ce qui lui appartient, le « soi ». Les constituants du soi doivent être tolérés tandis que les constituants du non-soi doivent être neutralisés ou éliminés.

Le système qui permet la reconnaissance du soi et du non-soi est le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Il est constitué de glycoprotéines exprimées à la surface de la membrane de toutes les cellules nucléées. Les gènes qui les codent possèdent une grande variété d’allèles. Il en résulte un nombre de combinaisons très élevé (plusieurs milliards). Ainsi, chaque individu peut être considéré comme unique, à l’exception des vrais jumeaux qui ont des CMH identiques. En cas de greffe, ces marqueurs du soi peuvent devenir la cible du système immunitaire du receveur d’où leur nom d’« antigènes du soi ». Ce système a d’abord été décrit sur les leucocytes, ce qui explique son autre appellation : Human Leucocytes Antigens (HLA).

L’espèce humaine possède d’autres systèmes de marqueurs antigéniques. Les marqueurs ABO et Rhésus portés sur les hématies en sont des exemples.

Les mots à savoir

Xéno-antigène : antigène provenant d’un organisme d’espèce différente.

Allo-antigène : antigène provenant d’un organisme de même espèce, mais génétiquement différent.

Iso-antigène : antigène provenant d’un organisme de même espèce, mais génétiquement identique.

Auto-antigène : antigène capable d’induire une réaction immunitaire au sein même de l’organisme qui le contient.

Haptène : composé de petite taille (inférieure à 1 kDa), antigénique mais non immunogène par lui-même.

B Le non-soi, notion d’antigène


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Les constituants identifiés comme faisant partie du non-soi sont également dénommés antigènes. Un antigène est une molécule qui se lie spécifiquement à des molécules du système immunitaire (anticorps et/‌ou récepteurs des lymphocytes B ou T).

Les termes « immunogène » et « antigène » sont couramment utilisés de façon synonyme, mais cette utilisation doit être nuancée. En effet, toutes les molécules immunogènes, c’est-à-dire capables d’induire une réponse immunitaire, sont des antigènes, mais l’inverse n’est pas vrai. Quelques petites molécules, appelées haptènes, sont des antigènes, mais ne sont pas immunogènes.

1. Nature et structure de l’antigène


Un antigène peut être une protéine (ou un peptide), un polyoside, un acide nucléique ou encore un lipide. Les antigènes les plus immunogènes sont les antigènes de nature protéique. En général, plus la masse moléculaire de l’antigène est importante, plus le nombre d’épitopes est élevé et plus l’immunogénicité est importante.

Les antigènes se présentent sous deux formes :

– les antigènes particulaires qui sont des macromolécules liées à la surface d’une particule solide telle qu’un virus, une bactérie, une hématie ;

– les antigènes solubles qui sont des macromolécules non liées, présentes dans des liquides biologiques, telles que des toxines produites par des bactéries, des champignons, des insectes, ou des serpents.

2. Origine de l’antigène


Les antigènes qui proviennent de l’environnement extérieur sont qualifiés d’antigènes ­exogènes.

Les antigènes endogènes sont générés par les cellules du soi. Il s’agit des protéines virales synthétisées par les cellules infectées et les macromolécules apparues à la surface des cellules cancéreuses. Ces antigènes constituent le soi modifié.

C Les acteurs de l’immunité

1. Les organes lymphoïdes primaires et secondaires


Les organes lymphoïdes primaires

La moelle osseuse rouge est le lieu de production de toutes les cellules de l’immunité. C’est également le lieu de maturation des lymphocytes B.

Le thymus est l’organe où les lymphocytes T subissent leur maturation.

Les organes lymphoïdes secondaires

La rate, les nœuds lymphatiques et le tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT) sont des lieux de passage et d’accumulation des lymphocytes. Ils constituent également des lieux de rencontre avec les antigènes entraînés par la lymphe ou le sang ; c’est pourquoi ces organes sont le lieu de déclenchement des réactions immunitaires adaptatives.

2. Les cellules de l’immunité


Les cellules immunocompétentes sont toutes des leucocytes, excepté les plaquettes qui interviennent dans l’inflammation. Elles dérivent toutes des cellules souches hématopoïétiques de la moelle osseuse rouge. Les cellules de l’immunité peuvent être subdivisées en quatre catégories :

– les lymphocytes : LB, LT, cellules NK ;

– les phagocytes : monocytes, macrophages et granulocytes neutrophiles ;

– les cellules présentatrices de l’antigène (CPA) : cellules dendritiques, monocytes, macrophages ;

– les cellules auxiliaires : granulocytes basophiles et mastocytes qui contiennent de nombreux granules renfermant des médiateurs de l’inflammation comme l’histamine, granulocytes éosinophiles (rôle dans la destruction des parasites) et plaquettes (qui peuvent libérer des médiateurs de l’inflammation).

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3. Les molécules de l’immunité


Les anticorps

Les anticorps sont des glycoprotéines appelées immunoglobulines (Ig). La molécule d’IgG possède la structure de base d’un anticorps, avec deux chaînes lourdes et deux chaînes légères liées les unes aux autres par des ponts disulfures. La molécule d’IgG, en forme de Y, présente trois régions remarquables :

– deux régions identiques qui diffèrent d’un anticorps à l’autre : ce sont les domaines variables qui comportent chacun un site de fixation de l’antigène appelé paratope du fait qu’il se combine spécifiquement à l’épitope d’un antigène ;

La fixation d’un anticorps sur un antigène forme un complexe immun ou complexe antigène-anticorps.

– une région constante, partie effectrice qui possède deux sites particuliers : un site d’activation du complément et un site de fixation sur des récepteurs des phagocytes (figure 3).

Puisqu’un antigène possède généralement plusieurs épitopes, et que chaque anticorps ne reconnaît qu’un seul épitope, plusieurs anticorps différents peuvent se fixer sur un même antigène. Le paratope de l’anticorps a une configuration spatiale déterminée par la séquence des acides aminés de cette région. La variabilité de cette séquence (plus d’un milliard de combinaisons possibles) explique la très grande diversité des anticorps.

Le complément

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Le complément est un ensemble de protéines inactives dans le plasma. Une fois activé (par exemple par des membranes de micro-organismes), le complément exerce plusieurs fonctions :

– il a une action cytolytique sur les bactéries et les cellules infectées ou tumorales : il perfore la membrane par insertion de nombreux petits canaux protéiques appelés complexes d’attaque membranaire (CAM), ce qui provoque l’éclatement et donc la mort de la cellule par cytolyse ;

– il facilite la phagocytose : après s’être fixé sur une cellule étrangère, il est reconnu par des récepteurs membranaires des phagocytes, ce qui facilite l’adhérence entre le phagocyte et la cellule à détruire (ce phénomène constitue l’opsonisation) ;

– il amplifie les processus inflammatoires ;

– il attire les phagocytes sur le lieu de l’infection (propriétés chimiotactiques).

Les cytokines

Les cytokines sont des messagers solubles de l’immunité. Ce sont de petites protéines qui permettent aux cellules de communiquer au sein du système immunitaire. Il s’agit d’une famille de molécules très variées qui comprend notamment les interleukines (produites par les leucocytes), l’histamine (libérée par les mastocytes et les granulocytes basophiles), la sérotonine (produite par les plaquettes).

Les interférons

Les interférons sont des petites protéines. Il en existe trois types, désignés par les lettres α, β, γ. Les interférons peuvent être produits par des cellules infectées par un virus ; ils ont alors une fonction antivirale et ils sont spécifiques de l’espèce animale qui les produit et non pas du virus qui est à l’origine de leur production.

Ainsi, l’interféron humain est capable de protéger les cellules humaines contre une grande variété de virus. Il n’est par contre pas capable de protéger une autre espèce animale contre des virus identiques ou voisins.

2Un exemple de mise en jeu des défenses immunitaires : une infection virale, la grippe

A Présentation de la grippe

1. Les symptômes et le virus


La grippe sévit sur un mode épidémique saisonnier essentiellement automno-hivernal. Elle se traduit chez l’être humain par un ensemble de signes non spécifiques associant fièvre, céphalées, toux, pharyngite, myalgie, asthénie et anorexie. Ces symptômes apparaissent de façon soudaine et disparaissent après quelques jours d’évolution. Dans les cas les plus sérieux, la grippe est accompagnée de complications (essentiellement les pneumonies bactériennes et la déshydratation) qui peuvent être fatales.

Les mots à savoir

Anorexie : perte de l’appétit.

Asthénie : état de fatigue générale.

Céphalées : maux de tête.

Épidémie : augmentation rapide du nombre de cas d’une maladie en un lieu donné sur un moment donné.

Myalgie : douleur musculaire.

Pharyngite : infection du pharynx.

La grippe est une maladie infectieuse contagieuse causée par un virus à ARN qui appartient à la famille des Orthomyxoviridae et au genre Influenzavirus. C’est un virus enveloppé de 80 à 100 nm de diamètre. L’enveloppe virale est hérissée de 2 types de protéines de surface ou spicules : l’hémagglutinine qui se fixe sur le récepteur de la cellule cible et la neuraminidase en forme de champignon. Ces 2 protéines sont des antigènes externes du virus fixés sur la bicouche lipidique constitutive de l’enveloppe. Sur la face interne de l’enveloppe, se trouve la matrice constituée de protéines. À l’intérieur, 8 nucléocapsides hélicoïdales résultent chacune de l’association d’un fragment monocaténaire d’ARN viral avec de nombreuses molécules de nucléoprotéines (figure 4).

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Le cycle de réplication du virus de la grippe comporte plusieurs étapes (figure 5) :

– après fixation de l’hémagglutinine sur le récepteur de la cellule cible (un acide sialique), le virus entre dans la cellule hôte par endocytose. Sous l’action de l’acidification endosomale, l’enveloppe virale fusionne avec la membrane de la vésicule et permet la libération des nucléocapsides virales ;

– les nucléocapsides migrent dans le noyau où l’ARN viral est répliqué ;

– ces brins d’ARN viraux sont soit exportés vers le cytoplasme où ils sont traduits en protéines virales, soit utilisés pour constituer de nouveaux génomes viraux ;

– l’assemblage des ARN viraux et des protéines virales permet de constituer de nouvelles particules virales qui sont libérées hors de la cellule par exocytose : chaque nouveau virus est enveloppé à partir de la membrane cellulaire dans laquelle ont été insérées les glycoprotéines virales (hémagglutinine et neuraminidase).

2. La voie de contamination de la grippe. Notion de barrière cutanéo-muqueuse


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La transmission inter-humaine de la grippe est essentiellement respiratoire, via des gouttelettes riches en virus provenant de la toux et des éternuements des sujets infectés.

Le rôle de barrière de la muqueuse des voies respiratoires supérieures

La muqueuse des voies respiratoires supérieures sécrète un mucus, substance aqueuse et visqueuse, qui piège et emprisonne les particules étrangères inhalées de sorte qu’elles n’atteignent pas les alvéoles pulmonaires. Cette muqueuse est pourvue de cils qui permettent de faire remonter ces particules englobées dans le mucus vers la bouche et le nez, d’où elles sont évacuées par déglutition, mouchage ou éternuement.

Le virus de la grippe parvient malgré tout à infecter les cellules des voies aériennes supérieures en se fixant par une molécule d’hémagglutinine sur un acide sialique de la membrane de la cellule cible.

Les autres barrières de l’organisme

– Barrières anatomiques : la peau, les muqueuses (digestive, urinaire, génitale) et leurs sécrétions (sébum des glandes sébacées de la peau, mucus) constituent des barrières efficaces contre l’entrée de la plupart des micro-organismes.

– Barrières physiologiques : ce sont essentiellement la température, le pH et différents facteurs solubles. Ainsi, le pH de l’estomac est trop acide pour permettre le développement de certains germes pathogènes. Les interférons sont des petites protéines antivirales.

B Immunité innée : la réaction inflammatoire


La réaction inflammatoire comporte trois éléments : l’augmentation du flux sanguin par vasodilatation (rougeur et chaleur), l’augmentation de la perméabilité des vaisseaux capillaires de la zone concernée (œdème), la migration des cellules phagocytaires depuis les vaisseaux vers les tissus.

Présentation de la réaction inflammatoire

L’inflammation est la réponse des tissus à une blessure ou à une agression. Elle a pour but de drainer les molécules sériques et les cellules du système immunitaire vers le lieu de l’agression tissulaire. Les quatre symptômes de l’inflammation sont la rougeur, la chaleur, l’œdème et la douleur.

L’inflammation est un processus ordonné qui dépend de la libération de médiateurs par les tissus lésés, les leucocytes, les mastocytes, les plaquettes sanguines. L’histamine et la sérotonine sont deux de ces médiateurs ; ils agissent notamment en provoquant la vasodilatation et le chimiotactisme.

La phagocytose

La phagocytose correspond à l’ingestion de micro-organismes, de cellules tumorales, de débris cellulaires par des cellules phagocytaires comme les granulocytes neutrophiles, les agranulocytes monocytes et macrophages.

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Certaines substances (appelées facteurs chimiotactiques) libérées au niveau de la lésion comme des constituants microbiens, des débris cellulaires, des protéines du complément, attirent les phagocytes sur le site inflammatoire : on parle de chimiotactisme. Les phagocytes quittent les vaisseaux sanguins en s’accolant à la paroi vasculaire (margination) puis en la traversant (diapédèse). La phagocytose peut alors avoir lieu sur le site de l’infection.

Les différentes étapes de la phagocytose sont :

– la phase d’adhésion : fixation des particules sur des évaginations cellulaires appelées « pseudopodes » ;

– la phase d’ingestion : les particules sont englobées dans un phagosome ;

– la phase de digestion : la fusion du phagosome et du lysosome forme un phagolysosome dans lequel la libération des enzymes lysosomales entraîne la digestion du matériel ingéré.

La phagocytose est facilitée par les opsonines, c’est-à-dire des molécules qui se lient d’une part aux particules à phagocyter, d’autre part aux récepteurs des cellules phagocytaires. Les anticorps ainsi que des composants du complément sont des opsonines. Cette facilitation est appelée opsonisation.

C Rôle des anticorps dans la réponse antivirale : réponse acquise à médiation humorale


L’immunité humorale est assurée par des molécules circulantes spécifiques, les anticorps, qui sont fabriqués par les plasmocytes, eux-mêmes issus de la différenciation des lymphocytes B.

1. La production des anticorps


Les anticorps sont produits par les plasmocytes qui sont des cellules différenciées à partir des lymphocytes B. Le système immunitaire est capable de répondre à des millions d’agents immunogènes différents, ce qui implique une énorme diversité des anticorps produits. Cette diversité s’explique par la théorie de la sélection clonale. Chaque individu dispose à sa naissance, avant même tout contact avec un antigène particulier, d’une infinité de clones de lymphocytes B dont chacun est capable de reconnaître un épitope déterminé et un seul grâce à un récepteur membranaire appelé BCR (récepteur des cellules B). La fixation de l’épitope sur le BCR active le lymphocyte B, induit sa multiplication par mitose et sa différenciation en plasmocytes sécréteurs d’anticorps. Les anticorps produits correspondent à la forme soluble du BCR.

Lorsqu’un lymphocyte B, qui n’a jamais été en contact avec un antigène (lymphocyte « naïf »), rencontre pour la première fois l’antigène qui correspond à son BCR, la liaison de l’antigène et du BCR provoque la division du lymphocyte B. Les cellules qui en résultent se différencient en plasmocytes mais aussi en lymphocytes B « mémoire ».

Dans la figure 7, trois familles (clones) de lymphocytes B sont représentées, chaque famille portant un récepteur spécifique (BCR) qui est une immunoglobuline. La rencontre d’un épitope X avec le récepteur du lymphocyte Bb provoque la prolifération du clone correspondant, sa différenciation en plasmocytes et la libération des anticorps anti-X. Les lymphocytes B mémoire pourront être sollicités lors d’un deuxième contact avec le même antigène (réponse secondaire), et la production des anticorps sera alors plus rapide et plus abondante que lors de la réponse primaire.

Cette théorie de la sélection clonale s’applique aussi aux lymphocytes T. Chaque lymphocyte T est caractérisé par un récepteur ancré dans la membrane (TCR : récepteur des cellules T). Il existe également des lymphocytes T mémoire.

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2. Le rôle des anticorps


Les régions variables des anticorps constituent les paratopes qui, du fait de leur grande variabilité, sont capables de reconnaître une très grande diversité de déterminants antigéniques. Les régions constantes des anticorps leur confèrent trois fonctions effectrices.

La neutralisation de l’antigène : les paratopes de l’anticorps se fixent sur l’antigène et le neutralisent. Ainsi, dans le cas d’un virus comme celui de la grippe, la particule virale recouverte d’anticorps ne pourra plus se fixer sur sa cellule cible.

L’opsonisation : le virus recouvert d’anticorps sera plus facilement phagocyté grâce à la fixation de la partie constante des anticorps sur des récepteurs membranaires des phagocytes (neutrophiles, macrophages). L’opsonisation est également importante pour la destruction des cellules de l’hôte infectées par un virus : les cellules infectées exposent sur leur membrane des antigènes viraux sur lesquels se fixent les anticorps ; la cellule infectée ainsi recouverte d’anticorps sera phagocytée par les macrophages.

L’activation du complément : la fixation d’anticorps sur les antigènes viraux exposés à la surface d’une cellule infectée par un virus libère le site d’activation du complément présent sur la partie constante des anticorps. Ceci déclenche une cascade de réactions d’activation du complément qui aboutit à la lyse de la cellule infectée par le virus.

D Destruction des cellules infectées par le virus : réponse acquise à médiation cellulaire


L’immunité à médiation cellulaire a pour effecteurs les lymphocytes T cytotoxiques.

Produits dans la moelle osseuse, les lymphocytes T achèvent leur maturation dans le thymus. Les lymphocytes T possèdent des marqueurs de surface qui définissent des populations différentes : on distingue ainsi les lymphocytes T4 (ou T helper ou T auxiliaires) qui possèdent les marqueurs CD4, et les lymphocytes T8 (ou T cytotoxiques ou Tc) qui possèdent les marqueurs CD8.

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Les lymphocytes T expriment en outre à leur surface des molécules qui se lient à leurs antigènes spécifiques : ces molécules sont appelées récepteurs T (récepteurs des cellules T : TCR). Chaque lymphocyte T ne possède qu’un seul type de récepteur (théorie de la sélection clonale comme pour les lymphocytes B).

Le contact entre les lymphocytes T cytotoxiques et les cellules cibles, par exemple les cellules infectées par le virus de la grippe, déclenche la libération de perforine qui s’insère dans la membrane de la cellule cible en formant des pores. Cela entraîne la mort de la cellule cible par éclatement (cytolyse).

E De la pénétration de l’antigène au développement de la réponse acquise : coopération cellulaire et interaction entre immunités innée et acquise

1. Présentation de l’antigène aux lymphocytes T


Pour qu’un antigène puisse être reconnu par un lymphocyte T, il doit être dégradé en petits fragments antigéniques. Ces fragments antigéniques forment des complexes avec les molécules du CMH et sont présentés ainsi aux lymphocytes T : c’est la « présentation de l’antigène ».

Lorsque l’antigène est exogène, il est présenté par une cellule spécialisée (cellule dendritique, macrophage…) appelée CPA (cellule présentatrice de l’antigène) et il est alors associé dans cette présentation à une molécule du CMH de classe II (figure 9).

Lorsque l’antigène est endogène (protéines virales, protéines des cellules cancéreuses), les fragments antigéniques sont présentés par la cellule elle-même (cellule infectée par un virus, cellule cancéreuse), associés à des molécules du CMH de classe I (figure 10).

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2. Rôle central des lymphocytes T auxiliaires dans l’activation des réponses humorale et cellulaire


Une fois activé par une CPA, le lymphocyte T auxiliaire (Th) produit une cytokine appelée interleukine 2 qui va activer aussi bien la réponse à médiation humorale que la réponse à médiation cellulaire. Ainsi, les lymphocytes T auxiliaires sont indispensables pour le bon fonctionnement des deux types de réponses immunitaires adaptatives.

Activation de la réponse à médiation humorale : l’activation, la prolifération et la différenciation des lymphocytes B se produisent sous l’effet, d’une part de l’interleukine 2 libérée par les lymphocytes Th et, d’autre part des interactions membranaires entre les deux types de cellules (figure 11).

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Activation de la réponse à médiation cellulaire : l’activation, la prolifération et la différenciation des lymphocytes Tc se font grâce à l’interleukine 2 libérée par les lymphocytes Th (figure 12).

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3. Intégration des réponses innée et acquise


Les virus se répliquent en infectant les cellules hôtes de l’organisme. Le système immunitaire développe alors plusieurs mécanismes de défense anti-virale comme le montre la figure 13 :

1 : la neutralisation des virus par les anticorps (immunité adaptative à médiation humorale) ;

: la phagocytose des particules virales après leur opsonisation par les anticorps ou par le complément (phagocytose : immunité innée ; opsonisation par les anticorps : immunité adaptative à médiation humorale) ;

: le blocage de la réplication du virus grâce à la production d’interférons (immunité innée) ;

4 : la destruction des cellules infectées par des cellules NK (immunité innée) ;

5 : la destruction des cellules infectées par les lymphocytes T cytotoxiques (immunité adaptative à médiation cellulaire).

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L’ensemble des mécanismes de l’immunité face à une infection par un virus, une bactérie ou une toxine (protéine) est présenté sur la figure 14.

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F Prévention de la grippe : vaccination, exemple de mise en jeu de la mémoire immunitaire


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La notion de mémoire immunitaire peut être mise en évidence en dosant dans le sang d’un animal les anticorps produits suite à deux injections d’un même antigène (figure 15).

Suite à la première injection d’un antigène donné, la réponse immunitaire appelée réponse primaire est relativement lente (phase de latence de 10 jours), peu intense (taux d’anticorps produits peu élevé) et peu durable (le taux d’anticorps chute rapidement).

Au contraire, la réponse qui fait suite à une deuxième injection du même antigène appelée réponse secondaire, est immédiate (latence de 24 heures), intense (taux d’anticorps produits très élevé) et durable (le taux d’anticorps diminue lentement).

Ce phénomène est le résultat d’une efficacité plus grande de la réponse immunitaire secondaire (mémoire immunitaire). Il s’explique par l’existence de « lymphocytes mémoire » (B ou T) qui ont été activés lors de la première immunisation.

La vaccination consiste à introduire dans un organisme une préparation d’antigène non pathogène dérivé d’un agent infectieux. L’antigène ainsi préparé doit avoir perdu sa virulence mais doit garder son immunogénicité afin de déclencher une réponse primaire. Cette réponse primaire confère à l’individu une immunité acquise activement. Il s’agit d’une méthode préventive. Ainsi, lors d’un contact naturel ultérieur avec le même antigène, l’organisme immunisé ne développe pas la maladie car il met en place une réponse secondaire très efficace.

La réponse immunitaire selon la nature de l’antigène :

La réaction immunitaire à médiation humorale correspond à la ligne de défense contre les antigènes extracellulaires (bactéries, toxines, stade précoce de certaines infections virales).

La réaction immunitaire à médiation cellulaire constitue le type de réaction mise en jeu contre les antigènes intracellulaires (virus, bactéries intracellulaires, cellules cancéreuses).

Dans le cas du virus de la grippe, un nouveau vaccin doit être élaboré chaque année en raison de la grande variabilité génétique de ce virus.

3Un exemple d’immunodéficience : le SIDA, syndrome d’immunodéficience acquise

A L’infection par le VIH

1. Le VIH et ses cellules cibles


Le SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise) est une maladie du système immunitaire engendrée par un agent infectieux nommé VIH (virus de l’immunodéficience humaine) isolé en 1983. Cette particule virale, d’un diamètre compris entre 100 et 120 nm, s’attaque à plusieurs cellules cibles : principalement les lymphocytes T4 mais aussi les monocytes, les macrophages, les cellules dendritiques et les cellules microgliales du système nerveux central. Toutes ces cellules possèdent un récepteur membranaire appelé CD4 sur lequel le VIH doit se fixer pour pouvoir les infecter. Le virus se reproduit à l’intérieur des cellules infectées, puis les nouveaux virions sont libérés par bourgeonnement au niveau de la membrane plasmique pour ensuite parasiter d’autres cellules cibles.

2. Conséquences cliniques de l’infection par le VIH


La progression typique de l’infection par le VIH, sans traitement, comprend trois phases : la primo-infection, la phase asymptomatique et le stade SIDA.

La primo-infection

Les signes cliniques apparaissent 2 à 12 semaines après la contamination, et ne persistent que quelques semaines. Ils peuvent d’ailleurs passer inaperçus s’ils sont modérés. Les principaux signes sont : des adénomégalies essentiellement cervicales et axillaires, un état pseudo-grippal (fièvre, myalgies, arthralgies), parfois une éruption cutanée fugace, plus rarement une dysphagie due à une candidose ou à des aphtes de la muqueuse buccale.

La phase asymptomatique

Elle peut durer une douzaine d’années. La plupart du temps sans symptôme, cette phase peut parfois se manifester par une lymphadénopathie généralisée persistante.

Le stade SIDA

Le début de la phase SIDA se caractérise par une fièvre modérée au long cours, des adénomégalies généralisées à l’ensemble des aires ganglionnaires, une cachexie, une diarrhée chronique pendant plus d’un mois, une candidose buccale persistante, une asthénie. D’une durée de 2 à 3 ans en moyenne, cette phase conduit au décès de la personne infectée.

Le SIDA déclaré est défini par l’apparition de maladies opportunistes sérieuses (pneumocystose, candidose, tuberculose, toxoplasmose, sarcome de Kaposi…).

Les mots à savoir

Adénomégalie : augmentation de volume d’un nœud (= ganglion) lymphatique.

Lymphadénopathie : toute affection au niveau d’un nœud (= ganglion) lymphatique.

Cachexie : maigreur extrême avec déchéance des principales fonctions de l’organisme.

Signe clinique : symptôme noté directement par le médecin lors de l’étude clinique effectuée au chevet du malade ou lors d’une consultation au cabinet médical.

Signe paraclinique : symptôme apprécié par le médecin grâce à des examens complémentaires (analyse de sang, techniques d’imagerie médicale…).

3. Conséquences paracliniques de l’infection par le VIH


La primo-infection

Dès la pénétration dans l’organisme, le VIH se multiplie, la charge virale augmente brutalement, engendrant une destruction, donc une baisse du taux de lymphocytes T4. Puis une réponse immunitaire classique particulièrement intense se met en place : les immunités humorale et cellulaire sont activées. Ainsi, au bout de deux semaines environ, on observe une multiplication des lymphocytes T8 cytotoxiques, puis, au bout de trois à quatre semaines, une production importante d’anticorps anti-VIH. Ceci permet d’éliminer la majorité des cellules infectées et des particules virales circulantes. En conséquence, la charge virale diminue rapidement et, parallèlement, le taux de lymphocytes T4 remonte.

Dès cette phase, le sujet infecté est contaminant. Au plus tard six semaines après la contamination, les anticorps anti-VIH sont détectables dans le sang : le test immunologique de dépistage du VIH est positif, la personne est dite séropositive. La période durant laquelle les anticorps sont en quantité trop faible pour être décelés est appelée fenêtre sérologique.

La phase asymptomatique

Durant cette phase, le système immunitaire lutte activement contre le VIH : malgré une réplication rapide des particules virales, la charge virale reste basse grâce à l’action des lymphocytes T8 cytotoxiques et des anticorps anti-VIH présents à des taux très importants. Cependant, la multiplication du virus dans les lymphocytes T4 engendre la diminution progressive du taux de ces cellules. Le système immunitaire ne réussit pas à éliminer complètement le virus de l’organisme car le VIH possède plusieurs mécanismes d’échappement.

Le stade SIDA

Le VIH finit par déborder le système immunitaire de l’hôte : on observe un effondrement des taux de lymphocytes T4 et de lymphocytes T8. La diminution du taux de lymphocytes T4 (moins de 200 par mm3 de sang), caractéristique du SIDA, engendre une baisse de la concentration en anticorps et une hausse de la charge virale. La lymphopénie, et plus généralement la leucopénie, s’accompagnent d’une anémie et d’une thrombopénie.

Épidémiologie : fin 2010, on estimait à environ 34 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde, dont 22,9 millions en Afrique subsaharienne. Ce nombre augmente progressivement alors que le nombre de nouvelles infections est à la baisse. Ceci reflète une réduction des décès liés au SIDA depuis 2005 grâce à une expansion significative de l’accès au traitement antirétroviral.

Contamination, prévention, traitement : chez les sujets infectés, les liquides contaminants sont le sang, le sperme, le liquide séminal, les sécrétions vaginales et le lait maternel. La transmission du VIH peut se faire par voie sexuelle, par voie sanguine, et de la mère à l’enfant. Deux sortes de mesures de prévention primaire sont mises en œuvre :

– la prévention des accidents d’exposition aux virus, notamment pour la protection des personnels soignants, des techniciens de laboratoire et des patients nécessitant une transfusion sanguine ;

– la prévention de la transmission de la maladie (utilisation de préservatifs chez les personnes à « comportements à risque », distribution de seringues gratuites pour les toxicomanes).

Concernant la prévention de la transmission de la mère à l’enfant, la principale mesure consiste à réduire la charge virale maternelle par l’administration d’un traitement antirétroviral.

La mise au point d’un vaccin est rendue très difficile par la grande capacité qu’a le VIH à muter. Des recherches sont en cours.

L’objectif des traitements antirétroviraux est de réduire le plus possible la charge virale afin d’arrêter la progression de la maladie et de rétablir au mieux l’immunité. La trithérapie utilisée comporte 3 molécules qui bloquent le cycle de réplication du virus. Elle prolonge la phase asymptomatique mais ne parvient pas à éliminer totalement le virus de l’organisme. C’est donc un traitement à prendre à vie.

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