L’Afrique subsaharienne, du milieu des années 1950 à la fin des années 1980

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Classe(s) : Tle ST2S | Thème(s) : L'Afrique subsaharienne du milieu des années 1950 à la fin des années 1980

L’Afrique subsaharienne, du milieu des années 1950 à la fin des années 1980

Entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1980, l’Afrique subsaharienne connaît de profonds bouleversements. À la faveur de la décolonisation impulsée par un puissant courant anticolonialiste, de nouveaux États apparaissent et se trouvent rapidement confrontés à des défis politiques, économiques et sociaux majeurs. Dans quelles conditions se sont effectuées les indépendances ? À quels défis les États sont-ils confrontés et comment ont-ils tenté de les relever ?

1La décolonisation de l’Afrique subsaharienne : motifs, modalités et chronologie

A Une situation propice à l’émancipation des colonies


La Seconde Guerre mondiale a ébranlé les empires coloniaux. Les colonies d’Afrique ont été mobilisées au nom de l’idéal de liberté et ont participé à l’effort de guerre aux côtés des Alliés. Les puissances colonisatrices ont été fragilisées par la défaite (France, Pays-Bas) ou les difficultés (Royaume-Uni) au cours du conflit. Les deux superpuissances et l’ONU – créée en 1945 – sont hostiles au système colonial. Enfin, les États nouvellement décolonisés soutiennent les revendications indépendantistes dans les territoires encore sous domination.

Un peu partout, la colonisation est remise en cause par de puissants mouvements anticolonialistes. Des leaders charismatiques incarnent la résistance et l’opposition à la présence coloniale.

Confrontées à une situation parfois difficile, les métropoles hésitent entre réformes et répression. Le cas français est révélateur de ces tâtonnements. D’un côté, la République tente d’intégrer les colonisés en leur donnant la citoyenneté (1946) et en accordant un statut d’autonomie (loi-cadre Defferre, 1956) ; de l’autre, les dirigeants choisissent de réprimer le mouvement bamiléké (Cameroun).

Pièges et difficultés

Ne pas confondre

Décolonisation : accession à l’indépendance d’une (ou de) colonie(s).

Anticolonialisme : courant d’opposition à la colonisation. Il est porté par des mouvements comme la TANU en Tanzanie et animé par des leaders charismatiques.

B Le temps des indépendances


Très peu d’États sont indépendants avant 1955 et une minorité de territoires ne le sont pas encore en 1990. Selon les cas, l’indépendance fut pacifique ou conflictuelle.

Chronologie et modalités

Étapes et modalités de la décolonisation de l’Afrique subsaharienne 
du milieu des années 1950 à la fin des années 1980

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2D’importants défis politiques et géopolitiques


Les nouveaux États doivent compter avec l’héritage colonial et un contexte international marqué par la guerre froide.

A Construire un État


Les nouveaux dirigeants doivent construire l’unité nationale. Celle-ci se cristallise autour de personnalités charismatiques qui sont liées à la lutte contre le colonisateur : beaucoup d’anciens leaders anticolonialistes accèdent à la tête de l’État dès l’indépendance et bénéficient d’un véritable culte de la personnalité.

Tiers-monde

Expression utilisée dès 1952 pour désigner l’ensemble des pays pauvres nés de la décolonisation et qui veulent se distinguer des pays occidentaux et des pays communistes.

Les États se dotent de signes identitaires (drapeau, hymne, devise) et parfois changent de nom. Ils révisent leurs programmes scolaires – notamment d’histoire. Ils créent des universités pour former les cadres du régime. Tout ceci vise à la constitution d’États-nations.

B Garantir la cohésion nationale


Beaucoup d’États sont multiethniques. Les frontières politiques, dessinées par les colonisateurs et conservées à l’indépendance, ne tiennent pas compte des réalités du peuplement.

Un exemple de pays marqué par la diversité ethnique et culturelle : l’Éthiopie

L’Éthiopie se situe au contact de plusieurs aires religieuses : le christianisme orthodoxe pratiqué par la moitié de la population ; l’islam (40 %) ; l’animisme (10 %). La distribution ethnique est très complexe. La diversité linguistique est importante puisqu’on dénombre 80 langues et plus de 200 dialectes. La Constitution de 1994 a entériné le découpage de l’Éthiopie en huit États fédérés, définis d’après des critères ethniques.

Cette situation favorise les luttes de pouvoirs entre ethnies et régions. Elle peut déboucher sur des tentatives séparatistes comme au Katanga (République démocratique du Congo, 1960-1963) ou au Biafra (1967-1970), qui se soldent toutes au bénéfice des pouvoirs en place, garantissant l’intangibilité des frontières issues de la décolonisation.

C Choisir et mettre en œuvre un régime politique


Au moment de l’indépendance, des élections sont organisées et des constitutions proclamées. Mais les gouvernements deviennent rapidement des régimes autoritaires qui font régner la terreur et ignorent les droits de l’homme. Les principales libertés sont supprimées. Un seul parti est autorisé. Les dirigeants utilisent la propagande et la censure. La corruption se développe. Toute opposition est pourchassée.

L’armée joue un rôle central dans la vie politique : les coups d’État se multiplient ; en 1980, on compte ainsi 23 régimes militaires.

D Assurer l’unité africaine


La multiplication du nombre d’États indépendants en Afrique s’est accompagnée de tentatives politiques et culturelles pour unifier le continent et en défendre l’unité (panafricanisme). La plus importante est la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) en 1963, devenue Unité africaine (UA) en 2002.

3Les défis économiques et sociaux


Les nouveaux États doivent tous compter avec le legs colonial et assurer le développement.

Pièges et difficultés

Ne pas confondre

Croissance : phénomène économique qui consiste en l’accroissement de la production globale. Elle se mesure à l’aide d’indicateurs comme le produit intérieur brut (PIB) ou le produit national brut (PNB).

Développement : notion qui renvoie à l’augmentation générale des richesses associée à l’amélioration du niveau et des conditions de vie de la population. Il se mesure à l’aide de l’indicateur de développement humain (IDH), indice associant l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation et le PIB par habitant.

A Le legs colonial


Les nouveaux États héritent d’une situation marquée par les choix faits par les colonisateurs. Beaucoup d’économies sont fondées sur l’exportation d’un produit dominant, comme les matières premières ou des cultures spécifiques (café et cacao dans le cas ivoirien par exemple), ce qui les rend particulièrement sensibles aux fluctuations des cours mondiaux. Si ceux-ci s’effondrent, c’est toute l’économie qui en subit les conséquences. L’agriculture est l’activité (très) majoritaire et l’industrie reste peu développée.

B Les politiques de développement : choix, mise en œuvre et résultats


Deux choix différents en matière de politique de développement

• La politique économique tanzanienne privilégie l’agriculture : les autorités encouragent le développement de cultures d’exportation et les profits réalisés sont réinvestis dans le développement des industries. Les paysans sont regroupés de force dans des villages (villagisation). La voie tanzanienne se rattache au « socialisme à l’africaine ».

• En Côte-d’Ivoire, le pouvoir fait le choix d’un projet plus libéral, caractérisé par l’ouverture aux capitaux étrangers et le développement de cultures d’exportation (cacao et café). Entre 1960 et 1965, le taux de croissance annuel du PIB a ainsi atteint la valeur record de 10 à 12 %, ce qui a conduit à parler de « miracle ivoirien ».

Conscients de ces faiblesses structurelles, les nouveaux dirigeants décident de lancer des politiques de développement axées sur l’essor industriel. L’État intervient toujours de façon importante, par exemple par le biais de la planification. Le financement des politiques publiques se fait par le recours à l’emprunt.

Les résultats sont souvent contrastés. Le décollage industriel a bien eu lieu. Mais les expériences inspirées par le « socialisme à l’africaine » ont toutes été des échecs, en partie à cause d’une sécheresse exceptionnelle (1970-1990). La villagisation a pu entraîner des drames humains.

Les économies restent très dépendantes de l’évolution des prix mondiaux des matières premières et des produits agricoles. À partir des années 1970, les États peinent à rembourser les emprunts et la dette publique s’envole. ­Certains adoptent alors des plans d’ajustement structurels pour adapter les dépenses aux (maigres) recettes.

Une partie de l’économie échappe au contrôle étatique. Ces activités commerciales ou artisanales nourrissent un important secteur informel qui assure aux plus pauvres l’accès à un niveau minimal de consommation.

La faible intégration économique des pays africains reste un problème. La majorité des pays sont à l’écart des grands courants d’échanges mondiaux et la balance commerciale reste déficitaire, même s’ils diversifient leurs partenaires commerciaux et cherchent à s’unir dans des associations économiques régionales. Certains trafics illégaux n’ignorent pas le continent (armes, contrebande de pierres précieuses).

C Les défis sociaux


La croissance de quelques agglomérations d’Afrique de l’Ouest

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Le principal défi est d’ordre démographique. Partout, la croissance de la population est forte. La population d’Afrique subsaharienne double entre 1965 et 1980, en raison de la transition démographique. En 1990, près de la moitié de la population a moins de 15 ans. Les États sont alors confrontés à plusieurs défis (nourrir, loger, former une population en croissance). Malgré la baisse continue de la mortalité (due au progrès dans l’encadrement sanitaire et médical) et l’allongement de la durée de la vie, les maladies infectieuses continuent de faire des ravages.

La croissance urbaine est très forte en raison de l’exode rural puissant. Le rapide développement urbain bouleverse la physionomie des villes. Les nouveaux habitants logent souvent dans des quartiers informels de type bidonville.

Les écarts entre groupes sociaux ont tendance à se creuser. Beaucoup s’appauvrissent et seule une mince frange réussit à maintenir un niveau de vie satisfaisant. L’émigration constitue souvent une réponse aux difficultés économiques et sociales.

4Sujet d’étude n° 1 : Léopold Sédar Senghor (1906-2001)


Senghor est un intellectuel et un homme engagé au parcours exceptionnel. Il est né au Sénégal. Sa formation mêle diverses influences : religieuses puisqu’il a été élève de missions catholiques puis du collège-séminaire de Dakar ; familiales (rôle de son oncle) ; « françaises » (il maîtrise le français et a poursuivi ses études à la Sorbonne). Il réussit l’agrégation de grammaire en 1935 et entame une carrière de professeur. Senghor est aussi un homme de lettres. Il publie des recueils poétiques empreints d’une forte spiritualité. Son élection à l’Académie française, en 1983, consacre la reconnaissance d’une carrière littéraire exceptionnelle.

Toute sa vie, Senghor s’est battu contre l’aliénation. L’engagement de Senghor se concrétise d’abord dans l’action politique. Député du Sénégal à l’Assemblée nationale française à partir de 1945, il y milite en faveur d’un nouveau statut pour les territoires. Il est ministre en 1955-1956.

Le député L.S. Senghor en 1956

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En 1959, Senghor tente d’instituer la Fédération du Mali, dont il devient président au moment de l’indépendance, en juin 1960. Mais cette structure éclate deux mois plus tard. Senghor est élu président du Sénégal en septembre 1960.

Sa pratique du pouvoir reflète l’évolution politique générale de l’Afrique subsaharienne : renforcement de l’exécutif et instauration du parti unique. Ce n’est qu’après 1970 que les conditions d’une démocratisation du régime apparaissent. Après avoir préparé sa succession, Senghor démissionne en 1980.

L’engagement de Senghor concerne aussi le domaine culturel. Il refuse la politique d’assimilation française et souhaite rendre toute sa place à la culture africaine. Il propose de fédérer les valeurs propres aux Africains dans la notion de « négritude ». Même si sa diffusion a surtout été restreinte à l’Afrique francophone, la négritude a été un des éléments constitutifs de la structuration politique et culturelle de l’Afrique à partir des années 1960.

Senghor dans son siècle

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5Sujet d’étude n° 2 : L’Algérie de 1954 à 1962


L’Algérie occupe une place particulière dans l’Empire colonial français en raison de l’ancienneté de sa conquête (1830), de son statut (départementalisation) et de son caractère de colonie de peuplement (présence d’un million d’Européens – les Pieds noirs – au début des années 1950).

L’anticolonialisme s’y est développé avant 1945, du fait de la dualité de la société coloniale (avec des écarts sociaux importants et une inégalité de fait entre les colonisateurs et les colonisés) et du refus d’extension de la citoyenneté et de l’égalité des droits aux colonisés. La répression des émeutes de Sétif en mai 1945 contribue à radicaliser le courant anticolonialiste.

La guerre d’Algérie débute en 1954 par une série d’attentats coordonnés et revendiqués par le Front de Libération nationale (FLN) et sa branche armée (ALN). Le gouvernement français refuse de négocier, décrète l’état d’urgence et, en 1956, décide l’envoi du contingent. Le conflit s’enlise durablement et la violence s’accroît, comme l’illustre la bataille d’Alger (1957). La guerre divise les peuples, tant en Algérie qu’en France métropolitaine. Elle entraîne une crise politique qui emporte la IVe République (événements de mai 1958) et accélère le retour du général de Gaulle au pouvoir.

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Malgré une position initialement ambiguë, de Gaulle s’engage rapidement dans un processus négocié conduisant à l’indépendance. La tentative de putsch « des généraux » (1961) et les actions de l’OAS illustrent la radicalisation de la violence. Les accords d’Évian (mars 1962) reconnaissent l’indépendance algérienne, effective en juillet 1962, mais qui ne met pas fin aux violences.

Les conditions de l’accès à l’indépendance de l’Algérie ont un impact durable sur les relations avec la France. La guerre d’Algérie suscite depuis cinquante ans des mémoires antagonistes et conflictuelles.