L’art

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : L'art et la technique
 

L’art

Dès que la notion d’art a signifié exclusivement les beaux-arts, elle a posé la double question de la faculté de percevoir la beauté et de la créer.

1L’art : un terme dont le sens a évolué

On a longtemps appelé art des activités humaines beaucoup plus nombreuses que ce terme n’en désigne aujourd’hui. Depuis son origine latine, ce mot a servi à désigner toutes les activités productrices guidées par un savoir : les savoir-faire. Il était alors équivalent à la notion de technique. Il pouvait désigner la production d’un objet (l’art du menuisier), d’une réalité immatérielle (l’art médical qui produit la santé) ou même d’une réalité plus indiscernable, comme cet art d’être grand-père dont parle Victor Hugo. Ce sens du mot subsiste lorsque nous parlons d’une action faite dans les règles de l’art.

Mais depuis le milieu du xviiie siècle, art désigne surtout les activités susceptibles de produire de la beauté. Il est synonyme de beaux-arts. Regroupés sous ce terme, la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, le théâtre, la littérature et le cinéma affirment une nature commune qui les distingue désormais de tous les autres savoir-faire humains : ils œuvrent en vue de la beauté.

2Que cherchons-nous à dire lorsque nous disons « C’est beau » ?

Le goût est la faculté d’évaluer la beauté, et l’on appelle jugement de goût un énoncé qui affirme ou nie la beauté de ce que nous percevons. Que signifie un jugement de goût ?

Un jugement de goût est subjectif. Cela ne signifie pas qu’il varie d’un individu à l’autre (les modes montrent au contraire une grande uniformité de goût dans nos sociétés marchandes). Il est subjectif parce que, malgré les apparences, il ne parle pas de l’objet perçu (le visage ou le film dits « beaux »). Il renseigne sur celui qui parle (le sujet, d’où subjectif), et il indique que ce sujet-spectateur prend du plaisir face à ce qu’il perçoit. Le jugement esthétique ne décrit pas l’objet du jugement (l’œuvre) mais l’état dans lequel cette œuvre met le sujet qui prononce le jugement.

 

Kant s’oppose ici à Hume (1711-1776) et à Smith (1723-1790). Hume affirmait que le beau c’est l’utile : une belle femme est celle qui donne l’impression de pouvoir faire des enfants robustes ; Smith définissait le beau par l’apparence de l’utilité : un bel objet est un objet si sophistiqué qu’il donne l’impression d’être très utile.

Dans la Critique de la faculté de juger, Kant (1724-1804) affirme que ce plaisir esthétique est paradoxal. En général, le plaisir est lié à un profit, un intérêt, comme un gain d’argent au jeu ou la réussite à un examen. Or selon Kant, la beauté est l’expérience d’un plaisir détaché de tout intérêt. Il faut même être capable de mettre de côté ses intérêts particuliers pour pouvoir l’apprécier, comme lorsque nous reconnaissons que ce film est beau alors qu’il nous rappelle pourtant des souvenirs douloureux. Le jugement de goût exprimerait donc notre capacité à prendre du plaisir abstraction faite de nos intérêts.

Cette caractérisation du jugement de goût par Kant a deux conséquences :

– si le goût est subjectif, dire « C’est beau » n’est pas décrire des propriétés objectives contenues dans l’objet dit beau : il n’y a donc pas de critère de la beauté. C’est pourquoi nous échouons toujours à expliquer quelles seraient les qualités d’une œuvre qui nous la font trouver belle ;

– si le plaisir esthétique n’est pas lié à un intérêt ou un profit, rien ne s’oppose à ce que les hommes trouvent belles les mêmes choses (car ce sont les conflits d’intérêts qui les divisent le reste du temps). Nous présupposons souvent cet accord, et c’est pourquoi nous parlons de faute de goût lorsqu’il ne se réalise pas, comme si celui dont le goût ne s’accorde pas avec le nôtre était dans le faux. Le proverbe « les goûts et les couleurs ne se discutent pas » n’est donc pas du tout en accord avec notre pratique réelle.

3Imiter n’est pas copier

Dès Aristote (384-322 av. J.-C.), l’art est associé à l’imitation. Une peinture imite un modèle, une tragédie imite des comportements humains, même l’architecture semble prendre ses modèles dans la nature. Ce n’est pourtant pas la qualité de ce qui est imité qui fait la valeur de l’image. Aristote le signale : « Nous avons plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, par exemple les formes d’animaux parfaitement ignobles ou de cadavres » ; Kant dit : « Une œuvre d’art n’est pas la représentation d’une belle chose, mais la belle représentation d’une chose ». Pascal (1623-1662), feignant de ne pas comprendre cela, se moquait de la peinture qui imitait des pommes auxquelles personne ne portait attention par ailleurs.

 

Art et technique selon Hegel

Hegel considère que l’invention technique la plus banale (un clou) a plus d’intérêt qu’une image qui serait une simple copie, car dans n’importe quelle invention, l’esprit manifeste sa puissance et s’exprime. L’art ne peut dépasser l’inventivité de la technique que s’il parvient à une puissance expressive supérieure.

Dans l’œuvre d’art, l’image manifeste donc un pouvoir spécifique, indépendant de ce qu’elle représente. Il existe au moins deux possibilités pour qu’une image ne soit pas seulement une copie ou une reproduction :

– elle peut être le moyen par lequel le créateur s’exprime en se manifestant. Le modèle est ici un simple moyen d’expression. C’est une esthétique expressionniste. Dans L’Esthétique, Hegel (1770-1831) développe ce point de vue expressionniste. Il considère que c’est l’esprit d’une époque et d’une civilisation qui s’exprime à travers l’art, bien plus que l’individualité de l’artiste. Il pense même qu’au temps du romantisme finissant, durant lequel il vit, l’art est en train de se dissoudre car son expressivité est devenue seulement subjective, et non plus historique ;

– elle peut s’écarter du modèle, pour mieux en faire apparaître les caractéristiques essentielles, comme une caricature. L’art serait alors dévoilement du réel. C’est une esthétique réaliste. Cette conception de l’œuvre d’art assimile l’artiste à un être dont la sensibilité est supérieure à la moyenne. C’est la thèse défendue par Henri Bergson (1859-1941) : « l’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même. » (Le Rire, 1899). Bergson dit ici que, pour les besoins de la vie pratique, nous percevons grossièrement le réel : nous nous contentons de dire « Il fait beau », sans faire attention à la qualité particulière de la lumière de ce « beau temps », parce que nous regardons seulement pour savoir comment nous vêtir. Le peintre lui seul nous révèlera cette luminosité toujours particulière, parce que son regard n’a pas de préoccupation pratique. Il faut remarquer ici que cette conception de l’art introduit une représentation assez idéalisée de l’artiste, conception qui risque de devenir un cliché.