L’Europe, de Yalta aux derniers élargissements de l’Union européenne (2004, 2007)

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Classe(s) : Tle ST2S | Thème(s) : L'Europe de Yalta aux derniers élargissements de l'Union européenne (2004, 2007)

L’Europe, de Yalta aux derniers élargissements de l’Union européenne (2004, 2007)

L’Europe de l’après-guerre est un continent meurtri et dévasté, objet de rivalités entre les deux superpuissances (États-Unis et URSS). Divisées par la guerre froide, l’Europe occidentale et l’Europe orientale connaissent des évolutions divergentes. L’effondrement du bloc de l’Est met fin à cette partition et l’Union européenne ouvre de nouvelles perspectives au projet européen.

1Un continent divisé au sortir de la guerre

A Une Europe dévastée


Le bilan de la guerre est très lourd. On compte 35 millions de victimes en Europe, dont une majorité de civils, cibles des bombardements, des massacres, de la déportation et de l’extermination. Les pénuries ont entraîné une surmortalité importante. Les dégâts matériels sont immenses et les économies ont souffert (effondrement des productions, endettement).

Les États sont confrontés aux nécessités de la reconstruction politique, économique et morale. Elle se fait sous l’égide des deux superpuissances, dont les armées occupent une partie du continent. Les conférences de Yalta et Potsdam règlent le sort de l’Allemagne et déterminent les modifications territoriales en Europe.

B Une Europe divisée


Dans les territoires d’Europe orientale, occupés par l’Armée rouge, les communistes bénéficient de l’aide de Moscou et prennent rapidement le pouvoir. Ils accèdent aux postes stratégiques dans les gouvernements et font ensuite pression pour que les non-communistes soient écartés du pouvoir. C’est le cas, entre janvier 1947 et octobre 1949, en Pologne, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Hongrie ou RDA.

La guerre froide est une période d’intenses rivalités entre les États-Unis et l’URSS, de la fin des années 1940 aux années 1989-1991. Il n’y a cependant aucun conflit direct entre les deux superpuissances. L’existence de deux puissants blocs antagonistes conduit à parler d’un monde bipolaire jusqu’en 1991. L’expression « monde multipolaire » traduit, dans les années 1990 et 2000, l’émergence de nouveaux acteurs dans les relations internationales et l’ordre mondial.

Un « rideau de fer » sépare l’Europe de l’Ouest, sous influence américaine, et l’Europe de l’Est sous domination soviétique. En 1947, le président américain Truman décide d’endiguer la progression du communisme et propose une aide financière aux États qui le souhaitent afin d’accélérer la reconstruction. Ce plan Marshall, rejeté par l’URSS et les pays de l’est européen, entraîne la riposte soviétique (la doctrine Jdanov et l’apparition du Kominform) et précipite la division du monde en deux blocs antagonistes.

L’Europe devient un enjeu de la guerre froide comme le montre la crise de Berlin (1948-49), dont le dénouement accélère la partition de l’Allemagne en deux États (RFA et RDA).

Une Europe qui se divise

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L’évolution de l’Allemagne de 1947 à 1949

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2Deux Europe

A L’Europe de l’Est sous domination soviétique


Les démocraties populaires se mettent rapidement en place. Ce sont des dictatures : les communistes contrôlent tous les leviers du pouvoir. Partout, la police politique réprime les oppositions. Des procès politiques s’ouvrent. Les dirigeants élaborent un véritable culte de la personnalité. Le modèle idéologique soviétique se diffuse (encadrement de la jeunesse, enseignement du russe, utilisation de la propagande…).

Comme en URSS, les usines sont nationalisées, les terres collectivisées et l’économie planifiée. Le CAEM (Conseil d’aide économique mutuelle, créé en 1949) organise les échanges commerciaux et coordonne les économies des démocraties populaires. Les armées sont intégrées dans le Pacte de Varsovie, créé en 1955.

La domination soviétique est remise en cause dès les années 1950 : manifestation à Berlin-Est (1953), tentative d’émancipation hongroise (1956). La contestation s’amplifie par la suite, notamment en Tchécoslovaquie (Printemps de Prague) et en Pologne (multiplication des grèves, action de Lech Walesa, prise de position du pape Jean-Paul II).

B L’Europe de l’Ouest des années 1940 aux années 1980


Après 1945, l’Europe occidentale est un espace en paix, engagé dans un projet commun de construction économique et politique progressive.

Le projet (ancien) d’union entre États européens renaît après 1945 : il s’agit d’assurer les conditions nécessaires au maintien de la paix sur un continent ravagé et meurtri par deux guerres totales. Cette idée trouve des échos favorables chez les démocrates-chrétiens, qui accèdent au pouvoir dans plusieurs pays (France, Italie, Allemagne puis RFA notamment).

Le contexte international joue en faveur des partisans du rapprochement. Les États d’Europe occidentale acceptent le plan Marshall proposé par les États-Unis (entraînant la création de l’OECE, Organisation européenne de coopération économique) et intègrent le bloc américain (OTAN).

Plusieurs réalisations ou projets illustrent la volonté de construction d’un espace unifié : le Conseil de l’Europe (qui défend la démocratie et les droits de l’homme), la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), le projet avorté de la Communauté européenne de défense (CED), la Communauté économique européenne (CEE, marché commun créé par le Traité de Rome en 1957). Les six pays signataires du Traité de Rome renforcent leur coopération dans différents domaines (nucléaire civil – Euratom, agriculture, etc.).

Pièges et difficultés

À propos d’une notion

Fédéralisme/supranationalité : le fédéralisme est une forme d’organisation politique associant un principe supérieur (appelé souvent « État fédéral ») et plusieurs régions – ou États – fédérés. Chacun(e) possède des compétences propres, même si l’État fédéral détient des pouvoirs importants dans des domaines comme la monnaie, la défense ou les affaires étrangères. Des États souverains peuvent s’associer et renoncer à certains de leurs pouvoirs : une telle situation définit la supranationalité. L’Union européenne est un exemple d’entité supranationale.

C Les relations entre les deux Europe


Dans un contexte de détente, les deux Europe commencent à renouer des relations politiques (visite du général de Gaulle dans différentes démocraties populaires, rapprochement des deux Allemagne) et économiques (installation d’entreprises occidentales de l’autre côté du rideau de fer).

Lors de la conférence d’Helsinki, la CEE obtient de l’URSS le respect des droits de l’homme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette initiative facilite les échanges entre les deux parties du continent et conforte les partisans de la liberté dans les démocraties populaires.

3L’Europe recomposée

A La disparition des démocraties populaires


Le contexte est favorable. Les oppositions aux dictatures communistes se sont renforcées durant les années 1970 et 1980. Ces mouvements bénéficient du soutien de la CEE, qui s’affirme comme un espace intégrateur et un modèle de paix et de prospérité. Enfin, les aspirations au changement sont également nourries par les évolutions politiques et économiques en URSS (réformes de Gorbatchev).

Les dirigeants des démocraties populaires adoptent des positions variées : certains accueillent plutôt favorablement les tentatives réformatrices (ce qui facilite la transition politique vers la démocratie), mais d’autres rejettent toute libéralisation du système (l’effondrement des régimes se déroule alors dans un contexte tendu et parfois violent).

Les régimes communistes d’Europe de l’Est disparaissent un à un, en 1989-1990. L’URSS n’intervient pas. Des élections libres ont lieu. La chute du Mur de Berlin (novembre 1989) est le symbole de la disparition du rideau de fer.

B Transition à l’Est, unification à l’Ouest


Le CAEM et le Pacte de Varsovie sont dissous en 1991. Les pays d’Europe de l’Est s’engagent dans la démocratisation et adoptent l’économie de marché. La fédération yougoslave disparaît à la suite d’une guerre qui ensanglante le pays. Ce sont les États-Unis et l’OTAN qui imposent le règlement du conflit.

À l’Ouest, la construction européenne se poursuit avec la signature du traité de Maastricht (1992) qui crée l’Union européenne et ouvre de nouvelles perspectives au projet européen.

DOCUMENT  L’Europe de l’Est après la chute du Mur

Divorce à l’amiable, et naissance, le 1er janvier 1993, de deux États indépendants, tel est l’accord qu’ont entériné les parlements tchèque et slovaque. Malgré la modération dont ont fait preuve les deux parties, cette séparation mine les efforts d’intégration régionale qu’avaient esquissés Prague, Varsovie et Budapest. Ce qui se joue désormais, c’est l’architecture de toute l’Europe centrale, à laquelle la Communauté européenne est directement intéressée : elle ne peut laisser se développer sans agir un nouveau foyer de tension au cœur du Vieux Continent. Depuis 1989, la tendance, en Europe centrale, est à la fragmentation. Les États unitaires se divisent, les unions économiques se défont. De la Baltique à la mer Noire, une dizaine d’États nouveaux ont été reconnus en moins de deux ans. Ce mouvement n’est pas seulement dû au « réveil des nationalismes », il traduit aussi une volonté de rupture avec l’ordre ancien. Il a commencé par la dissolution du Comecon et du pacte de Varsovie. L’URSS et la Yougoslavie ont suivi, maintenant la Tchécoslovaquie ; sans parler des multiples revendications de souveraineté au sein des nouveaux États.

Jean-Yves Potel, « L’Europe centrale à la recherche d’une nouvelle cohésion », 
Le Monde diplomatique, n° 463, octobre 1992.

C Une Europe nouvelle


La carte politique de l’Europe évolue : de nouveaux États et de nouvelles frontières apparaissent.

Frontière

Limite conventionnelle entre deux territoires. Souvent matérialisée par des bornes ou des postes-frontières, elle délimite un territoire où s’exerce la souveraineté d’un État. Elle peut être d’ordre idéologique (comme le rideau de fer).

L’Union européenne s’élargit à de nouveaux États (1995, 2004 et 2007) majoritairement situés en Europe centrale et orientale. Se pose alors la question de l’approfondissement de la construction européenne. En octobre 2004, un projet constitutionnel voit le jour, mais il est rejeté par referendum en France et aux Pays-Bas l’année suivante. La crainte du fédéralisme explique sans doute cette situation. Le traité de Lisbonne, signé en 2007, prévoit, en remplacement, la nomination d’un président de l’UE, la désignation d’un haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et un élargissement des prérogatives du Parlement européen.

Une Europe qui se construit

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4Sujet d’étude n° 1 : L’Espagne, de la dictature à la démocratie et à l’intégration communautaire (de 1975 à nos jours)


Lorsqu’il succède à Franco à la tête de l’État espagnol en 1975, Juan Carlos est conscient de la nécessité de démocratiser le pays. Le roi peut compter sur son charisme et sur la confiance que lui voue l’armée. Il légalise les partis politiques (dont le parti communiste) et les syndicats en 1976.

Une nouvelle Constitution est adoptée par referendum en 1978. Elle confirme la nature du régime (une monarchie parlementaire) et les principales libertés. Le roi est le garant de l’unité nationale, mais la souveraineté appartient au peuple. Le Congrès des députés et le Sénat forment le Parlement. La régionalisation, qui a pour objectif d’apaiser les revendications indépendantistes au Pays Basque et en Catalogne, donne d’importantes attributions aux régions dans des domaines comme l’enseignement, l’aménagement, le tourisme ou la culture.

Le roi souhaite la réconciliation nationale. L’aspiration au renouveau se traduit par une création culturelle remarquable (exemple de la Movida).

La nouvelle démocratie doit affronter des difficultés : crise économique et sociale ; violence politique (terrorisme de l’ETA) et tentatives de coups d’État militaires.

L’intégration dans la CEE en 1986 traduit la reconnaissance des efforts de modernisation et de démocratisation entrepris par le régime depuis 1975.

5Sujet d’étude n° 2 : Berlin, une ville dans l’histoire, de 1945 à nos jours


En 1945, Berlin est en grande partie détruite. Le quotidien de la population est très difficile. La ville est incluse dans la zone d’occupation soviétique et elle est divisée en quatre secteurs d’occupation (américain, français, britannique, soviétique) dirigés par un conseil de contrôle interallié.

En 1948-1949, Berlin est au cœur d’une des plus graves crises de la guerre froide.

Berlin durant le blocus

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À la suite du blocus, la ville est coupée en deux. Berlin-Ouest relève de la RFA. Berlin-Est devient capitale de la RDA. Les deux villes ne communiquent quasiment pas. Chaque superpuissance en fait une vitrine de son modèle. Berlin-Ouest devient une grande métropole au rayonnement culturel important. À Berlin-Est, les conditions de vie ne sont pas bonnes et la population accepte mal le choix du modèle communiste. Pour empêcher la fuite de ressortissants vers la RFA, le gouvernement est-allemand fait construire un mur entre Berlin-Est et Berlin-Ouest en 1961. Ce mur provoque des drames (familles séparées, fugitifs abattus).

Dans les années 1960 et au début des années 1970, le maire de Berlin-Ouest puis le chancelier Willy Brandt s’attache à améliorer les relations avec Berlin-Est. Sa politique est emblématique de la détente.

Le 9 novembre 1989, le Mur tombe, à la grande joie des Berlinois. Berlin redevient la capitale, en 1991, d’une Allemagne elle-même réunifiée l’année précédente. Berlin est alors le cadre de profondes transformations urbanistiques, dont la rénovation du Reichstag est un exemple.

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Afin d’accueillir le parlement allemand transféré à Berlin, le palais du Reichstag est rénové en 1996.

Le dôme en verre qui le surplombe et à partir duquel les visiteurs peuvent voir les députés travailler symbolise la transparence de la nouvelle Allemagne réunifiée et démocratique.