L’expérience

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : L'expérience
 

L’expérience

Il faut d’abord définir précisément l’expérience, puis en reconnaître les limites, même si elle est une source de savoir essentielle, dans la science et au quotidien.

1L’expérience est une notion qui a plusieurs sens

Selon l’usage courant, la notion d’expérience a deux sens.

Dans l’expression avoir de l’expérience, elle signifie la somme de connaissances acquise au cours du temps, par une confrontation directe avec la réalité que l’on cherche à connaître. Elle comprend l’observation puis la mémoire de ce qui a été observé. C’est la connaissance issue des sens, aussi bien des sens externes (vue, toucher…) que des sens internes (ceux par lequel nous avons la sensation de nous-même, en particulier de notre état affectif).

Dans l’expression faire une expérience, la notion d’expérience signifie une action ou une série d’actions accomplies pour confirmer ou infirmer la vérité d’une idée, d’une hypothèse ou d’une intuition. C’est l’expérimentation, qui cherche à montrer une vérité générale à partir de l’invention et de la réalisation d’une situation particulière que l’on va pouvoir observer.

 

L’empirisme est un courant philosophique affirmant que tout ce que nous savons est issu de l’expérience. John Locke (1632-1704) et David Hume (1711-1776) sont deux philosophes empiristes. Ils pensent que le contenu de la connaissance humaine provient de ce que les sens, externes et internes, ont pu montrer à l’homme : il n’y a pas d’autre origine possible de la connaissance que les données apportées par les sens.

Dans ces deux expressions, la notion d’expérience implique une connaissance acquise à partir de nos sens. On parle aussi de connaissance empirique car le mot grec empeïria est l’origine du mot expérience. L’expérience est, au sens premier, le savoir qui connaît le monde par les sens.

2Les limites de la connaissance par expérience

L’intérêt de l’expérience est de nous mettre en présence de la chose à connaître. Elle permet d’en constater l’existence et les propriétés sensibles. Mais cet intérêt est aussi sa limite : la connaissance empirique ne peut rien savoir de ce qui ne peut être perçu par les sens et elle est toujours limitée dans le temps et dans l’espace, puisque nos sens ne peuvent pas porter sur la totalité du monde sensible. Cette limite se manifeste dans deux domaines.

L’expérience ne peut garantir une loi scientifique. Une loi énonce une propriété valable en tout temps et tout lieu pour un ensemble infini d’objets. Or l’expérience ne peut nous faire connaître qu’une quantité limitée de corps, et ne nous assure pas que ce qui se passe dans tous les cas constatés se reproduirait pour tous les cas possibles. Il ne suffit pas d’avoir observé le passage régulier d’une comète dans le ciel pour en déduire la loi astronomique de sa fréquence. Dans la Critique de la raison pure, Kant (1724-1804) affirme que si la science est le savoir qui cherche à mettre à jour les lois de la nature, elle ne peut se fonder sur la seule expérience.

 

Le philosophe empiriste Hume reconnaît que l’expérience ne nous fait jamais percevoir directement les causes mais seulement la conjonction régulière de deux phénomènes. Selon lui, cette régularité observée crée l’habitude mentale d’associer les deux phénomènes : nous ne pouvons plus penser l’un sans l’autre. Parler de cause, c’est exprimer cette contrainte psychologique de l’association.

L’expérience est incapable de nous faire connaître les causes des phénomènes car elles ne sont jamais visibles. Par exemple, je ne vois pas que la chaleur est la cause de la fonte de la glace, car je ne vois pas une action de la chaleur sur la glace. Je vois seulement que la glace fond quand il fait chaud, et comme je vois aussi que cela se répète sans exception, j’en déduis qu’il y a une relation de causalité entre les deux phénomènes. L’expérience ne donne ici qu’une forte probabilité, suffisante pour les besoins de l’action quotidienne, mais elle ne donne aucune certitude. Aristote dit que l’expérience est une connaissance intermédiaire entre la sensation et la science, car elle ne connaît pas vraiment les causes, mais qu’elle est souvent plus efficace que la science.

3L’expérience scientifique

Même si la connaissance scientifique ne peut pas seulement se fonder sur l’expérience, la science moderne s’est construite au début du xviie siècle en lui donnant une place essentielle. Bacon (1561-1626) appelle expérience cruciale l’observation qui permet de départager des hypothèses concurrentes pour expliquer un phénomène. L’expérience scientifique est une procédure d’observation construite en vue de vérifier une hypothèse : elle n’est donc pas une simple observation effectuée par hasard. Elle présuppose toujours une intention et une certaine perspective. En fait, c’est la théorie qui donne l’idée d’effectuer telle expérience, et non pas l’observation quotidienne qui conduit à la théorie. Contrairement à ce que l’on pense souvent, l’expérience n’est ni le commencement de la science ni la source de ces certitudes. Une observation scientifique est autre chose que le constat d’un fait accidentellement rencontré ; elle est toujours faite d’une certaine intention, et donc d’une idée préalable.

 

Une expérience célèbre

Galilée (1564-1642) affirme que la vitesse de la chute d’un corps ne dépend pas de son poids. Or l’observation courante suggère le contraire. Mais la vue est trompeuse dit Galilée, car nous ne voyons pas la résistance de l’air. Pour le montrer, il fait rouler des corps sur un plan incliné au lieu de les faire chuter dans l’air, afin de réduire la résistance. L’expérimentation permet ici de remettre en cause ce qui paraît évident à première vue.

Exemple

C’est la théorie de la circulation sanguine qui donne l’idée d’observer que sur une artère, le garrot se pose entre la coupure et le cœur, alors qu’il se pose au-delà de la coupure sur une veine. Ce fait était resté inaperçu ou insignifiant tant que l’on n’avait pas l’idée que le sang quitte le cœur par les artères et y revient par les veines.