L’incipit

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Classe(s) : 2de | Thème(s) : Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme
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L’incipit
 
 

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Emprunté au latin (incipere, « commencer »), le mot incipit désigne le début d’un récit.

1Les formes de l’incipit

On distingue quatre types d’incipit.

? L’incipit statique présente de façon détaillée le cadre du récit, sous la forme d’une description ; l’action n’a pas commencé, le lecteur est dans une position d’attente.

 

À l’époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l’encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de province. Malgré la spécialité qui la met en rapport avec la typographie parisienne, Angoulême se servait toujours des presses en bois, auxquelles la langue est redevable du mot faire gémir la presse, maintenant sans application.

Honoré de Balzac, Illusions perdues, 1837-1843.

? L’incipit progressif donne les informations nécessaires sur le cadre et les personnages de façon graduelle, sans tout dévoiler :

 

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues.

Émile Zola, Germinal, 1885.

? L’incipit dynamique ou in medias res (« au milieu de l’action » en latin) jette le lecteur au beau milieu d’une histoire qui a déjà commencé, sans présenter d’abord les lieux, l’époque ou les personnages :

 

Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

– Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième.

Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.

? L’incipit suspensif ne donne aucune information, mais n’introduit pas non plus l’action ; il déconcerte le lecteur en mettant en question les procédés traditionnels du roman, comme le début de Jacques le Fataliste, dialogue imaginaire entre le romancier et son lecteur :

 

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ?

Denis Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, 1796.

2Les fonctions de l’incipit

? Il crée le monde de la fiction en donnant des informations sur le lieu et l’époque de l’action, mais aussi le milieu social des personnages ou leur situation?; il répond donc à des questions essentielles (qui ? quand ? où ? etc.).

? Il provoque la curiosité du lecteur pour lui donner l’envie de poursuivre sa lecture. Dans ce but, l’incipit ménage une part de mystère et veille à ne pas tout dire.

? Il noue un pacte de lecture pour donner au lecteur les informations principales concernant le genre et le registre du roman, son mode de narration, ou encore la focalisation adoptée?; les premières lignes d’Illusions perdues nouent ainsi un pacte réaliste avec le lecteur.

Conclure

L’incipit est un moment particulièrement important dans la mesure où il fait passer le lecteur du monde réel où il vit au monde fictif où les personnages évoluent.