L’information entre le marché et l’État

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Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : S'informer : révolutions techniques et enjeux politiques
 

Idéalement, la diffusion des informations devrait être totalement neutre et indépendante. Pourtant, celle-ci n’échappe pas aux risques de contrôle par des acteurs privés ou publics. L’histoire d’Havas et de l’agence France-Presse (AFP) illustre comment l’information peut être au centre d’intérêts économiques et politiques.

I La genèse des informations : d’épineux enjeux de pouvoir

1 Aux origines d’Havas

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Une agence de presse dispose d’antennes à l’étranger pour collecter les informations locales et les transmettre aux différents médias du monde.

Lorsqu’au xixe siècle la circulation des informations en vient à s’étendre sur des espaces de plus en plus vastes et lointains, la majorité des journaux n’a pas les moyens d’entretenir des correspondants partout dans le monde. Les agences de presse répondent alors à ce nouveau besoin.

Le Normand Charles Havas fonde son agence en 1835. D’abord simple bureau de traduction de la presse étrangère, celle-ci devient vite un véritable réseau de correspondants qui couvre tous les continents. Son succès repose sur la transmission d’informations précieuses alors pour les Français : les cours de la Bourse de Londres et les nouvelles de la guerre en Crimée (1853-1856).

Charles Havas complète ensuite l’activité de son agence en créant une régie publicitaire. Il s’agit d’acheter aux journaux des espaces de publicité pour les revendre ensuite aux annonceurs. Ainsi, il devient l’intermédiaire indispensable entre la presse et les commerçants.

2 Un fonctionnement contestable

Malgré la naissance de rivaux (Associated Press en 1846 aux États-Unis, Reuter en 1851 en Grande-Bretagne), Havas conserve un quasi-monopole sur la fourniture d’informations internationales aux journalistes français. Ceux-ci relaient donc tous des nouvelles obtenues auprès de la même source !

De plus, l’association étroite des activités d’information et de publicité met en cause l’indépendance des premières vis-à-vis des intérêts financiers des annonceurs. En effet, ces clients, en apportant de l’argent aux journaux, peuvent dès lors exercer indirectement un droit de regard sur le contenu rédactionnel.

II Une évolution qui suscite la polémique

1 La scission d’Havas

Réclamée dès 1936 par le socialiste Léon Blum, la séparation entre les deux branches d’Havas n’intervient qu’en 1945 : l’agence France-Presse (AFP) s’occupe de la fourniture d’informations tandis que l’entreprise Havas conserve la publicité.

Forte de son emprise indirecte sur le secteur via la publicité, Havas cherche à obtenir une mainmise directe sur les médias : elle fonde ainsi des périodiques gratuits (Marseille 7 en 1971), et participe à la création de Canal + en 1984.

Aujourd’hui Havas, 6e agence de publicité dans le monde, appartient à Vivendi, un groupe spécialisé dans les médias et la communication.

2 Une information réellement libre ?

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Une privatisation dans le secteur économique consiste à transférer au secteur privé soumis aux lois du marché une entreprise relevant auparavant du secteur public.

Pour éviter que de grandes entreprises ou de riches particuliers n’en prennent le contrôle, l’AFP n’a pas d’actionnaire : elle est définie comme un « organisme autonome ». Mais la menace d’une privatisation plane depuis les années 2000, ce qui viendrait remettre en cause l’indépendance de l’agence.

L’AFP a un lien ambivalent avec l’État. Son budget fragile n’est en équilibre que grâce aux contributions publiques (50 % de son financement). Une telle situation questionne la neutralité que l’agence peut conserver face au gouvernement.

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